DEUXIÈME PARTIE : R' ANALYSE SOCIOLOGIQUE
trie » ferait le plus souvent un très mauvais « président de société » ; celui-là doit avoir de la « poigne » ; celui-ci doit déployer beaucoup de « tact ».
La synergie sociale dont il s’agit suppose, chez les individus qui y participent, un développement particulier de l’affinité sociale.
Il faut bien considérer, en effet, qu’elle ne se manifeste, sur l’ensemble des hommes, que pour une minorité extrêmement peu nombreuse d’individus : il serait intéressant, à ce point de vue, de faire dans divers pays, la statistique des habitants d’après leur affiliation à des associations. Cette statistique différerait certainement d’après les époques, les régions, les milieux. En fait, même dans une nation dite « avancée », la grande majorité des individus reste en dehors de toute coordination associative.
(Cette remarque me fournit l’occasion de noter combien il y a, tout compte fait, peu d’individus qui soient effectivement touchés par les diverses variétés des synergies sociales. J’ai déjà rappelé (voir page 234) l’action restreinte de la coordination régulatrice. A y regarder de près, on voit que la conformité et l’interdépendance sociales sont les seules formes synergiques auxquelles le grand nombre doit s’adapter. Tous ceux qui ne sont pas « indépendants », qui ne « travaillent pas pour leur propre compte », en un mot, les salariés quelconques, réagissent, en outre, de façon plus ou moins parfaite à la céphalisation et à la coordination opérative.)
Quelles sont les raisons de la distribution très inégale des individus en associations ?
D’abord, il est évident d’après tout ce qui a été dit, que la coordination associative suppose des réactions synéthiques entre les individus, en d’autres termes, qu’elle postule qu’ « ils se retrouvent les uns dans les autres » par quelque côté (voir page 137). Il faut, en effet, pour qu’un but commun puisse être assigné aux manifestations vitales d’un certain nombre d’individus, qu’ils possèdent, en ce qui concerne ce but, des potentialités réactionnelles identiques entre eux ou, tout au moins, à l’égard de l’un d’entre eux. On concevrait, comme cas limite, un hypnotiseur suggérant une même activité à plusieurs individus : encore, pour ceci, faut-il qu’ils soient tous susceptibles de réagir dans le même sens aux excitations de l’hypnotiseur.
Or, s’il est vrai qu’en règle générale, chaque individu se retrouve par beaucoup de côtés dans un grand nombre d’autres individus de son espèce, et s’il semble, par là, que les conditions nécessaires pour une coordination associative soient très communément remplies, il n’en reste pas moins qu’elles ne sont pas suffisantes. On pourrait dégager par l’expérimentation
Chap VIII.
Les synergies sooiales.
§ 42. — la coordination sociale.
Chap. VIII.
Les synergies sociales.
S 12. — La roordination sociale.
en quoi elles sont insuffisantes. Ce n’est pas assez de dire : « Si les indi- \idus ne s associent pas, c’est qu’ils n’ont pas intérêt à le faire », car pour èti e exacte, cette explication devrait être ainsi formulée : « Si les individus ne s associent pas, c’est qu’ils ne jugent pas qu’ils aient intérêt à le faire », — et ceci laisse le problème entier.
L’enquête de De Leener sur les Syndicats industriels en Belgique a révélé pour quelles raisons souvent déconcertantes certains industriels belges restent rebelles à la simple entente entre producteurs, si manifestes qu’en soient 1 opportunité et l’utilité. On rencontrerait des situations analogues parmi ce que l’on appelle « la petite bourgeoisie », au sein de laquelle on éprouve tant de difficultés à faire pénétrer l’idée d’association. Dans un pays tel que la Belgique, quelles sont, en réalité, et indépendamment de toute phraséologie conjecturale, les raisons physiques, si l’on pouvait ainsi dire, de la faible diffusion des syndicats ouvriers et, inversement, de l’extension prise en peu de temps par les unions professionnelles agricoles? Une observation attentive des processus sociologiques d’aptitudes et d’activités donnerait seule des réponses.
Ne sait-on pas comme il est malaisé de recruter des membres pour une société en formation et combien de sociétés comptent de membres communs à plusieurs d’entre elles? Ici encore le relevé des individus, d’après le nombre de sociétés dont ils font partie, aiderait à la connaissance positive d’importants phénomènes sociologiques.
Il ne serait pas moins intéressant de rechercher les causes de la puissance créatrice de /’ association : pourquoi le fait d’associer des activités provoque-t-il des résultats qui n’auraient pas été atteints autrement?
Pourquoi, par exemple, un individu isolé n’obtiendra-t-il rien alors qu’associé à d’autres il réussira? Est-ce le prestige du nombre? (On dit :
« On ne pouvait refuser à un tel ce qu’il demandait ; chacun sait qu’il a trois cents individus derrière lui. ») Et si le nombre n’agit pas effectivement, n’y a-t-il pas l’action d’une permanence psychique, trace des époques où le nombre seul décidait des contestations et où l’expérience de la vie apprenait aux hommes que, dans certaines circonstances, les individus sont plus forts ensemble qu’isolés ?
Quoi qu’il en soit, la puissance du nombre est telle, qu’un individu qui prétend « avoir raison contre tout le monde » est regardé comme anormal.
Peut-être, si l’on observait attentivement les phénomènes réactionnels
Référence à Dr: Leener dans Syndicats industriels en Belgique, pp. 1 57 , 240.