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DEUXIÈME PARTIE : L'ANALYSE SOCIOLOGIQUE

Mais... on ne peut les observer que dans les individus, — à peine, comme le dit Houssay, en combattant la conception objective de l’espèce, de faire « d’illicites combinaisons de concepts, reposant sur une extension métaphorique de certains mots, et n’expliquant rien du tout ».

Parmi ceux qui reconnaissent que l’étude des phénomènes dus à l’affinité sociale relève des sciences biologiques, en est-il beaucoup qui conçoivent l’objet de cette étude autrement que sous la forme de l’abstraction du groupe social? Huxley, en écrivant que la sociologie est une province de la biologie, voyait-il autrement que tous ceux qui disent : « La sociologie commence où finit la biologie », — en d’autres termes, ne croyait il pas comme eux la matière de l’observation sociologique est autre que celle de l’observation biologique?

Mais il y a plus : ce n’est même pas l’abstraction du « groupe social » que l’on rêve de donner comme aliment à la sociologie, c’est une construction spéculative plus particulière encore. De tous les groupes sociaux que constituent inlassablement les hommes, parce que cela tient à leur vie même, on ne retient qu’une forme : celle qui correspond à un groupe d’individus fixés territorialement, et qu’on appelle communément le « groupe politique » (de 7 -oV.q, ville, État). On lui donne un nom, dont le sens s’évanouit quand on veut l’approfondir : la société, ou si l’on osait parler comme on le devrait : « de la » société , car, en fait, c’est par une erreur de langage qu’on lui conserve un faux air concret. Cette chose une fois créée, on se livre sur elle à toute une série d’opérations de l’analyse biologique : on l’observe, on la dissèque, on en étudie les manifestations normales et pathologiques, on en décrit la naissance et la mort, on formule le déterminisme de son évolution et, pour mettre le comble à la téléologie, on la dote d’une sélection spéciale qui « se substituerait à la sélection naturelle et mériterait le nom de sélection sociale » (Broca).

On écrit — inutile de citer les auteurs :

« La société n’ayant pas su trouver le moyen qu’il fallait employer, déclare que la faute en est au délinquant. »

« La régularité de l’évolution des sociétés est en raison de leur degré de réalité. »

« Les sociétés sont comme les hommes : semblables et différentes. »

« La société a ses droits et ses devoirs. »

Extrait de Houssay dans La forme et la vie, p. 833.

Référence à Huxley dans Les problèmes de la biologie, p. 8.

Id. à Broca dans IIouzÉ, Sur l’influence du régime alimentaire artificiel, p. 7.

Chap. VIII.

Les synergies sociales.

S 45. — Vue d'ensemble.

Chap. VIII.

Les synergies

§ 45. — Vue d'citîemhlc.

« La société semble avoir compris qu’elle ne doit accuser qu'elle-même de ses malheurs. »

« A mesure qu’une société s’éloigne de l’état sauvage et de la barbarie, elle possède une plus complète et plus puissante organisation. »

« Les sociétés engendrent des sociétés d’une autre espèce. »

« La cause la plus profonde du déclin de la société doit être cherchée dans l’affaiblissement de la famille. »

« Le développement intellectuel de la société est subordonné à son évolution morale. »

« Qu’est-ce que la société imite avec fruit? »

« Rien ne peut arrêter une société dans sa course vers la décadence, quand elle porte, comme la nôtre, une tare originelle. »

« Otez les individus, il reste la société. »

Qu’y a-t-il à la base de toutes ces affirmations?

D’abord, l’abstraction du « groupe social » déjà rencontrée.

Puis, la pesée de trois autres abstractions : V abstraction juridique, construite pour les nécessités de la pratique courante, de l’administration des hommes, de leurs rapports entre eux, comme tant d’autres généralisations indispensables pour pouvoir élever tout l’édifice du droit; — Y abstraction historique, qui découpe les événements humains en tranches correspondant à des étendues de territoire déterminées par les conventions des hommes eux-mêmes : la Belgique, les États-Unis, la Chine; — Y abstraction métaphysique, qui substitue à l’individu agissant une psyché intellectuelle et affective, et ne voit ainsi, logiquement, dans une agglomération d’individus, qu’une association de semblables psychés, se fondant en une entité unique, douée de raison et de sentiments.

