DEUXIÈME PARTIE : L'AXA LYSE SOCIOLOGIQUE
un titre par un grand nombre de personnes d’une même couche synéthique, dans un temps si court que l’inter-communication n’est pas pratiquement possible, il adresse à la fois des circulaires à chacune d’elles : il escompte qu’elles réagiront de la même façon, ce qui arrive pour une bonne partie d’entre elles. Ici encore, rien d’imitatif, bien que le résultat final soit le même que s’il y avait eu effectivement propagation répétitrice.
Il est bien évident que l 'objet de l’initiative sociale importe fort peu à l'étude du mécanisme de cette activité : il s’agira tantôt d’une pratique sociale (un mode de se serrer la main) ou non sociale (une mesure d’hygiène personnelle), tantôt d’une croyance magique ou religieuse, tantôt d’une interdiction (constater, ou s’imaginer que l’on constate, les inconvénients du tabac sur l’organisme et en déconseiller l’usage ; tabous des primitifs).
On peut noter que c’est souvent par la voie de l’activité initiatrice que l’accord synéthique des individus se trouve modifié : ils reçoivent, en effet, inégalement les chocs d’activités initiatrices directes ou propagées, et ils sont ainsi inégalement atteints dans les éléments de leur personnalité sociale.
De là vient que dans les agglomérations d’individus où n’existe que peu de moyens de communication inter-individuelle, la répartition des strates synéthiques peut rester indéfiniment le même, si des activités initiatrices ne surgissent pas au sein même de l’agglomération. On lira avec utilité à ce propos The origins of inventions de O. T. Mason.
Si l’on veut savoir pourquoi telle activité initiatrice n’est pas suivie de réactions synéthiques, alors que telle autre l’est, on découvrira rarement un motif d’ordre sociologique : si le représentant du fabricant d’un outil nouveau ne parvient pas à décider un individu à acheter l’outil, c’est peutêtre parce que celui-ci est socialement méfiant, mais ce sera bien plus souvent parce qu’il n’est pas instruit, ou pas curieux, ou pas compétent.
Le phénomène connu du « choc en retour » (voir page 171) prend ici une forme particulière. De ce qu’un individu aura eu une initiative jugée, par ses semblables, extrêmement importante, ou de ce qu’il aura des initiatives peu extraordinaires, mais qu’il en aura souvent, il va devenir le centre d’une sorte de polarisation sociale; les autres individus acquerront une facilité spéciale aux réactions qui le visent : ils auront « un faible » pour lui (voir page 181). Ainsi, notamment, s’accentue le « prestige » dont il a déjà été parlé (voir page 174).
Chai» VII.
Les activités soolales.
§ 35. — Activités initiatrices.
Chap. VII.
g 35. — Activités initiatrices.
g 35. — Activités acquisitivcs.
L’importance sociologique de cet élément ne saurait être assez mise en évidence : il est à la base d’un grand nombre de jugements synéthiques, qui déterminent des activités sociales d’ordres très divers. Ce n’est pas seulement le bourgeois aisé qui destine sa fille à un jeune homme « en vue » ; c’est aussi le primitif australien qui, « engageant » sa fille à peine née, la promet à ce que Howitt appelle « some suitable man », c’est-à-dire « a yong man (who) may distinguish himself on some manner, as a fine dancer, or a succesful hunter, or an expert fighting-man, or in some other manner » (un jeune homme qui se soit distingué de quelque manière, comme danseur habile, chasseur heureux, lutteur adroit ou de n’importe qu’elle manière.)
C’est une question de savoir ce que peut fournir la sociologie animale : le déclanchement initiatif dans le cas d’un troupeau fuyant n’a en tout cas que de très vagues points de contact avec le phénomène de l’initiative sociale chez les hommes. La question sera reprise plus loin (§ 41, La céplialisation sociale ) à propos du rôle des « conducteurs » dans les troupes d’animaux allophiles.
§ 36. — Activités acquisitives.
Elles se caractérisent par ce fait, que l’individu agissant cherche à obtenir quelque chose d'un autre. Cette tendance a été signalée parmi les désirs sociaux. (Voir page 160.)
Or, pour obtenir quelque chose de quelqu'un, il faut mettre enjeu des formes particulières de la sensibilité; les activités corrélatives dépendent donc du développement respectif de la sensibilité chez l’individu solliciteur et chez l’individu sollicité. Ceci s’observe déjà très nettement dans les opérations de dressage des animaux, et aussi dans les rapports de l’homme avec certains animaux intelligents qu’il a domestiqués, notamment le chien. L’homme parvient, en effet, à « obtenir quelque chose » de certains animaux; même, Hachet-Souplet dans son Examen psychologique des animaux fait de cette possibilité le critérium de l’intelligence des bêtes. Chez un petit nombre
Extrait de Howitt, dans Native Trïbes of South-East Australia, p. 232.
