PREMIÈRE PARTIE : LA SOCIOLOGIE
définies, ni aussi simples que dans cet exemple hypothétique, et elles se Chap. I.
,, . , . ■ , Sur l'adaptation
traduisent le plus souvent par des alterations a peine sensibles ; mais, de des êtres
* * à leur milieu.
toute façon, elles ont une répercussion biologique générale sur l’être tout Notions
entier, et elles l’atteignent dans les éléments mêmes de sa vitalité. « Dans générales, chaque acte d’adaptation, le mouvement moléculaire spécial à l’individu est transformé par les influences physico-chimiques. » (HouzÉ.)
De ces constatations, à une théorie qui représente toutes les formes vivantes comme dérivant par des modifications continues de formes primitives, éteintes pour cause d’inadaptivité, il n’y a que de la distance de la certitude expérimentale à la certitude logique. Chacun sait que la science contemporaine n’a pas hésité à franchir cette distance et que la doctrine de Y Évolution, ou mieux du Transformisme ou de la Descendance, domine aujourd’hui toutes les conceptions biologiques.
C’est donc effectivement sur la considération des rapports entre le milieu et l’individu que repose la seule théorie, qui ait pu substituer, dans l’histoire de la nature, des actions purement mécanistes aux interventions finalistes.
« Du temps et des circonstances favorables, disait Lamarck, il y a un siècle déjà, sont les deux principaux moyens que la nature emploie pour donner l’existence à toutes ses productions. »
On voudra bien noter qu’il n’est nullement question ici d’exposer des théories quelconques de biogénie, et que, par exemple, l’emploi de termes comme « équilibre biologique » n’implique pas la méconnaissance des doctrines biomécaniques. Il s’agit seulement de rappeler, en vue du but déterminé de ce travail, des faits caractéristiques d’action du milieu sur les individus.
Il est de même tout à fait inutile, pour le sujet traité, de toucher aux controverses que soulèvent aujourd’hui des questions comme celle de la part respective de l’hérédité et de l’adaptation dans les transformations des espèces, ou celle des mutations comparées aux variations, etc. Toutefois, comme les vues générales que l’on adopte sur ces problèmes doivent, forcément, se refléter dans tout exposé biologique, je préciserai ici certaines idées et surtout certaines expressions trop rapidement acceptées peut-être dans le langage scientifique courant.
Je suis de ceux qui n’accordent à la sélection naturelle qu’une valeur négative : l'expression devrait être bannie de la terminologie scientifique où elle apporte, quoi que l’on fasse, une idée finaliste : l’extinction des moins adaptés dénommerait peut-être mieux le phénomène visé. Pour la même raison d’hostilité à la téléologie de l’évolution, je ne puis me résoudre à parler de variations favorables ou utiles, c’est-à-dire susceptibles d’avantager les êtres dans leurs adaptations, cette qualité ne pouvant être assignée à la variation que justement après sa fixation. A lire, nombre de biologistes, on éprouve aujourd’hui l’impression d’un retour aux anciennes « harmonies de la nature », dont des recherches
Extrait de HouzÉ dans Sur l'influence du régime alimentaire artificiel, p. 6.
Id. de Lamarck dans Giard : L’évolution des sciences biologiques, p. 199.
Sur l'adaptation dos êtres à leur milieu.
S I. — Notions générales.
comme celles de Metchnikoff sur les désharmonies de la nature humaine suffiraient cependant à écarter la vision. « Le grand acteur du drame est bien, comme le dit Delage, le hasard, c’est-à-dire un concours de causes variées, dont la combinaison n’a aucune régularité. » Ou encore, comme le dit Lameere : « Tout nous démontre que l’évolution a été subordonnée au hasard des circonstances. »
Je me range, à ce propos, entièrement à l’opinion de Dastre : « Voici que, de nouveau, nous voyons reparaître, dans des explications qui se prétendent scientifiques, le fantôme de la cause finale. On rend compte de tel fait par. la nécessité pour l’organisme de se défendre ; de tel autre par l’obligation où est l’animal à sang chaud de maintenir sa température constante ; on voit des zoologistes expliquer la fécondation, ainsi que le leur reprochait récemment Le Dantec, par l’avantage que l’animal retire d’une double lignée ancestrale. Aussi bien pourrait-on dire, comme le fait observer Léo Errera, que les inondations du Nil se produisent afin d’apporter la fertilité à l’Egypte. »
La conception de la lutte pour l’existence , introduite par Darwin et acceptée par la généralité des esprits, est aujourd’hui attaquée avec infiniment de raison : à la compétition pour la vie, accompagnée de combats, de triomphateurs et de victimes, se substitue de plus en plus la notion de la résistance â la mort ou mieux encore de Y irrésistible tendance à la vie.
Enfin, faut-il, une fois déplus, s’élever contre l’habitude de se représenter l’ensemble de la nature organique comme un développement sériaire, dont l’homme formerait le sommet? Les espèces actuelles sont les aboutissements d’évolutions distinctes, divergentes ou convergentes; il n’existe pas de hiérarchie des espèces. Tous les êtres possèdent, si imparfaits qu’ils paraissent, le maximum d’adaptations qu’il leur a été possible de réaliser. En songeant à l’insuffisance des sens de l’homme pour lui faire percevoir un grand nombre de radiations de la matière, Bohn ne se demandait-il pas récemment si l’intelligence humaine, « qui est pour beaucoup la faculté de connaître, ne serait pas plutôt l’inaptitude apercevoir les réalités... »?
Quelques clartés sur ces diverses questions sont surtout nécessaires, si l’on doit, comme on va le faire ici, s’occuper non de la structure ou des fonctions internes des êtres, mais de leurs relations avec le milieu extérieur.
C’est pour les mêmes raisons que, sans discuter le fond de la doctrine du Transformisme, je reproduis volontiers deux opinions qui, par leur loyauté scientifique, ont le mérite de bien délimiter le problème.
E. Perrier s’appuie sur trois propositions préliminaires :
« i° Pasteur a démontré qu’aucun fait connu n’était explicable par la génération « spontanée;
« 2° La conclusion ultime des sciences de la nature est que tous les êtres vivants « dérivent les uns des autres par reproduction ;
« 3° Les géologues nous apprennent qu’il n’y a pas eu de cataclysme dans les diverses « périodes géologiques, qu’il y a, au contraire, continuité absolue entre elles.
« Or, la paléontologie nous enseigne avec certitude que les espèces qui peuplent « actuellement la terre n’existaient pas autrefois. Les faits forcent donc à admettre que
Référence à Metciiniicoff dans Études sur la nature humaine, ire partie.
Extrait de Delage dans L’hérédité et les grands problèmes de la biologie générale, p. S46. Id. de Lameere dans Esquisse de la zoologie, p. 279.
Id. de Dastre dans La vie et la mort, p. 49.
Id. de Boiin dans Les premières lueurs de l’intelligence, p. 435.
Id. de Perrier dans Costantin : Les végétaux et les milieux cosmiques, p. 97.