Chacune de ces abstractions a, dans son domaine, sa raison d’être et sa légitimité : elles n’en échappent pas moins, irrémédiablement, à l’analyse biologique qui ne peut avoir prise que sur l’être vivant.

Ce déconcertant mélange d’abstractions se résout en un véritable mirage poli-centrique, — je veux dire rapportant tout au groupe politique, — et en une vue totalement fausse du déterminisme sociologique, que je dois bien signaler à présent.

On observe que les hommes les plus primitifs observés vivent en groupes peu nombreux, au sein desquels les relations inter-individuelles sont simples. Avec beaucoup de vraisemblance, on attribue cette organisation sociale aux premiers hommes, dont tout vestige a disparu.

Puis, opérant de même pour les autres types d’organisation sociale, on constate, à mesure qu’on se rapproche de l’époque présente, une com-

VIENT DE PARAITRE I

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NOTES ET MEMOIRES : Fascicule 7

im:s sociétés axixiales

l’A II

R. PETRUCCI

Collaborateur scientifique de l lnstittit.

1 volume grand in-4° (format du présent prospectus) 12(i pages, cartonné, 5 francs

DES SOCIÉTÉS A XI Al AL ES

R. PETRUCCI

L'auteur a été amené, par sa précédente étude de sociologie comparée, à se poser le problème de la comparabilité des Sociétés animales.

Son travail est divisé en trois parties : la première est un exposé de l'état actuel de la théorie de l’évolution, ün y trouvera un résumé de l’ensemble de la question, de nature à intéresser autant les Biologistes que les Sociologistes. On y voit se dégager les grandes lignes de l’évolution que l’auteur a indiquées en insistant sur les points de bifurcation, de façon à fournir la base de toute détermination de comparabilité au point de vue des sociétés animales.

Cette base étant acquise, la seconde partie étudie la position des caractères sociaux dans la série animale. On voit aussitôt qu elle ne correspond pas aux lignées d’évolution et aux points de bifurcation tixés par l’étude précédente et, dès lors, le caractère hérité des Sociétés animales, reculant de plus en plus vers d’obscures origines, finit par se résoudre en négation.

Partant de cette conclusion, l’auteur étudie de très près, dans la troisième partie, l’origine polyphylétique, l'hoir otypie et la non-comparabilité directe des Sociétés animales. Sur ce groupement comme base initiale, tous les développements des formes — ou plutôt des (onctions — sociales sont possibles et l’étude de ce phénomène sous ces divers aspects conduit l’auteur à des vues originales sur les conditions extérieures formatrices du groupement, sur les conditions propres aux sociétés humaines, sur la nature d’activités telles que le langage ou l’utilisation de l’outil, intégrées à l’organisation sociale.

« De ce fait, dit l’auteur, que les sociétés animales sont d’origine polyphylétique, que les ressemblances qu’elles peuvent présenter sont d'ordre homotypique, enfin, que leur comparabilité directe est inacceptable, il résulte que les sociétés réalisée? aux divers points de la série animale sont irréductibles. Il y a donc une Sociologie humaine, comme il y a une Sociologie du Bison d’Amérique ou du Bison d Europe, comme il y a une Sociologie du Tarpan. du Castor ou de chacune des deux espèces de Manchots antarctiques. Chacune de ces sociologies étudie sur le fait initial du groupement, le développement de certains caractères irréductibles d’une espèce à l’autre, sinon au point de vue abstrait. »

Mais c’est justement alors que la conception de la Sociologie comparée intervient. Pille étudie le phénomène sociologique en soi, elle l'abstrait des supports biologiques (pii le réalisent et elle peut ainsi définir son caractère propre et l'intégrer à la Sociologie pure. « Si donc, conclut l'auteur, pour étudier génétiquement l’évolution des sociétés humaines et les formes de leur activité, il n’y a pas lieu d’abandonner leur domaine, on ne pourra, cependant, définir leur véritable caractère à ces activités diverses, qu’à la condition de les abstraire de leurs réalisations concrètes et de les éclairer par le point de vue de la Sociologie comparée. Lorsque cet effort sera achevé, on saura exactement la différence qu’il convient d’établir entre des phénomènes actuellement confondus sous les mômes termes cl qui, peut-être, sont spécifiquement distincts. Et le jour où l’on aura achevé l’édifice de la Sociologie comparée, on s’apercevra que l’on aura élevé en môme temps celui de la Sociologie Pure. »

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