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PREMIÈRE PARTIE : LA SOCIOLOGIE

tôt qu’auparavant : se trouvant dans un climat rigoureux, elle avait raccourci sa période de végétation pour pouvoir fleurir et fructifier plus tôt.

Le défaut d’espace suffit pour engendrer le nanisme (expériences de De Varigny sur les lymnées), et la simple substitution, dans un terrain, du sous- sulfate de magnésie au sulfate de la même base, modifie si fortement la plante du maïs, que les épis en deviennent méconnaissables.

Les expériences de Standfuss sur les papillons sont si connues qu’il est à peine besoin de les rappeler : le professeur suisse a pris des papillons d’une famille qui habite différentes régions et dont les individus présentent une coloration différente suivant la latitude : dans les régions tempérées, les ailes ont une teinte grisâtre uniforme; dans les pays tropicaux, chacune porte une tache noire; près des pôles, la tache noire est remplacée par une bande plus claire. Or, il a suffi que Standfuss soumît des chrysalides de ces papillons pendant quelques heures seulement à l’action de températures différentes, variant de — 5° à + 42°, pour qu’il vît apparaître les trois modalités caractéristiques de la coloration.

Pour prendre encore un exemple parmi les insectes, rappelons que, dans les grottes souterraines de la Carniole et de la Norwège on a trouvé des insectes que l’accommodation à un milieu obscur avait privé d’yeux : par contre, les organes de la vue étaient remplacés par des organes tactiles, des antennes d’une longueur et d’une délicatesse extrêmes (Houssay).

Les transformations de l’organe de la vue sont curieuses chez certains poissons : on sait que les soles, notamment, reposent d’habitude sur le sable par une seule face du corps, toujours la même, et qu’elles ont les deux yeux à l’opposé, d’un seul côté de la tête. Or, les jeunes soles ressemblent à tous les autres poissons et ce n’est qu’après avoir pris l’habitude de reposer sur le fond que, peu à peu, l’œil du côté comprimé émigre vers l’autre face de la tête.

Dollo retraçait dernièrement les phases successives de l’adaptation d’une tortue fossile à la vie marine : la tortue était carnivore et vivait dans les marais; elle les a quittés pour la mer, où elle a rencontré dans la zone littorale une proie abondante et facile à capturer, animaux lourds à grosses coquilles ou à carapace épaisse : de là, transformation des mâchoires pour broyer et large surface masticatoire. Plus tard, familiarisée avec la vie marine, elle se mit à poursuivre les animaux légers, sans grosse coquille ni

Références â De Varigny et à Standfuss dans Delage : L’hérédité et les grands problèmes delà biologie générale, p. 3o2 et p. 232.

Référence à Houssay dans La forme et la vie, p. 679.

Id. à Dollo dans Eochelone Brabantica, p. 21.

Chap. I.

Sur l'adaptation des êtres à leur milieu.

g 1. — Notions générales.

Chap. I.

Sur l'adaptation des êtres à leur milieu.

§ 1. — Notions générales.

carapace épaisse : il en résulta, cette fois, la perte de l’appareil broyeur et la réduction de l’appareil masticatoire.

Certains faits d’observation courante ne sont pas moins démonstratifs : Ch. Lyell raconte que les Anglais amenèrent d’Angleterre à Mexico des lévriers pour chasser les lièvres, très abondants dans ce pays. Par suite de la raréfaction de l’atmosphère, due à l’augmentation d’altitude, ces chiens étaient si essouflés qu’ils étaient obligés de s’arrêter souvent pendant la poursuite. Mais, dès la première génération, leurs produits s’étaient accoutumés, et ils peuvent chasser aussi facilement qu’en Angleterre.

Pour les hommes, enfin, il suffira de noter ici les constatations du Dr HouzÉ relatives à l’influence de l’alimentation sur les habitants de la classe inférieure des villes modernes : ils présentent une taille moins élevée, des proportions transversales moins grandes, un poids au-dessous de la moyenne, un prognathisme plus accentué, une usure dentaire très marquée ; enfin, l’élimination quotidienne de l’urée est environ moitié moindre chez les individus de cette catégorie que chez ceux appartenant aux couches plus aisées de la population.

Les manifestations psychiques des êtres ne sont pas moins exposées à subir les atteintes du milieu. C’est ainsi que les instincts sont susceptibles d’innombrables adaptations : les changements cosmiques, les dangers qui menacent l’animal, les accidents du terrain, la pénurie de matériaux à utiliser, tous les facteurs dont il subit l’impression, peuvent modifier ses manières d’ètre et d’agir.

Il est remarquable combien les habitudes se modifient chez les animaux soumis à l’influence de la domesticité. De farouches, sauvages, même féroces qu’ils étaient, ils deviennent doux et familiers. Il n’est pas douteux qu’il ait fallu, dans des temps très reculés, tenir la brebis et la chèvre dans des enceintes, la poule et le pigeon en cage, comme chez les Romains on devait encore enfermer les canards dans des lieux clos, ne possit anas evolare, dit Varron : on a cessé peu à peu d’avoir besoin de ces précautions, et depuis plusieurs siècles, les canards, quelque liberté qu’on leur laisse, ne quittent plus les demeures de l’homme; c’est à peine si, de loin en loin, les bandes de canards sauvages recrutent quelques déserteurs (Is. Geoffroy-Saint- Hilaire).

Référence à Lyell dans Delage : L’hérédité et les grands problèmes de la biologie générale, p. 298.

Référence à HouzÉ dans Les effets du régime artificiel, p. 12.

Id. à Is. Geoffroy-Saint-Hilaire dans Histoire naturelle générale des règnes organiques, t. I, p, 480.

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