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DEUXIEME PARTIE : L'ANALYSE SOCIOLOGIQUE

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plexité croissante des relations interindividuelles et toute une série d’autres caractères.

Et l’on raisonne alors comme suit :

Puisque ces types ont apparu successivement, c’est que les uns procèdent des autres par un véritable mécanisme phylétique, tout à fait assimilable à celui qui fait se succéder les types d'animaux. On peut donc tracer un arbre généalogique des types de « sociétés ». Dès lors, il y a un Règne Social, un Déterminisme Social et une Science Sociale destinée à le formuler, — le terme « social » étant employé ici dans le sens de l’abstraction « société ».

Ainsi, dans le même temps que les sciences biologiques s’affranchissaient de la conception finaliste des règnes organiques et subordonnaient l’évolution des espèces à d’innombrables « accidents », ou plutôt, comme je l’ai dit déjà (voir page 46) à d’innombrables « contingences », on entreprenait de constituer de toutes pièces un règne super-organique, où se réfugiait le finalisme éconduit.

Qui donc ne voit combien les types d’organisation sociale sont, eux aussi, à la merci des « contingences » ? S’il est un enseignement que l’histoire apporte, c’est assurément celui-là et je puis me borner à en retenir ici quelques témoignages.

Ce que l’on peut se représenter des mouvements des premiers hommes sur la terre, par les récits des migrations des Polynésiens, ne montre-t-il pas le rôle de la dissémination accidentelle , suivant l’expression de Quatrefages?

Il y a longtemps que l’on sait comment la découverte de l’Amérique est l’effet indirect d’une erreur que fit Ptolémée, en exagérant d’un tiers la longueur de la Méditerranée : durant i,5oo ans une négligence de calcul pesa ainsi sur les relations des hommes entre eux.

Il y a longtemps aussi qu’on a insisté sur les conditions si favorables que réalisait l’unification administrative et politique de l’Empire romain, pour la diffusion du christianisme, et sur les conséquences de la victoire de Charles Martel pour l’évolution des sciences et par suite, pour la marche générale des événements humains.

Reid a consacré tout un chapitre de ses Principles of H ercdity à montrer comment les migrations conquérantes et les grands empires ont été l’œuvre des « microbes destructeurs des peuples envahis » plus que celle des monarques et de leurs ministres.

Combien, plus visiblement encore, les types d’organisation sociale sont

Référence à Quatrefages dans Les Polynésiens et leurs migrations, passim.

Id. à Reid dans Principles of Heredity, chap. XIV.

INSTITUTS SOLVAY (SOCIOLOGIE) 17

Chap. VIII.

Les synergies sociales.

g 15. — Vue d’ensemble.

Chap. VIII.

les synergies sociales.

§ 45. — \uc d’ensemble.

conditionnés par ces accidents humains que l’on nomme les « inventions » de toute nature et qui, en dernière analyse, tiennent au mystérieux développement du cerveau de l’homme !

Je dois laisser ici la parole à Draghicesco qui, dans \a. Revue philosophique, a abordé de front le problème et a nié la possibilité d'une sociologie objective entendue dans le sens que je combats ici. (Les italiques des passages ci-après ne sont pas de l’auteur.) « Un Newton et un Laplace idéals eussent-ils été les témoins oculaires de la nébuleuse lancée dans le chaos, qu’ils n’auraient pu formuler, ni l’un, la loi de la gravitation, ni l’autre, les principes de la mécanique céleste. L’harmonie du système solaire a dù, de toute nécessité, en précéder la connaissance. L’esprit serait-il omniscient qu’encore il lui faudrait un objet de connaissance.

« Le cas est identique pour la science de notre planète et les sciences physico- chimiques.

« Quelque chose de pareil a dù se passer encore avec le règne de la vie... Tout le long du processus évolutif de la vie, les formes qui se sont succédé ont été chaotiques, inconsistantes. A chaque pas, la Nature a fait du nouveau. La forme qui suit ne ressemble déjà plus à la forme précédente.

« Peut-on imaginer, à cette époque, un Linné ou un Cuvier obligé de faire dans la première moitié des y3 millions d’années depuis que dure la vie, de la science botanique et physiologique, ou bien un Darwin découvrant la clé du déterminisme biologique, pour écrire 1’ « Origine des espèces »? Une science biologique, avant cette période tertiaire, est chose inimaginable, car elle aurait été la négation même de toutes les formes supérieures de la vie fixée , qui devaient intervenir dans la suite.

« Ht maintenant la question qui se pose est bien celle-ci : en est-il de même du règne social ? Au point de vue de la science, qui répugne à la dérogation à l’ordre naturel, répondre par la négative serait absurde. Or, la science sociale positive ou celle qui se prétend telle, postule que le règne social, du premier jour de son apparition, fut une réalité complète, stable, définitive, gouvernée par des lois raisonnables, qu’il resterait à découvrir par l’observation passive et désintéressée...

« Mais au point de vue social, nous nous trouvons à une époque de création, d’ébullition, de chaos et d’anomalies. Nous traversons une époque où les lois sont en peine de se créer ; on ne pourrait donc pas les découvrir par l’observation... Nous vivons à une époque où le déterminisme social

Extrait de ÜRAGHirESCO dans De la possibilité des sciences sociales, pp. 376 et ss.

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