DEUXIÈME PARTIE : L'ANALYSE SOCIOLOGIQUE
essentielles de leurs adaptations, instituées en « règles de droit » par le processus décrit des habitudes fixées en usages réservés.
Il est donc tout à fait conforme aux enseignements de l’observation de considérer la tendance au groupement coordonné comme propre à l’espèce humaine, pour laquelle elle constitue en somme un attribut corrélatif de ses caractères spécifiques fondamentaux.
Disons, d’un mot, que Yespe'ce humaine se caractérise par une tendance synergique à /'organisation sociale.
Or, lorsque l’individu est incorporé dans un groupe organisé, il éprouve effectivement de ce chef des réactions particulières : sa prestation énergétique s’en trouve inlluencée, tant au point de ses aptitudes sociales que l’éveil de la conscience sociale peut venir modifier, qu’au point de vue de ses activités sociales.
On aperçoit ici toute une série d’expériences possibles, analogues à celles de Mayer sur le travail en commun des adolescents (voir page i33). Une des plus simples serait de mesurer les résultats d’efforts purement musculaires associés pour un déplacement, par exemple.
A titre de simple comparaison, on peut noter ce qui se produit lorsque l’homme provoque un travail synergique chez des animaux. Reul donne les résultats que voici en ce qui concerne les chevaux : si un cheval déplace i,5oo kilogrammes, deux chevaux en entraîneront 2,3oo, trois, 3,ioo et quatre, 4,000; les quatre chevaux isolés déplaceraient 6,000 kilogrammes.
D’autre part, Grégoire résume comme suit la constatation qui ressort de ces nombres : « Si l’on attelle plusieurs animaux au même fardeau, la somme du travail est toujours inférieure à la somme que produirait chaque animal attelé isolément. Les animaux attelés ensemble se gênent mutuellement, ne donnent pas le coup de collier au même moment, tirent suivant des lignes non parfaitement parallèles, ce quia pour résultat une diminution de la résultante; bref, il se produit une réduction non négligeable du travail. Voici à ce sujet, des chiffres donnés par Karen :
Nombre de chevaux attelés 1234067S
Travail individuel en p. c. du travail isolé . 100 98 87 80 73 67 55 40
La destruction de force est autant plus considérable, que l’attelage est plus nombreux, et le moment est rapidement atteint où l’addition d’unités nouvelles n’a plus d’influence sur le travail développé »
L’expression que ces réactions modificatrices prendraient dans les formules d’énergétique sociale dont il a déjà été question (voir pages 166 et 205) ne serait toutefois pas différente de celles qui ont été considérées, de
Chap. VIII.
Les synergies sociales
S ù. — La notion d'organisation
Référence à Reul dans Précis du cours de zootechnie, 3“ partie, p.3i.
Id. à Grégoire dans La production du travail par le cheval, p. 479.
ESQUISSE D'VSK SOCIOLOGIE
Chap. VIII.
Les synergies sociales.
S -Ü. — La notion d’organisation sociale.
§ 4ô. — Vue d'ensemble.
sorte que le fait, four un individu, de devenir un clément actif d'une synergie sociale ne ferait qu'introduire des ternies nouveaux positifs ou négatifs dans les expressions antérieures :
et
Il n’en résulterait aucune relation nouvelle entre les coefficients d’utilisabilité sociale et les phénomènes réactionnels dus aux actions inter-individuelles; de sorte que l’on peut finalement écrire, pour la relation qui définirait ces coefficients :
On remarquera que cette relation renferme, dans l’état actuel des connaissances, tout ce qu’il peut y avoir de précis dans ce que certains sociologistes appellent le rôle anthropogénique de la vie sociale. A moins de se contenter de phraséologie et d’appréciations subjectives, il n’est pas possible de déterminer ce que l’individu doit à son milieu social et ce que celui-ci lui a enlevé. Si l’on veut rester sur le terrain de la science positive, il faut savoir se borner à des approximations qui ont au moins l’avantage de formuler nettement et de délimiter les problèmes.
§ 45- — Vue d’ensemble.
La question se pose de savoir si, en ayant analysé sommairement comme je l’ai fait, toutes les modalités des adaptations des individus au sein d’un groupe organisé, on est arrivé à la connaissance complète des phénomènes auxquels elles donnent lieu, — en d’autres termes si le groupe ne doit pas être observé en lui-même.
Or, de quelle façon, pourrait-il l’être ?
Est-il susceptible, comme tel, de frapper nos sens ? A vrai dire, on peut percevoir sensoriellement une société par la vue du cortège de ses membres, ou une assemblée par le bruit des discussions qui s’y poursuivent ; mais précisément alors, on n’y percevra que des individus simplement juxtaposés, à telle enseigne que rien ne distinguerait, pour les sens, un groupe de conspirateurs d’un groupe de simples promeneurs.