Référence à Hachet-Souplet dans Examen psychologique des animaux, pp. 17 et ss.
d’animaux, on réussit par la persuasion, c’est-à-dire en provoquant dans leur cerveau des associations d’idées; chez d’autres, il faut recourir à la contrainte, en associant simplement des sensations, par exemple la sensation de la faim avec celle de la vue d’un certain endroit où l’on dépose de la nourriture; ou celle de la douleur provoquée par des coups, avec l’exécution d’un certain acte. Une troisième catégorie d’animaux, enfin, ne sont susceptibles d’aucune réponse d’ordre proprement psychique.
Les mêmes procédés se retrouvent dans les activités acquisitives de l’homme à l’égard des autres individus de son espèce, tout en se compliquant d’une grande variété de formes, en rapports avec l’affinement de la sensibilité humaine.
En ce qui concerne la persuasion, ces formes ne sont pas moins variées que les cas d’application : on « insinue », on « circonvient », on « flatte », on « cajole », on « séduit », on « subjugue », on « conseille », on « convainct », on « engage », on « suggère »... On dit : « Vous ferez bien cela pour moi » et « Je ne ferai pas cela pour vos beaux yeux ».
On rencontrera toutes ces formes et beaucoup d’autres encore chez le candidat qui brigue des suffrages comme chez le magistrat qui sollicite un aveu, chez le pétitionnaire et chez le postulant, chez le mendiant et chez le quémandeur, — le phénomène sociologique restant d’ailleurs, dans tous ces cas, identique à lui-même.
On trouvera, par exemple, dans le manuel ( Handbook of general information fer sales agents and salesmen) remis par la National Cash Register Company de Dayton (Etats-Unis) à ses agents, des applications nombreuses du jeu des sollicitations et des amorces, des feintes et des détours, auquel on peut recourir pour obtenir de quelqu’un qu’il accepte simplement de laisser placer une machine à l’essai dans son magasin.
Dans un ordre d’idées connexe, je citerai la Psychologie de la réclame, Psychology of Advertising, étudiée par le professeur W. D. Scott, directeur du laboratoire de psychologie de la Northwestern University. La table des matières vaut d’être reproduite : I. The theory of advertising. — IL Attention. — III. Association of ideas. — IV. Suggestion. — V. The direct command. — VI. The psychological value of the return coupon. — VIL Fusion. — VIII. Psychological experiment. — IX. Perception. — X. Apperception. — XI. Illusion of perception. — XII. Illusion of apperception. — XIII. Personal différences in mental imagery. — XIV. Practical application of mental imagery. — XV. Conclusion.
Chap. VII.
Les activités sociales.
§ 36. — Activités acquisitives.
Chap. VII.
Les activités sociales.
§ 3G. — Activités acquisitives.
Quant aux faits de contrainte, ils s’observeront aussi bien dans les cas d’esclavage industriel ou domestique, que dans les cas de despotisme politique, de « mariage » forcé, ou toutes autres circonstances où un individu détermine un autre à lui obéir par un procédé coercitif.
Je viens de mettre le mot « mariage » enlre guillemets, parce qu’il est véritablement anti-scientifique cle perpétuer de telles parodies verbales : la simple lecture d’ouvrages ethnographiques d’où le souci des reconstitutions psychologiques n’est pas totalement absent, montre quelle distance il y a entre la conception de la possession d’une femme chez les primitifs et celle attribuée à Y institution civile qualifiée a mariage ». Qu’on lise par exemple, entre cent autres, la description précise dans laquelle Howitt explique les diverses circonstances qui font, chez les Dieris d’Australie, que des époux virtuels de deux clans exogamiques entrent en relations inter-individuelles ; qu’on se pénètre bien — pour ne pas parler de festivités de panmixie intertribale — de la portée sociale du Tiff a Malku, allotment et du Pivrauru allotment telle qu’elle ressort, dans chaque cas, des droits de l’homme sur la femme, et l’on verra s'il n’est pas tout à fait baroque de désigner du même nom ces formes sociales des primitifs et l’institution des civilisés.
Les procédés employés dans l’espèce humaine se retrouvent presque tous, à échelle réduite, dans la formation des enfants. Ce serait allonger inutilement ce paragraphe que de rappeler ici les nombreux résultats déjà acquis par l’observation pédagogique : valeur relative du châtiment, de la menace, de l’appât d’une récompense; rôle du prestige, de la volonté, de la familiarité, etc. Il y aurait lieu de grouper les faits déjà recueillis au point de vue sociologique, en vue notamment de préciser les points qui appellent des expériences nouvelles.
A-t-on jamais observé des phénomènes comparables chez les animaux, je veux dire entre individus de la même espèce? On parle bien de l’éducation des jeunes par les parents ; on cite de nombreuses espèces de carnivores où le père apprend aux petits « à chasser » : ces observations sont-elles suffisamment affranchies de la tendance égomorphique, et a-t-on notamment relevé chez les espèces les plus voisines de l’homme des cas d’efforts éducatifs ou de redressements?
Mais les hommes possèdent en général un attribut caractéristique, que l’on désigne couramment sous le nom d 'interet. On dit : « écouter son intérêt » ; « être insensible à toute autre considération qu’à celle de l’intérêt » ; « poursuivre son intérêt », etc.
Cette notion, comme tant d’autres que la science a reçues toutes faites de