DEUXIÈME PARTIE : L'ANALYSE SOCIOLOGIQUE
veut, une théorie. C’est une façon de construire, comme disent les Aile- Chap vin.
... , . . ■ Le» synergie»
mands, un ensemble de rapports juridiques spéciaux, et quelque opinion sociale», qu’on en ait, il est certain que cette construction n’a jamais pu se composer s <3. - La eon-
,, . .... * , ,-i science sociale.
d autres matériaux que ces rapports juridiques eux-memes, tels qu ils découlaient de la loi ». (Les italiques sont de l’auteur.) Et pour éclairer ces remarques d’un exemple frappant, Wodon imagine plus loin une société en nom collectif, composée de deux associés, supposés tous deux incapables de recevoir : « Est-il possible, dit hauteur, que, dans ces conditions, la société soit capable? Il faut bien l’admettre, pourtant, si l’on pose en principe la capacité. Or, l’absurdité serait flagrante. »
J’ai reproduit ce passage pour mettre en pleine lumière l’aboutissement auquel conduit, par un enchaînement logique, la première abstraction qu’implique la « conscience sociale ». La construction de la « personne morale » relève de l’histoire du droit et de l’histoire de la philosophie : mais elle est le terme ultime de l’évolution de l’élément sociologique qu’est la « conscience du groupe » .
Il resterait à étudier comment se dissocie la conscience sociale.
Certains individus ont 1’ « esprit désagrégateur » et éprouvent une sorte de satisfaction à défaire ce qui est cohérent, à désunir, à provoquer les froissements, les conflits; — ou, la confiance dans l’efficacité de la coordination pour la réalisation du but, s’effrite; — ou, des actes accomplis par certains membres dissipent la sensation synéthique initiale; — ou, une action intérieure (« divisez pour régner ») tend à superposer aux jugements synéthiques des jugements alléthiques à l’égard des autres membres du groupe;
— ou, une telle atteinte est portée à une tradition supportant la conscience sociale que « la foi s’en va »... De toute façon, le lien fictif que la conscience sociale avait créé entre les membres se relâche insensiblement.
Cette « dislocation » se traduit souvent par l’abandon du groupe : émigrations dans un Etat, démissions dans une association, renonciations à des abonnements.
Quand les individus ne s’éloignent pas du groupe, ils peuvent subir une modification biologique profonde. Darwin signale, à propos de la disparition des populations indigènes dans l’ile de Vancouver, que, depuis l’arrivée des blancs, le nouveau genre de vie qui entoure les indigènes les effare et les
Extrait de Wodon dans Les sociétés commerciales sont-elles capables de recevoir des dons et des legs ? p. ioo.
Référence â Darwin dans Descendance de l’homme, p. 200.
Chap VIII
Los synorgies sociales.
§ 13. - La conscience sociale.
§ II. — La notion d’organisation sociale.
attriste : « ils perdent tous leurs motifs d’efforts, et n’en substituent point de nouveaux à la place ».
Spencer et Gillen notent aussi, à propos de l’une des phases d’initiation des jeunes Autraliens que, par suite du voisinage des blancs, ceux-ci ne prennent plus aux coutumes tribales le même intérêt qu’y attachaient leurs pères, et comme, d’autre part, les vieillards ne veulent révéler les secrets de la tribu aux jeunes gens que s’ils en sont dignes, il résulte de tout cela un relâchement progressil de la trame sociale, et la dégénérescence rapide des individus.
§ 44. — La notion d’organisation sociale.
L’analyse sommaire qui a été faite des synergies sociales, notamment en ce qui concerne les hommes, met en évidence ce fait qu’aussitôt que les individus se trouvent soumis, d’une façon plus ou moins permanente, à des conditions communes d’existence, ils sont spontanément amenés à établir entre eux des liaisons d’une complexité croissante.
D’autre part, il arrive incessamment que, sous des impulsions spéciales et à des degrés d’ailleurs très différents suivant les individus, des hommes constituent de nouveaux groupes au sein du groupement dont ils font partie.
De telle sorte que toutes les activités sociales des hommes paraissent aboutir à la formation de groupes, dans lesquels ils s’assujettissent à des modes déterminés de relations avec les autres individus de leur espèce.
Il serait inexact de dire que chez les animaux allophiles rien de semblable n’apparaît : car, dans beaucoup d’espèces, la vie « en troupe » est permanente ou passagère. Mais l’observation montre que les individus ne prennent du groupement que ce qui répond à leurs besoins spécifiques : or, on a vu (pages y5 et suivantes) que pour les animaux, la satisfaction de ces besoins ne comporte l’intervention des autres individus de l’espèce que dans une mesure insignifiante comparativement à ce qu’elle requiert pour l’homme.
La céphalisation en offre un exemple frappant : alors que chez les animaux allophiles, elle aboutit seulement à la conduite et à la protection du groupe, elle devient pour les hommes une condition même de la conservation des plus
Référence à Spencer et Gillen dans The Native Tribes of Central Aiisiralia, pp. 280, 281.