DEUXIÈME PARTIE : L’ANALYSE SOCIOLOGIQUE
d’hommes, — de la coordination tribale d’une troupe de sauvages — ou de la coordination administrative d’un club de mille membres : le processus ne fait qu 'a ffecter des modalités diverses en s'adaptant à des tâches plus on moins amplifiées.
Qu’il s’agisse, dans un État européen du xxe siècle, d’une législation répressive contre les attentats anarchistes ou d’une législation novatrice en matière de brevets; — au moyen âge, d’une trêve de Dieu réglant les vengeances privées ou d’une disposition transformant en jugement exécutoire une simple transaction (Wodon); — chez les Aruntas d’Australie, d’un rite de réprobation tribale ou d’une innovation cérémonielle; — dans une société de pêcheurs à la ligne, d’une modification des pénalités ou des conditions d’admission : la diversité des objets ne différencie pas fonctionnellement les unes des autres ces règles de droit.
Oue, sortant de ce que Bekker appelle « das Vorrecht », le pré-droit, — qui seul, disons-le en passant, est commun aux animaux et aux hommes, — le droit règle les adaptations qui ne sont pas l’apanage exclusif des êtres humains, comme la détention de choses exploitables en vue de la prolongation de l’activité vitale (Pétrucci), la famille, l’industrie, le jeu, les relations sexuelles ou sociales; — ou qu’il atteigne des manifestations propres aux hommes, comme la religion, l’art, le commerce : il n'importe encore une fois au point de vue sociologique proprement dit.
C’est à la partie descriptive et historique du droit à étudier, à classer les applications particulières de la coordination sociale, et, pour ce faire, l’iiistorien du droit recourra précisément aux processus explicatifs généraux de la sociologie, qui lui révélera ainsi les « forces impulsives du droit » dont parle Jhering.
A peine de tomber dans l’indistinct et de confondre des choses que la réalité autant que la logique séparent, il faut s’en tenir à cette limitation des points de vue.
Chap. VIII
Los synergies sociales.
S 42. — La co ordination sociale.
Tout cela s’appliquera avec autant de force aux autres formes de la coordination sociale qui vont être analysées : le point de savoir, par exemple, dans quel but les individus s’associent est, à mon sens, dégagé à tort dans les récents traités de sociologie générale publiés aux États-Unis. Une
Référence à Wodon dans Les contrats francs, pp. 173 et ss.
Id. à Bickkek dans Ernst und Scliertz, p. 5o.
Id. à Pétrucci dans Origines naturelles de la propriété, passim.
Id. à Jhering dans Histoire du développement dit droit romain, p. 6
Les synergies sooiales.
§ <2. — La coordination sociale.
2â8 ESQUISSE D'UNE SOCIOLOGIE
telle question concerne' plutôt les applications de la sociologie à des études d’activités humaines spéciales.
Il existe une deuxième forme de coordination sociale, dans laquelle les individus sont effectivement transformés en instruments du chef, et voient toutes leurs activités orientées vers l’accomplissement d’une tâche objectivement déterminée. On pourrait désigner cette forme sous le nom de coordination opérative. Tels les groupes réunis par un industriel, un commerçant, un administrateur, un commandant d’armée, voire un chef d’orchestre. Cette synergie particulière a pris, au cours du XIXe siècle, une extension considérable chez les peuples les plus civilisés, à la suite de la révolution industrielle et commerciale provoquée par les inventions techniques : les occasions d’en observer directement les mécanismes se présentent donc fréquemment.
Par quelles combinaisons de facteurs sociologiques, le commandant d’une armée de 100,000 soldats, le gérant d’une usine de 7,000 ouvriers, le président d’un trust impliquant 40,000 individus, parviennent-ils à faire, suivant l’expression courante, « marcher ces multitudes comme un seul homme » ?
Il semble que le procédé fondamental se ramène à ces trois éléments :
i° Subordination de tous les individus coordonnés à l’autorité du chef; cette subordination fait apparaître la notion de la discipline;
2° Délégation échelonnée de l’autorité, correspondant à ce que l’on nomme la hiérarchie; la part d’autorité réservée à chacun des individus superposés se mesure par l’étendue de leurs responsabilités respectives;
3° Division des tâches et appropriation de celles-ci aux aptitudes de chaque individu.
En fait — car ces remarques ne sont que des suggestions — en fait, la question se pose tout entière de savoir sur quels principes généraux d’arrangement inter-individuel repose, chez les hommes, la coordination d’activités multiples, disciplinées par un seul individu en vue de l’exécution d’une tâche unique.
La coordination opérative se résout en une série de processus sociologiques élémentaires, parmi lesquels les activités compétitrices, initiatrices, acquisitives et sélectives sont les plus caractéristiques. Au sujet de ces