DEUXIÈME PARTIE : L'ANALYSE SOCIOLOGIQUE
native lias been told, from his earliest childliood that their infraction will be followed by sonie supernatural personal punishment ». (De nombreuses coutumes sont observées sans qu’intervienne la menace d’une répression physique, parce qu’on a répété à l’indigène, depuis sa plus tendre enfance, que toute infraction appellerait sur lui un châtiment surnaturel.)
Et dans combien de cas le processus est-il identique pour les habitudes des civilisés!
Pour reprendre l’exemple du campement, avant même qu’une troisième génération ait apparu, les habitudes seront à ce point fixées que, si d’autres individus viennent s’ajouter à la troupe, ils exprimeront leur étonnement par des jugements alléthiques tels que : « Tiens! on fait cela ainsi ici » ; en même temps, tous les autochtones se trouveront unanimes, sans aucun concert préalable, à prier les nouveaux venus de « se conformer ». Sans se rendre compte de l’origine de leur sensation — qui est d’ordre purement physio-psychologique — ils souffrent de voir s'écarter des habitudes fixées. La conformité sociale est devenue un besoin. Les habitudes sont devenues des USAGES.
Au point de vue psychologique, ceci marque la naissance d'un sentiment nouveau, le sentiment moral, c’est-à-dire la conscience de ce qui est bien et de ce qui est mal : c’est cette conscience particulière qui aboutit, par une lente évolution, aux abstractions de la philosophie morale.
Il est visible que, sans rentrer dans le domaine de l’investigation sociologique, des recherches sur les conditions physio-psychologiques de Y attachement de V individu à ses habitudes et surtout de la résistance qu’il manifeste à l’acte non conforme, placeraient le phénomène sociologique étudié ici sous un jour beaucoup plus net.
On touche, en effet, à l’un des points de soudure les plus caractéristiques de la sociologie avec la physiologie, dominées toutes deux par la conception énergétique.
Quand De Moor, par exemple, démontre que « la forme des muscles varie en rapport avec les excitations fonctionnelles qui dérivent des caractères de leur travail »; quand Imbert écrit que l’organisme ne cesse de s’adapter par des procédés divers pour « faire surgir un mode de fonctionnement tel que toute dépense inutile d’énergie soit, ou du moins puisse
Chap. Vill.
Les synergies sociales.
§ 39. — l.a conformité sociale.
Référence à De Moor dans La plasticité organique du muscle, p. 36o.
Id. à Imbert dans Mode de fonctionnement économique de l’organisme, pu.
Chap. VIII.
Los synergies soeiales.
§ 39. — La conformité sociale.
être évitée » ; quand les neurologistes formulent la « loi de la répétition » des processus de fixation des réactions volontaires, ne décrètent-ils pas tous le fondement énergétique de la morale? Car n’est-ce pas, en dernière analyse, pour obéir à la tendance irréductible de l’organisme au moindre effort et, par suite, à la conservation des adaptations , que les individus s’opposent à la non-conformité sociale? Et la réaction que provoque chez eux une transgression de l’usage, ne se traduit-elle pas par une émotion, dont les caractères physiologiques (rougeur du visage, froncement des sourcils, etc.) sont souvent manifestes?
Dans toute activité, l'individu , guidé par la tendance à l'économie énergétique, cherche ainsi spontanément la ligne de moindre résistance, et il la trouve dans les modes d’action qui se rapprochent le plus de ses adaptations antérieures, ceux pour lesquels V adaptation nouvelle sera, en somme, autant que possible une répétition. Il en est ainsi tant pour celui qui est conforme que pour celui qui ne l’est pas, chacun se trouvant déterminé dans ses activités par les données de sa sensibilité propre : le conflit de ces deux déterminismes apparaît par des manifestations d’opposition sociale bien connues.
La conformité sociale et le sentiment moral qui en dérive se ramènent ainsi à un véritable besoin de synéthie sociale (voir page 137), de la part des individus qui se sont créé un fonds commun d’adaptations passées en usages.
Chez les animaux, le cas ne peut guère se présenter, les habitudes spécifiques étant transmises par l’hérédité et en partie seulement par l’initiation des aînés (voir page 121).
On se trouve de nouveau ici, notons-le en passant, devant un fait de divergence d’évolution. Chez les animaux, les habitudes fixées deviennent ce qu’on appelle des instincts ; chez les hommes, elles deviennent ce qu’on appelle des usages. Certains, par exemple, comme Ribot résumant les vues de Darwin, définissent l’instinct : « Une somme d’habitudes héréditaires. » On peut dire de même, en mettant à part le rôle de la répétition palinéthique : « L’usage est une somme d’habitudes enseignées. » L’animal et l’homme réalisent ainsi, chacun à leur façon et selon leurs possibilités respectives, la fixation des habitudes.
En ce qui concernerait en particulier des faits de conformité sociale chez les animaux, il faudrait cependant observer ce qui se produirait dans des cas spéciaux d’acquisition en groupe d’habitudes post-éducatives.
Extrait de Ribot dans L'hérédité psychologique, pp. 3i et ss.