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DEUXIÈME PARTIE : L'ANALYSE SOCIOLOGIQUE

Ce qui se passe depuis quelques années dans les sciences biologiques me fournit la réponse à cette question, capitale pour la sociologie.

Certains biologistes ont fait observer que les théories transformistes expliquaient bien comment, par un jeu de variations, d’adaptations et d’extinctions, une espèce pouvait être sortie d’une autre, mais que cela n’avançait nullement la question de savoir pourquoi la seconde avait pris la forme sous laquelle elle se présente et non une autre forme. Il doit exister, ont-ils dit, un déterminisme de la forme : « Wenn ich Samen gewisser Wasserpflanzen, auf Erdbo/den sàe, so entsteht eine durchaus, zumal histologisch andere « zweckentsprechende » Form. » (Driesch). (Quand je sème des graines de certaines plantes aquatiques dans le sol, j’obtiens une autre forme, appropriée à la situation nouvelle et tout à fait différente, surtout au point de vue histologique.)

Pense-t-on que pour résoudre un problème ainsi posé, ces biologistes aient entrepris une vaste revue de toutes les espèces vivantes et aient cherché à trouver par comparaison et sériation chronologiques, les raisons des formes de chacune?

Loin de là : ils se sont mis patiemment à remonter aux nombreux facteurs mofphogéniques primaires, pesanteur, température, pression osmotique, facteurs chimiques, etc., dont la forme est le résultat convergent. Roux, qui a fondé YArchiv fur Entwicklungsmechanik pour défendre ce point de vue, y a exposé à diverses reprises comment un stade morphologique succédant à un autre, doit avoir sa définition physiologique et quel est le rôle, dans ces processus, de ce qu’il nomme « das Vermôgen der Selbstregulation » (le pouvoir d’auto-régulation). Houssay a pris pour sujet même de son grand ouvrage : La Forme et la Vie.

Le problème qui se pose aux sociologistes est tout à fait analogue : eux aussi se trouvent devant une organisation qui est, comme la forme de l’être, le prolongement de la réaction vitale initiale. Procédant de même, ils analyseront donc laborieusement ce complexe que l’abstraction leur fournit, et ils retourneront aux facteurs sociogéniques premiers, à savoir les tendances individuelles des membres coordonnés dans les groupes : ils apercevront, alors, dans leur réalité agissante une infinité de processus multiples, obéissant, eux, à certains déterminismes proprement biologiques, dont, au surplus, ils attendront des autres sciences de la vie des interprétations définitives.

Chap. VIII.

Les synergies sooiales.

S 45. — Vue d'ensemble.

Extrait de Driescii dans Die Biologie, p. 56.

Référence à Roux dans Ueber clic Selbstregulation lier Lebewesen, p. 6x9.

Chap. vin Au lieu d'expliquer la filiation des types d'organisation sociale par un

Les synergies , , . . . , , • , .

sociales. cleter miuismc unique, inadéquat aux phenomenes, ils dégageront une conver-

s 45. — Vue gcnce de déterminismes particuliers. d’ensemble. ' , , . . . ,

Kenonçant a se laisser hypnotiser par le mirage poh-centrique, ils

mettront le groupe politique à sa place dans la collection des autres modes

d’organisation sociale et, délibérément, ils repousseront l'abstraction de la

« société ». Bien plus, ils se résoudront à renoncer au terme lui-même : il

est disqualifié. En ce qui concerne le présenttravail, on remarquera peut-

être qu’il n’a pas été employé une seule fois, non plus que le qualificatif

« social » dans le sens abstrait. J’ai parlé à propos de ce dernier (voir

page 6g) d’une épidémie verbale : elle a contaminé le substantif autant

que l’adjectif.

Que si un ordre déterminé de spéculations doit s’appliquer aux types d’organisation sociale comme tels, rien ne peut entraver l’essor de cette discipline, qui, inévitablement d’ailleurs, ne pourra être qu’une branche de la métaphysique, car spéculer sur des abstractions — je ne dis pas se servir de l’abstraction comme outil de l’investigation scientifique — c’est, par définition, faire de la métaphysique.

Mais nul ne pourra nier qu’il existe à côté du domaine propre de cette métaphysique sociale, un autre domaine, que le bon sens appellera celui de la sociologie et où l’on saisit corps à corps les individus vivant « de la vie sociale ».

Les prenant à leur naissance, on observe chez eux l’acquisition de toutes les adaptations sociales, sous l’influence des individus qui les entourent; on les suit à travers leur existence, débrouillant leurs aptitudes, isolant leurs activités, dénouant les liens simples ou compliqués qui les unissent en des synergies diverses.

Au delà de ces synergies, expression dernière de la réaction organique, l'observateur se déclare impuissant à aller : il se contente de remettre, toute démontée, l’organisation sociale aux sciences qui la réclament.

Or, tout indique que ce ne seront pas seulement les sciences sociales classiques, qui tireront parti des faits à dégager par l’analyse sociologique.

L’éthologie, qui est en voie de se constituer comme science de l’organisme étudié dans son milieu (voir le § 2, pages 29 et suivantes), a précisément besoin de tous ces faits pour interpréter les activités les plus caractéristiques de l’être et pour coordonner les phénomènes de la vie externe. Gulick, dont j’ai déjà signalé la toute récente étude sur Evolution, racial and habitudinal (voir page 40), n’a précisément pu formuler ses lois provi-

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