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PREMIÈRE PARTIE : LA SOCIOLOGIE

Cette remarque pose la question des rapports de l’éthologie avec les autres sciences de la vie.

Inutile de rencontrer l’objection facile qu’il n’existe pas de frontières délimitant les territoires scientifiques, à la façon des frontières des Etats. Le bon sens répond, prolongeant la métaphore politique, que précisément dans les régions où la diplomatie ne peut créer de nationalités autonomes, elle établit des « sphères d’influence », et que ce n’est pas d’autre chose qu’il peut s’agir ici.

Si donc on imagine un biologiste qui désirerait arriver à la connaissance de tous les êtres, il serait amené à les considérer sous les aspects fondamentaux suivants :

Extérieurement, en s’attachant spécialement à la matière vivante — et il serait dit se placer alors au point de vue morphologique ;

Intérieurement, en s’attachant encore spécialement à la matière vivante — et il serait dit se placer alors au point de vue anatomique ;

Intérieurement encore, en s’attachant spécialement à l’activité vitale — et il serait dit se placer alors au point de vu e physiologique ;

Extérieurement, en s’attachant encore spécialement à l’activité vitale — et il serait dit se placer alors au point de vue éthologique.

Conduisant ses recherches par tous les procédés d’investigation à sa disposition (observation directe, expérimentation, observation indirecte, [témoignages, vestiges du passé dans la paléontologie ou dans l’embryologie]), il commencerait par de simples descriptions, puis il établirait des comparaisons, pour arriver enfin à des généralisations. Et de cet ensemble d’observations coordonnées par un point de vue constant, il finirait par dégager les grandes lignes du plan de la vie, lequel est unique. Il serait ainsi satisfait, ayant constitué la Biologie générale. Il en retrouverait d’ailleurs les grandes lois, justement parce que la vie est une, dans l’étude de l’élément irréductible où elle se manifeste, dans la cellule, s’il envisageait celle-ci sous les quatre aspects fondamentaux de son étude des êtres.

Mais ce biologiste est purement idéal, car jamais il ne suffirait à sa tâche. Aussi pourrait-il s’adjoindre quatre coadjuteurs, dont il orienterait les travaux dans les quatre directions indiquées.

Ce serait une solution.

Il y en aurait une autre. Comme les êtres vivants se laissent assez bien diviser en trois grandes catégories d’après certains caractères spécifiques, à savoir les végétaux, les animaux et les hommes, il pourrait ne prendre que trois coadjuteurs, dont chacun se réserverait un de ces trois domaines, et l’étudierait à la fois aux quatre points de vue : morphologique, anato-

Chap I.

Sur l'adaptation des êtres à leur milieu.

g 2. — L'éthologie.

Chap. I.

Sur l'adaptation des êtres à leur milieu.

§ 2. — l’éthologie.

mique, physiologique et éthologique. Le premier coadjuteur s’appellerait un botaniste, le second un zoologiste, le troisième un anthropologiste. Ainsi, l’éthologie, puisque c’est d’elle qu’il s’agit ici, ferait, dans ce second cas, partie du bagage de chacun des coadjuteurs, tandis que dans le premier cas, elle constituait le bagage exclusif de l’un d’eux.

Les rapports entre l’éthologie et les principales sciences de la vie sembleront sans doute suffisamment définis par cette fiction méthodologique.

Reprenons-la cependant un instant encore, parce qu’une complication surgira inévitablement.

Plaçons-nous, en effet, dans la première alternative : un des coadjuteurs part en campagne dans le domaine éthologique, avec ce programme : étudier toutes les manifestations vitales extérieures des êtres vivants, c’està-dire aussi bien parmi les protozoaires que parmi les végétaux, les animaux ou les hommes.

Chez les protozoaires, les végétaux et beaucoup d’animaux, tout se passera le mieux du monde; ces organismes ont la riposte simple aux excitations du milieu : mais, arrivé en face de certains animaux et de tous les hommes, notre éthologiste va se buter à un premier occupant, qui a nom « psychologiste » — pour le distinguer du « psychologue », lequel a une spécialité en dehors du programme biologique, notamment l’étude de la nature transcendentale de l’àme humaine.

En effet, les animaux dont je parle et les hommes présentent des réactions caractérisées par ceci que l’automatisme ( réflexe ) n’en est pas absolu, qu’il s’y mêle le phénomène particulier du discernement : ces êtres-là sont dits doués d 'instincts. Parmi eux, un nombre plus petit complique encore ces réactions instinctives par un ensemble de processus mentaux, que l’on est convenu d’appeler Y intelligence.

C’est l’étude de ces instincts et de cette intelligence que s’est déjà appropriée le psychologiste.

Or, elle ne concerne pas moins l’éthologiste, car son programme comporte les activités des êtres, et par suite aussi les dispositions aux activités, les activités potentielles, si l’on veut, the poivcrs of activitics (Kirckpatrick), ou d’une façon plus concrète, les penchants, les inclinations, les mobiles, les tendances, les aptitudes; car se sont là les sources mêmes des activités.

Le conflit d’attributions est patent.

Référence à Kirckpatrick dans Fuitdamentals of Cliitd Study.

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