DEUXIÈME PARTIE : L'ANALYSE SOCIOLOGIQUE
soires de la conservation du « type » biologique, sans postuler une série de processus sociologiques.
Voici notamment les six conditions qui, d’après lui, commandent l’évolution des types constitués par l’habitude (Evolution of habitudinal Types) :
i. The power of influencing associâtes ; — 2. success (tliat is, the number of the socially endowed individuals must be sufficient to keep up the organization) ; — 3. innovation (that is tentative diversity in the actions of individuals in invention and initiation by means of experiment, comparison and répétition of the best); — 4. tradition (that is influence by means of example and imitation); — 5. free association and communication within the social group ; — 6. segregate association setting limits to the sphere of free association and so controlling innovation and tradition. (1. La puissance des dirigeants du groupe; — 2. le succès, c’est-à-dire que le nombre d’individus socialement doués doit être suffisant pour maintenir l’organisation; — 3. l’innovation, c’est-à-dire un essai de différenciation des activités inventives et initiatrices des individus par expérimentation, comparaison et reproduction des meilleurs; — 4. la tradition, c’est-à-dire l’influence de l’exemple et de l’imitation; — 5. la libre association et l’inter-communication à l’intérieur du groupe ; — 6. l’association ségrégée limitant la liberté des rapports sociaux et modérant ainsi l’innovation et la tradition.)
On voit par ce simple extrait comment, tant pour les animaux allophiles que pour les hommes, la connaissance des mécanismes sociologiques pourra seule apporter l’interprétation des phénomènes biologiques généraux, auxquels se ramènent les variations, les adaptations et les extinctions des types. Dans l’espèce humaine notamment, où les variations sont moins ethniques que psychologiques, les aptitudes sociales, les agrégations et les ségrégations, toutes les modalités des synergies sociales, déterminent les cadres mêmes à l’intérieur desquels se fait l’évolution des types : que l’on songe seulement à l’influence des processus sociologiques sur le phénomène de la génération, — ou sur la formation de l’individu !
J’ai signalé, au cours de ce travail, les mécanismes des activités sélectives, c’est-à-dire des choix inter-individuels (voir pages 201 et suivantes) : il n’est pas exagéré de dire qu’ils exercent sur l’évolution des qualités typiques une influence prédominante.
En vérité, on aperçoit le moment où, pour expliquer les profondes difle-
Chap. VIII.
Les synergies sociales.
§ 45. — Vue d'ensemble.
Extrait de Gulick dans Evolution, racial and habitudinal, p. 80.
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Les synergies sociales.
§ 45. — Vue d'ensemble.
rences nationales que présentent, par exemple, les États-Unis comparés aux peuples de l’ouest de l’Europe, on ne recourra plus à Tocqueville ni à Bryce, mais bien aux éthologistes qui, synthétisant tous les éléments mésologiques de la genèse des hommes et mettant, parmi eux, en pleine lumière les facteurs sociologiques, apporteront la calme et sûre parole des observateurs de la vie.
Ce qui a été dit précédemment montre aussi combien il serait illusoire de vouloir asseoir la sociologie sur quelque « fait social » primaire. La vani^té de ces tentatives ne ressort pas seulement de l’impuissance des auteurs à découvrir un « fait social », qui pût rallier la généralité de l’opinion scientifique : elle tient à une vue initiale erronée.
Ce qui constitue, en effet, la sociologie en science autonome, ce n’est pas une donnée sociale qui existerait en soi; c’est simplement un aspect spécial de la vie, une catégorie particulière de réactions adaptatives de l’être, à savoir celles que provoquent en lui les individus de la même espèce sans distinction de sexe, en d’autres termes, comme je l’ai dit, « un état particulier de la sensibilité physique » (voir page 53). Penser autrement, c’est ouvrir, pour la sociologie, l’ère du vitalisme, — à jamais fermée dans cette autre science biologique, la physiologie, que l’on a si longtemps prétendu fonder aussi sur on ne sait quel principe vital.
Le sociologiste ne veut expliquer aucun des phénomènes qui l’occupent par un quid proprium quelconque : pour mettre de l’ordre dans son travail, pour pouvoir partir d’un endroit déterminé dans la série ininterrompue des manifestations de la vie, ii désigne comme je l’ai fait, par un mot, « l’affinité sociale », l’ensemble des propriétés de l’être qui le rendent sensible aux excitations venant des autres individus de son espèce. Mais il sait bien que c’est là seulement un artifice scientifique, et il aperçoit, derrière cet attribut, les facteurs proprement physio-psychologiques qui commandent les phénomènes.
Ainsi, il est tout à fait impossible et puéril de vouloir enfermer la sociologie entre des frontières déterminées. Aussitôt que l’on observe, soit personnellement, soit par l’intermédiaire des témoignages, aussitôt, surtout, que l’on expérimente en prenant pour objet de l’investigation un ou plusieurs êtres en rapport avec un ou plusieurs individus de leur espèce, aussitôt que l’on analyse, que l’on commente, que l’on compare, les phénomènes auxquels ils donnent lieu — on fait de la sociologie. On peut en faire bien, mal ou médiocrement, comme de toute science : ce sera la tâche de la critique sociologique de le décider.
Faire de la sociologie, c’est donc soumettre a l’observation