PREMIÈRE PARTIE : LA SOCIOLOGIE
Aussi, les réponses qu’ils donneront aux excitations ambiantes et les adaptations qui pourraient y être consécutives, seront-elles simples et élémentaires.
Pour l’ètre qui possède des organes de sens, elles se feront variées et complexes : le bec du canard est muni d’organes tactiles particuliers, développés par l’action de remuer la vase, dans des conditions où l’œil ne peut servir à rien, vu l’obscurité : ces organes tactiles renseignent l’animal sur le travail de fouisseur qu’il accomplit (Houssay).
Les adaptations sont plus délicates encore chez les êtres comme l’homme, où les excitations transmises provoquent dans une partie déterminée de l’appareil nerveux — certaines régions de l’écorce du cerveau — le phénomène particulier qui rend ces excitations conscientes. Prenons cet exemple : lorsqu’il se produit une modification du milieu à laquelle l’organisme. humain n’est pas prêt à s’ajuster, il en résulte la sensation consciente de la douleur. Or, la douleur devient une adaptation de défense préventive : la crainte de la douleur fait fuir le renouvellement de l’impression première. Chez les êtres qui ne sont pas organisés comme l’homme, la défense préventive n’existe pas ; dès qu’une excitation à tendance destructive atteint un nerf sensible, tout l’organisme se met en état de défense : clignement de paupières, retrait du membre excité, mouvement de fuite, accélération de la respiration ou toutes autres actions surgissent aussitôt. Mais rien ne subsiste pour prémunir l’individu contre une nouvelle atteinte du milieu : une grenouille martyrisée plusieurs fois ne sera pas différente d’une grenouille intacte. L’adaptation à la douleur ne lui est pas possible (Ioteyko).
Chap. I.
Sur l’adaptation des êtres à leur milieu.
§ 1. — Notions générales.
Sous quel jour lumineux se montrent à présent les paroles de Robin : « Toute idée d’être organisé vivant est impossible, si l’on ne prend en considération l’idée d’un milieu. » Comte avait dit de son côté : « L’idée de vie suppose constamment la corrélation nécessaire de deux éléments indispensables : un organisme approprié et un milieu convenable. C’est de l’action
Référence à Houssay dans La forme et la vie, pp 677 678.
Id. à Ioteyko dans Le sens de la douleur, p. 481 . Extrait de Comte dans Dastre : La vie et la mort, p. iS3.
Chap. i. réciproque de ces deux éléments, que résultent inévitablement tous les
Sur l’adaptation , , .
des êtres phénomènes vitaux. »
à leur milieu. 1
Or, dire cela, affirmer que l’être vivant n’est doué d’aucune initiative
§ 1. — Notions . ....
générales. vitale, que pour manifester sa vitalité il requiert les appels du monde extérieur, n’est-ce pas, en fait, identifier la vie avec la réaction même qui la décèle?
C’est dans ce sens qu’ERNEST Solvay écrit : « La vie est essentiellement caractérisée par un système de réactions continues, qui se produisent au sein d’un milieu approprié », et, plus brièvement encore : « L’être vivant est une réaction ».
Mais si, reculant encore la limite que l’abstraction assigne à la connaissance, on dégage la nature intime de cette « propriété réactionnelle », on observe que, d’une part, la substance de l’être vivant est constituée par les mêmes éléments chimiques que les autres corps de la nature ; d’autre part, que tous les phénomènes dont l’être vivant est le siège sont d’ordre physico-chimique. La vie est donc, dans ses deux uniques manifestations, dans sa structure comme dans son activité, une réaction physico chimique.
Il est utile ici d’employer le langage des physiciens, parce qu’il est devenu le patrimoine commun de toutes les sciences d’observation : pour eux, tout ce qui est, se présente sous deux aspects : la matière et Y énergie, qui constituent provisoirement deux entités objectives. Elles ont ce caractère commun d’être indestructibles, malgré toutes les transformations qu’elles peuvent subir. Les caractères qui les distinguent sont suffisants pour qu’on ne puisse les confondre; ils montrent toutefois qu’il est impossible de concevoir l’une de ces choses sans l’autre (Morat et Doyon).
Elles sont si peu séparables qu’il n’est pas d’être vivant, cellule ou composé de cellules, où l’on ne trouve à la fois les principes chimiques destinés à former la matière , la trame même des tissus, et d’autres imprégnant seulement les tissus et mettant au service de l’être Y énergie, dont il a besoin pour produire ses réactions.
Concevoir la vie comme une réaction, c’est donc, dans le langage de la science contemporaine, la concevoir sous un aspect énergétique. Constater l’unité physico-chimique de tous les phénomènes, organiques et inorganiques, c’est donc constater que toutes les énergies du monde matériel, chaleur, lumière, électricité, énergie chimique ou mécanique, se retrouvent dans l’être vivant, — et qu’il n’en possède pas qui lui soit propre.
Extrait d’E. Solvay dans Formules d'introduction, pp. 5-6.
Réference à Morat et Doyon dans Traité de physiologie, pp. 116 et ss.