CHAPITRE I
Sur l’adaptation des êtres à leur milieu.
§ I. — Notions générales.
Dans un article récent consacré à l’évolution des sciences biologiques, Giard rappelait cette déclaration que faisait, dès 184g, Ch. Robin :
« Toute idée d’être organisé vivant est impossible, disait-il, si l’on ne prend en considération l’idée d’un milieu. Aussi, l’idée d’être vivant et celle de milieu (air, eau, lumière, chaleur, etc.) sont inséparables. On ne peut concevoir non plus une modification de l’un, sans que survienne une modification de l’autre par une réaction inévitable. »
La connaissance banale a rassemblé tant de faits à l’appui de cette conception, que rien n’est aujourd’hui plus commun que les considérations sur l’influence du milieu ou le rôle de l’ambiance : chacun a pu constater les modifications subies par des hommes qui changent d’habitat, et les déviations qu’un éleveur ou un horticulteur peuvent imposer à des espèces animales ou végétatales, en modifiant leurs conditions d’existence.
L’observation systématique a, de son côté, multiplié les résultats et dégagé par là les nombreuses modalités des actions mésologiques, à tous les degrés du monde organique.
Même le monde inorganique n’échapperait pas au phénomène : sous le nom à' hystérésis , la physique explique maintenant que le fer doux aimanté même une seule fois, et ramené ensuite à son état normal, ne revient jamais à ce qu’il était avant l’aimantation : il en est de lui comme d’un organisme qui a été affecté par un milieu (d’Arsonval).
Extrait de Giard dans L’évolution des sciences biologiques, p. 198. Référence à d’Arsonval dans Note sur des expériences , p 168.
Chap. I.
Sur l’adaptation des êtres à leur milieu.
§1. — Notions générales.
Chap. I. En physiologie, des expériences variées montrent combien la structure
Sur l’adaptation . .
des êtres des cellules et des tissus dépend des conditions extérieures.
à leur milieu. r
§ 1. — Notions
générales. Pour le règne végétal, cette profession de foi de Gœthe condense bien
des faits : « Chaque plante choisit, écrit-il, la localité qui réunit toutes les conditions, qui peuvent la faire prospérer et multiplier. Ainsi, les sommets élevés ou les lieux bas, la lumière, l’obscurité, la sécheresse, l’humidité, les divers degrés de chaleur et mille autres conditions encore exercent, ensemble ou séparément, une influence réelle sur les espèces, qui ne sont fortes et nombreuses que dans les localités où des conditions favorables à leur développement se trouvent réunies. Placées dans certains lieux, exposées à certaines influences, les espèces semblent céder à la nature en se laissant modifier. »
Attachés au sol, les végétaux n’ont pas, en effet, les moyens de fuir les conditions qui ne leur plaisent pas et de s’éloigner du milieu qui les opprime : pour eux, la règle est qu’il faut s’adapter ou disparaître.
Ainsi, l’influence de la pesanteur dirige normalement les tiges vers le haut et les racines vers le bas : si, dans nos pays, la racine venait à changer de direction sous l’influence de causes secondaires comme l’eau et la lumière, cette forme anormale disparaîtrait nécessairement, puisqu’elle ne pourrait se reproduire; mais il peut arriver, dans certains milieux, que les individus présentant ce nouveau géotropisme posséderaient une supériorité manifeste sur leurs congénères : c’est ce qui a dû, notamment, se produire pour les racines des espèces vivant sur les arbres dans les régions chaudes.
Les expériences de l’agronome norwégien Schü BELER remontent déjà à i852 : mais elles mettent en évidence d’une façon si décisive l’action profonde et totale du milieu, qu’elles possèdent encore une force irrésistible de démonstration. Schübeler eut l’idée de semer dans le Nord de la presqu’île Scandinave, des graines de céréales qui avaient été récoltées près de Stuttgart. La première récolte ne fut obtenue qu’au bout de 120 jours; la culture fut poursuivie les années suivantes; en i857, Schübeler sema les graines recueillies en i855, et il constata avec étonnement qu’il pouvait récolter les graines, devenues d’ailleurs plus pesantes, au bout de 70 jours. En cinq années, la plante s’était donc accommodée à son habitat, et elle était susceptible de mûrir 5o jours plus
Extrait de Gœthe dans Costantin : Les végétaux et les milieux cosmiques, p. 14. — Voir cet ouvrage, pp. 47 et 191, pour les deux observations rapportées ci-dessus relativement aux végétaux.