PREMIÈRE PARTIE : LA SOCIOLOGIE
En d’autres termes, dans l’état présent des connaissances, on peut concevoir que l’on étudie les phénomènes de la vie au point de vue de X énergétique biologique , et que l’on cherche à surprendre, dans les êtres vivants, les modalités et les métamorphoses de ce llux incessant d’énergie, sous lequel on aime aujourd’hui se représenter les activités de l’univers.
Chap. I.
Sur l’adaptation des êtres à leur milieu.
§ i. — Notions générales.
Il est des phénomènes de la vie que leur simplicité et l’état d’avancement de la technique d’investigation permettent sans conteste de regarder comme énergétiques : tels, ceux de la nutrition. Il en est d’autres, au contraire, qui restent encore réfractaires aux démonstrations décisives, à savoir les manifestations vitales que l’on groupe sous le terme courant d’ « intelligence » et dont les formes les plus parfaites semblent avoir leur siège dans la région antérieure du cerveau.
Assurément, devant le grand nombre de faits qui établissent l’interdépendance de l’activité psychique et des parties constitutives du cerveau, on est conduit jusqu’au seuil de la certitude, quant à l’identification essentielle de cette activité avec les autres fonctions de l’organisme. Qu’elle se traduise, comme toutes les autres, par une dépense d’énergie (Sollier), ou simplement par une modification distributive de l’énergie (E. Solvay); que cette énergie soit libérée aux dépens de l’énergie chimique empruntée aux aliments; que le travail cérébral qui produit la pensée obéisse aux lois de l’énergétique : voilà toutes choses qu’il est légitime de considérer autant comme des objectifs de recherches qui s’imposent, que comme des points de départ pour des constructions scientifiques qui ne peuvent attendre. C’est dans ce sens que le professeur Van Gehuchten, de l’Université de Louvain, se demande : « Qu’est-ce, au fond, que la psychologie, si ce n’est un vaste chapitre de la physiologie humaine? C’est la physiologie du cerveau et rien d’autre. »
Longtemps encore, peut-être, on sera impuissant à retracer les processus qui relient les manifestations psychiques à des activités fonctionnelles des centres nerveux : mais cela n’est pas le moins du monde indispensable pour embrasser, tant que rien n’y contredit, la totalité des phénomènes de la vie dans la conception énergétique.
Référence à Sollier dans Energie et pensée, pp. 242 et ss.
Id. à Solvay dans Du rôle de V électricité dans les phénomènes de la vie animale, pp. S 2
et ss.
Extrait de Van Gehuchten dans Les voies sensitives d’origine médullaire, p. iSy. INSTITUTS SOLVAY (SOCIOLOGIE) 2
Chap. I.
Sur l’adaptation des êtres à leur milieu
§ 1. — Notions générales.
Il y a parfois, en science, des hypothèses qui sont plus utiles que des démonstrations.
La considération des rapports entre l’individu et le milieu qui l’environne, mène ainsi à une position bien déterminée du problème de la vie.
Elle conduit, d’autre part, à des vues très fécondes sur le mécanisme d’ apparition des formes de la vie.
Que l’on imagine, en effet, une espèce quelconque, une espèce animale, par exemple, occupant un territoire dans des conditions données de climat, d’alimentation, de configuration géographique, d’habitat, etc. Que, pour fixer les idées, on suppose que cette espèce soit représentée par cent individus. Il va de soi, que même en les présumant, chose absurde, tous identiques à leur naissance, ces cent animaux ne seront pas, au cours de leur formation, tous soumis à des conditions absolument semblables; de telle manière que chacun ayant dû réagir différemment, si peu que ce soit, va s’écarter plus ou moins des nonante-neuf autres. Il se présentera, en d’autres termes, de nombreuses variations individuelles. Mais comme toutes ces variations sont l’effet de causes purement personnelles, elles se compensent les unes les autres, et dans l’ensemble le type moyen de l’espèce ne sera pas altéré lorsque les cent individus parviendront à l’âge adulte.
Ce type moyen subsistera inchangé, tant que les facteurs ambiants ne subiront aucune altération générale et systématique. Mais qu’une telle altération se produise, par exemple, que la température s’abaisse : tous les individus réagissant dans le même sens, leur structure s’en trouvera modifiée ; celle de leurs descendants aussi, et, pour ceux-ci, d’une façon vraisemblablement cumulée, à la fois par adaptation propre et par hérédité d’adaptation. Au bout du temps nécessaire au rétablissement de l’équilibre biologique, un nouveau type moyen aura surgi, autour duquel oscilleront, d’ailleurs, comme précédemment, de nombreuses variations individuelles.
L’action continue du milieu aura pu ainsi créer une espèce nouvelle.
Elle aurait pu aussi éliminer entièrement l'ancienne, si les individus ne s’étaient pas trouvés capables d’adaptation, c’est-à-dire n’avaient pas été assez plastiques pour s’accommoder aux conditions modifiées d’existence.
Assurément, les actions du milieu ne sont pas en général aussi nettement