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PREMIÈRE PARTIE : LA SOCIOLOGIE

Ribot rappelle que le castor change, selon les circonstances, le lieu et la forme de son habitation, et de constructeur se fait mineur. L’abeille peut modifier la disposition de ses ruches et substituer, à des cellules en hexagone, des cavités pentagonales. Dans l’île de Corée, les hirondelles restent toute l’année, parce que la chaleur du climat leur permet de trouver de la nourriture en tout temps. Chez beaucoup d’oiseaux, le mode de construction du nid peut varier selon la nature du sol, la situation, la température du pays. Tenicheff a consacré tout un chapitre de son livre L’activité des animaux à ce qu’il appelle 1’ « expérience de la vie ».

Et parmi toutes les manifestations du psychisme, quoi de plus souple que l’intelligence humaine, c’est-à-dire quoi de plus capable d’adaptations variées? La plasticité du cerveau de l’homme lui a fait sous ce rapport une place à part dans le monde organique : « Of ail the animais, man alone has maintained a pliability and intelligence sufficient to adapt himself to the mutations of nature. » [Erbès]. (De tous les animaux, l’homme seul a conservé une plasticité et une intelligence suffisantes pour s’adapter aux changements de la nature.) Or, l’activité du cerveau se traduit par des combinaisons de toute nature, qui ne sont autre chose que d’incessantes adaptations.

Sur l'adaptation des êtres â leur milieu.

§ 1. — Notions générales

Ces faits, et un très grand nombre d’autres de même portée, établissent que tout être vivant est, pour ses organes, sa forme et ses fonctions , sous la dépendance étroite des éléments, climat, nourriture , sol, espace , lumière, impressions quelconques qui composent le milieu environnant.

Cette dépendance est réalisée par un outillage spécial, dont est pourvu tout être vivant, c’est-à-dire toute cellule ou tout composé de cellules : un élément de l’organisme a pour mission d’établir les relations entre lui et le milieu. Dans une simple cellule, il y a, en effet, une partie du protoplasma spécialement affectée à cette fonction, dénommée précisément fonction de relation , tandis que l’entretien, la conservation, le dévelop-

Référence à Riuot clans L’hérédité psychologique, p. 24.

Id. à Tenicheef dans L’activité des animaux, chap. VIII, pp. 169 et ss. Extrait d’EiîBÈs dans Cranio-muscular origins ofhrain and mind, p. 23o.

Chap. I.

Sur l'adaptation dea êtres à leur milieu.

§ 1. — Notions générales.

peinent de la cellule restent la fonction d’une autre partie. Chez l’homme, qui est l’ètre dont l’outillage de communication est le plus évolué, on peut dire que toute la surface extérieure du corps est garnie de postes d’observation et de transmission. Des filets nerveux y viennent recueillir toutes les impressions du dehors, « comme des sentinelles vigilantes et toujours en éveil » (Van Gehuchten) : goût, odeur, douleur, aspect, son, action chimique, physique, électrique, rien de ce qui peut intéresser l’être ne leur échappe. Le moindre ébranlement qui survient dans le milieu produit une excitation de ces terminaisons nerveuses périphériques, et toutes ces excitations sont transmises, par des relais et des voies de conduction, à des postes centraux qui y donnent instantanément une réponse. Cette réponse, ou encore cette réaction constitue un nouvel ébranlement, qui, parcourant cette fois des fibres nerveuses centrifuges, va se perdre dans un muscle ou dans une glande où il devient apparent sous forme de mouvement ou de sécrétion.

Il en résulte que tous les organes sont, tant pour leur structure que pour leur fonction, sous la sujétion des actions extérieures, et que toute modification survenant dans les conditions d’existence de l’individu, doit forcément retentir sur un élément correspondant de l’organisme.

De la cellule à l’homme, quelle que soit la simplicité ou la complication de l’appareil de communication, c’est-à-dire du système nerveux , le principe du mécanisme est identique.

Ses effets ne le sont pas moins : ou bien la nature et la fréquence de l’action extérieure sont telles que la réaction de riposte finit par devenir impossible : alors il y a fatigue ; ou bien, la réaction peut se prolonger jusqu’à atteindre un maximum qu’elle ne dépasse plus, comme si l’équilibre s’était établi : alors il y a adaptation, et le plus souvent changement corrélatif de forme. C’est ainsi que s’expliquent les divers faits qui ont été rapportés plus haut.

Les seules différences que présentent les êtres tiennent au degré de développement de leur outillage nerveux. Par exemple, ceux qui sont dépourvus d’organes spécialisés pour recevoir les impressions, comme la vue, l’ouïe, l’odorat, ne peuvent recueillir les excitations extérieures que d’une façon vague et indistincte; ils éprouvent confusément le bien-être et le malaise : du bien-être quand une chaleur modérée favorise le jeu des organes ; du malaise lorsque la lumière exerce sur eux une action trop vive (Heger).

Extrait de Van Giîiiuchten dans Les voies sensitives d’origine médullaire, p. 162. Réference à Heger dans Cours de physiologie, p. 440.

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