‹ Esquisse d'une sociologieChapitre 136 sur 143 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

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est une simple « velléité »... Par quel miracle de logique conçoit-on des sociologues objectifs?...

« Chaque découverte dans le domaine du savoir, par l’invention virtuelle qu’elle contient, se présente comme un germe de révolution. L’équilibre de la vie économique et sociale, atteint antérieurement, perd sa constance en face d’une loi ou d’une force naturelle nouvellement conçue. Les formes sociales fixées et équilibrées pour un moment sont désorganisées ensuite, par les effets des applications de la nouvelle découverte.

« Les sciences sociales qui réfléchissent ces formes précaires sont ainsi rendues éphémères, caduques. A-t-on découvert la force de la vapeur, en a-t-on connu les lois et les applications possibles, il s’ensuivra une révolution dans l’industrie, dans l’agriculture, dans le commerce. Le système politique en sera désorganisé, la science politique ébranlée. Les lois économiques connues et réelles antérieurement, deviendront irréelles, car la production et la distribution des richesses doivent être changées du tout au tout. Toute autre sera l’économie politique d’Adam Smith, comme autre celle de List et de Karl Marx. Un droit et une morale, de même qu’une intellectualité, et des arts spéciaux en seront l’effet.

« A peine a-t-on commencé à équilibrer le nouvel ordre social, qu’on est déjà en présence d’un autre principe, nouvellement découvert, d’une autre force de la nature susceptible d’applications inconnues auparavant : l’électricité. Aussi, l’industrie et la technique se trouvent-elles devant la perspective d’une nouvelle révolution. Les principes de l’économie politique ont de nouveau menacé de sombrer. Le marxisme est attaqué ici, là il entre en décomposition. Plus tard, on le trouve complètement faux et en contradiction avec la réalité...

« La réalité sociale, les formes sociales, et les sciences sociales où formes et réalités se reflètent, sont Y oeuvre précaire de quelques générations.

« Des effets analogues résulteront de la découverte ou de la mise en valeur de richesses connues, mais non encore utilisées. L’exploitation agricole des plaines fertiles que le hasard avait laissées libres ; l’exploitation d’une nouvelle mine de charbon, de fer, de pétrole, etc., sont également des événements propres à mettre le désarroi... dans l’économie politique, la morale, le droit, etc.

« Les situations interindividuelles changent, se compliquent ; des cas nouveaux apparaissent qui sont en dehors de toutes les catégories sociales antérieures... Une sorte d’oscillation incalculable contrecarre toute tentative de prévoir. Et les oscillations se prolongent, et leur angle lui-même ne diminue pas d’une façon régulière, pour aboutir à un équilibre idéalement stable.

Chap. VIII.

Les synergies sociales

55 — Vue

d’ensemble.

Les synergies sociales.

§ 45. — Vue d'ensemble.

« L'ensemble de la vie sociale échappe ainsi à l'effort de celui qui voudrait le saisir dans toute sa complexité. A supposer même qu’on ait eu l’intention de saisir cette irrégularité des oscillations pour la discipliner, pour la régler, pour en atténuer les dispositions, on n’y arriverait pas, car on ne pourrait pas deviner le surplus d’énergie, de production et de consommation économiques ou intellectuelles qui peut surgir avec le temps, dans la nouvelle forme sociale.

« L’instabilité, la fragilité des formes de la vie sociale sont à chaque pas manifestes; elles ne devraient avoir d’égal que la fragilité hautement reconnue des sciences sociales. Au contraire, c’est justement par ces temps de vertigineuses transformations et de révolutions que la science sociale prend des allures dogmatiques et croit découvrir dans « l’éphémère », des lois sociologiques , éternelles comme celles de la nature.

« L’équilibre social définitif ne coïncidera qu’avec la fin du progrès des sciences : cela sera lorsque les sciences de la nature auront découvert la dernière loi et que les techniciens en auront déduit la dernière application... L’assouvissement de la curiosité humaine et de ses aspirations les plus intimes et les plus profondes sera le seul moyen d’arriver à l’équilibre, aux formes finies, fixes et définitives de la vie sociale et psychique... Alors la société universalisée, ayant mis dans la circulation universelle toutes les connaissances de la nature, ainsi que toutes les forces et les richesses de celle-ci, les conditions et les sources dernières du dernier progrès seront également données.

« Ce serait l’âge qu’on pourrait appeler, dans la terminologie de Kant, l’âge de l’impératif catégorique, ou bien, dans le langage de M. Durckheim, l’époque d'une sociologie objective , ou enfin, celle de l’empire des cieux et de la justice sociale, pour employer le langage du socialisme ou celui métaphorique du christianisme. «

Il n’y a rien à répondre à ces considérations, si l’on veut rester sur le terrain de la science positive. Jusqu’à ce que, comme le dit de son côté Ernest Solvay, « la société mondiale, ayant atteint son apogée en science et en industrie, soit arrivée à cet état de régime », on doit bien reconnaître que les types d' organisation sociale des groupes humains ne sont assujettis à aucun déterminisme discernable , mais qu'ils sont les effets d’innombrables convergences extrinsèques.

Mais, pour cela, doit-on renoncer à soumettre l’organisation sociale à l’analyse scientifique?

Extrait de Solvay dans Notes sur Je productivisme et Je Comptabilismc, p. 169.

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