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DEUXIEME PARTIE : L'A S A LYSE SOCIOLOGIQUE

trant d’ailleurs combien les causes extrinsèques, signalées dans les chapitres Chap. vin.

, Les synergies

anterieurs, — par exemple, 1 état des moyens de communication, la densite sociales.

de l’agglomération, — peuvent conditionner diversement les activités. §39. — La con-

formité sociale.

La conformité sociale ne peut, par sa nature même, s’appliquer qu’aux manifestations des individus qui sont perçues par d’autres, c’est-à-dire aux pratiques publiques. Car, pour une pratique solitaire, ou pour une habitude qui n’implique pas d’extériorisation, le second, au moins, des deux modes d’intervention conservatrice des usages n’est pas applicable. Il suit de là que les croyances — non seulement les croyances religieuses, mais les croyances scientifiques, politiques, les « préjugés », en un mot toutes les interprétations subjectives des phénomènes, — échappent en partie à la conformité, pour autant qu'elles ne se manifestent par aucun rite. L’individu ne réprime que ce qu’il perçoit; le domaine psychique d’autrui lui reste fermé.

Pour les croyances, la seule voie ouverte à la conformité est donc celle de l’éducation, et c’est précisément pourquoi la conformité n’est pas perpétuelle, car l’éducation est impuissante à étouffer les variations individuelles et à empêcher la formation des personnalités initiatrices.

L’histoire de la propagation des idées chez les hommes fournirait bien des témoignages de cette limitation de la conformité sociale.

Une remarque, en terminant, au sujet du caractère social des usages. Comme je l’ai montré, un usage en lui-même n'a rien de social : manger à l’aide d’une fourchette est un usage chez certains peuples ; saluer une personne que l’on connaît en est un autre. Le second est nettement social; le premier ne l’est pas du tout. Mais tous deux possèdent une sorte de revêtement social, qui est la conformité : tant que les pratiques restent à l’état d’habitude, aussi longtemps pourrait-on dire qu’elles n’ont pas « fait prise », cette gangue extérieure ne les recouvre pas. Ceci s’observe très bien quand un usage s’effrite : ceux qui continuent à le suivre lui rendent alors son caractère intrinsèque d'habitude.

La même remarque s’applique évidemment aux « tabous », qui ne sont autre chose que des usages d’interdiction d’un genre particulier.

Il sera vraisemblablement impossible de trouver dans la réalité aucune circonstance se prêtant à l’observation intégrale des phénomènes analysés sous le titre de « Conformité sociale », et il faudra se contenter de recueillir INSTITUTS SOLVAY (SOCIOLOGIE) 1 ,

Chap. VIII.

Les synergies sociales.

§ 39. — La conformité sociale.

des observations partielles qu’un lien de la pensée pourra ou non souder les unes aux autres : ceci n’est, au surplus, aucunement indispensable.

« Conjecture, too, lias its logical limitations », la conjecture, elle aussi, a ses limitations logiques, dit fort bien Lang. Mais je ne pense pas que ces limites aient été dépassées dans ce qui a été supposé ci-avant. Si l’histoire des hommes pouvait parler, combien elle narrerait de faits semblables : troupe d’individus s’arrêtant aux bords d’un lac ou d’une rivière ; essaim de primitifs se perdant dans la forêt ; marchands fondant des bourgades, qui deviennent des cités; missionnaires édifiant un autel, noyau du monastère et de l’abbaye ; colons jetant les fondements d’une villa romaine ou d’une factorerie moderne.

Toutes les circonstances extérieures, en un mot, qui imposent à des individus des adaptations fondamentales communes sont déterminantes des phénomènes réactionnels de la conformité, que ces circonstances soient empruntées au milieu cosmique ou au milieu social lui-même : ainsi, l’activité grégaire, qui unit les hommes tout naturellement d’après les âges et qui conduit les primitifs à ces classes d’âges si caractéristiques étudiées par Schurtz, aboutit à des groupements spontanés, dans lesquels les initiatives créent les habitudes, que fixent ensuite les usages.

Comme, d’autre part, l’observation montre partout les petites agglomérations d’hommes précédant les grandes, on voit qu’en dernière analyse, ce processus de la conformité sociale a dû se trouver à la base de toutes les institutions humaines.

L’histoire des mormons aux États-Unis constitue, par exemple, un ensemble tout à fait topique pour l’étude de la conformité sociale, — comme aussi pour celle des phénomènes sociaux analysés ci-après. L’exode des fidèles, en 1847, vers la Terre promise, les persécutions qu’ils subissaient du chef de non-conformité sociale, l’élaboration d’une morale dérogeant en un point fondamental, celui de l’organisation de la famille, à toutes les « idées reçues » autour d’eux, l’impuissance de la majorité à les atteindre, tout cela est éminemment représentatif de l’élaboration des synergies sociales.

Extrait de Lano dans Tlie secret of the totem, p. 29. Référence à Sciiurtz dans Altershlassen mut M âvucrbihtdc.

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