‹ Esquisse d'une sociologieChapitre 117 sur 143 · DEUXIÈME PARTIE : L’ANALYSE SOCIOLOGIQUE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE : L’ANALYSE SOCIOLOGIQUE

La nature et les manifestations de la subordination seraient également à préciser. Cette observation de Brehm est suggestive : les Esquimaux donnent parfois à leurs chiens un chef de file : ils choisissent le plus intelligent et celui qui a l’odorat le plus fin. C’est lui qui conduit tout l’attelage et s’occupe des ordres du maître ; tous les autres chiens suivent passivement les mouvements du chef (les italiques ne sont pas de l’auteur). — Comparer le cas des éléphants et des globicéphales noirs (cétacés) qui suivent le chef, même « s’il est évident » (pour l’observateur?) qu’il les mène à leur perte.

Les divers phénomènes de subordination sont aussi à rapprocher de cette remarque de Baron, à propos des meutes de chiens. Il commence par montrer que la meute comme telle est souvent inférieure à l’individu isolé : « Six, huit et surtout dix chiens sont parfaitement incapables de ramener un mouton réfractaire. Ils le cernent, aboyent furieusement et ressemblent beaucoup à des limiers dévorants. Aussi, les hommes du métier écartent-ils les {11 — i) chiens qui convertiraient la chasse en une curée sanglante. Un seul chien se détache alors et reconduit parfaitement l’animal. » Mais ce qui fait la valeur de la meute, c’est son chef, qu’on appelle la « clef » de meute: « Il ne faudrait pas croire que tous les chiens d’une meute s’élancent d’un mouvement spontané; les clefs de meute sont des chiens dressés spécialement et à part, et qui conduisent leurs congénères ; cela est si vrai qu’une meute « sans file » se conduit comme un troupeau de moutons privé de son chien. »

Qui est le chef? Chez les singes, en général, ce sonQles vieux mâles; de même chez les bovidés et les chevaux sauvages, les pinnipèdes, les cachalots, etc. (Tout ceci suppose qu’à des signes extérieurs, par exemple au pelage, l’observateur est en état de distinguer les individus âgés.)

Mais chez les éléphants, c’est tantôt un mâle, tantôt une femelle, — en tout cas l’animal le plus prudent (?) — ; chez les ruminants, le « chef » est la plupart du temps le plus fort (?), mais le guide (?) est souvent une femelle, parce que (?) elles sont plus prudentes (?) que les mâles. Ailleurs Brehm dit que, chez les ruminants, les vieilles femelles exercent le commandement.

Extrait de Baron dans Bctise du chien et haute intelligence du mouton, p. Si et p. Sa.

Références à Brehm ; pour les diverses catégories d’animaux, voir les rubriques correspondantes, passim ; — pour les guanacos : Mammifères, t. II, p. q53; — pour les vigognes : ül., id. p. 45s ; — pour les bœufs d’Ecosse : id., id. p. 668; — pour les cercopithèques : id., t. Ier, p. 59; — pour les mangoustes : id., id. p. 56a ; — pour les éléphants : id., t. II, p. 713; — pour les pinnipèdes : id., id. p. 78S.

Chap. VIII.

Les synergies sociales.

§ h. — La cé piialisation sociale

Chap. VIII.

Les synergies sociales.

§ II. — La ceplialisation sociale.

De toute façon, il y aurait lieu de mettre en rapport les phénomènes de céphalisation et ceux dus à l’instinct sexuel.

Ainsi les guanacos vivent en petites troupes de dix à. douze individus, ne comprenant qu’un mâle adulte « qui est le chef ». Puis, Brehm explique que ce chef n’admet dans son troupeau que des mâles ne pouvant encore se reproduire ; dès qu’ils sont adultes, il les chasse et combat jusqu’à ce qu’ils fuient avec des jeunes femelles ; à l’époque du rut, des combats acharnés se livrent pour la direction (?) des troupeaux. Ces combats sont caractéristiques chez tous lës ruminants : les vigognes femelles se laissent massacrer à côté de leur « chef » s’il vient à être tué ; les mâles des bœufs d’Ecosse luttent entre eux jusqu’à ce que le plus fort soit devenu le chef. On retrouve les mêmes faits chez certains singes, les cercopithèques, par exemple.

En dehors de l’instinct sexuel proprement dit, les prolongements familiaux de cet instinct ne seraient pas moins à considérer. Ainsi, les mangoustes vont par famille : le père marche en avant, puis vient la mère, enfin les jeunes; le père est l’éducateur des jeunes, à qui il apprend (?) à chasser. Chez les éléphants, la troupe serait aussi la famille; de même chez les pinnipèdes, dont chaque famille est composée d’un mâle, de trente à quarante femelles et des jeunes ; le mâle paraît avoir tous les attributs du chef.

Sociologiquement, ce qui importerait le plus serait de savoir s’il existe, et dans quelle mesure, des troupes animales sans chef, — la sentinelle pouvant, à la rigueur, être considérée comme jouant ce rôle, en ce qui concerne les attroupements temporaires.

Quoi qu’il en soit, il semble bien que le rôle du chef se borne chez les animaux à la conduite et à la protection de la troupe.

Revenant à la sociologie humaine, on constatera sans doute qu’aucune troupe d’hommes ne paraît jamais avoir été rencontrée sans qu’on y observât un ou plusieurs chefs.

L’investigation aurait à préciser ce point en s’entourant de toutes les précautions possibles d’interprétation. Ainsi, l’on a parfois avancé que les Bushmen vivaient sans aucune céphalisation, et Schurtz se sert même de cet exemple dans son Urgeschichte der Kultur pour démontrer que les peuples nomades ne « peuvent pas » avoir de chefs... Or, la toute récente

Référence à Scuurtz dans Urgeschichte der Kultur, p. i36.

Page 1