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PREMIÈRE PARTIE : LA SOCIOLOGIE

Il se résoudra très simplement si, loin de chercher à se supplanter, les deux personnages conviennent de s’entr’aider : le psychologiste prendrait la méthode et le point de vue de l’éthologiste, et celui-ci pourrait emprunter pour quelque temps le nom du premier...

Il suffit de consulter par exemple les travaux de Y Institut général psychologique de Paris pour se convaincre que cette solution n’est pas le moins du monde officielle : à diverses reprises, le point de vue éthologique a dominé les discussions, et l’expression même y a été trop d’une fois employée. C’est en replaçant l’individu, homme ou animal, dans son milieu, et en y observant la genèse de ses activités, que la psychologie parvient à donner à ses recherches une base assurée et une filiation biologique.

On sait, d’ailleurs, que par une autre frontière la psychologie se perd dans la physiologie, qui analyse tous les processus nerveux et toutes les manifestations motrices accompagnant les phénomènes psychiques.

Il est à peine besoin d’insister sur ce que doit être la méthode en éthologie.

Chap. I.

Sur l’adaptation des êtres à leur milieu.

g 2. — l’éthologie.

Ici, comme pour toute science, « le seul fondement de la connaissance est la donnée sensorielle » (Houssay), que nous révèle l’observation. Mais le tout est de savoir ce qu’il faut observer et où il faut observer. Puisque l’essentiel est de conserver l’orientation énergique fondamentale et d’étudier des réactions adaptives, que la règle soit : Se cramponner à l’individu agissant dans son milieu. Donc : observer des activités plutôt que des résultats d’activités ; surprendre la vie dans ses manifestations agissantes ; expliquer le passé par le présent, comme la doctrine actualiste ou des causes actuelles, illustrée par Lyell, a fait pour la géologie; fuir les sollicitations de la plus précaire des méthodes, la méthode de concordance, celle qui faisait attribuer par les médecins de l’impératrice de Chine la maladie dont elle souffrait, à l’introduction récente des chemins de fer dans son empire ; s’attacher, en un mot, à faire l’observation pénétrante et fouisseuse. Tout en restant éthologiste, ne jamais perdre de vue sa boussole, c’est-à-dire le point de vue biologique : à la fois pour pouvoir relier les observations recueillies aux autres sciences biologiques et pour éviter de tomber dans la simple description. Non point que les descriptions soient superflues, elles s’imposent au contraire comme tâche première, mais elles doivent être faites les yeux fixés sur « la boussole », avec la préoccupation des détails susceptibles d’étayer des généralisations solides et à l’épreuve de la critique. Comme

Extrait de Houssay dans La forme de la vie, p i,5.

Chap I.

Sur l'adaptation des êtres à leur milieu

§2, — L'étho-

logie.

le dit Emery, « ni la zoologie descriptive pure, ni l’éthologie purement narrative ne constituent une science : elles sont la chronique du règne animal ».

Un procédé spécial d’observation s’imposera sans doute parfois : comme il s’agit de rassembler des faits éthologiques rapportés à des types d’êtres, — espèce ou variété — il est de toute nécessité d’éliminer les variations accidentelles que présentent les individus et qui, se produisant, comme il a été dit plus haut (page 26) sans direction systématique, « sous l’effet du hasard » , se compensent les unes les autres. Ces variations individuelles sont d’autant plus nombreuses que l’appareil de coordination des réactions au milieu, le système nerveux, est plus complexe : de telle manière que dans beaucoup de cas et surtout chez beaucoup d’animaux et chez les hommes, à des degrés d’ailleurs divers, l’observation d’un individu ou de quelques individus sera suffisante pour arriver à la connaissance spécifique. Dès lors, on recourra au procédé statistique, qui décrit les ensembles par le dénombrement systématique de leurs éléments. Les autres branches de la biologie l’emploient avec un succès croissant, comme en témoignent, par exemple, les travaux paraissant dans Biometrika. Dahl a spécialement fait des applications du procédé statistique à l’éthologie (voir, par exemple, Experimental-statistische Ethologie et W as ist Experiment, was Statistik in der Ethologie ?)

En ce qui concerne « le milieu », il faut, de toute évidence, entendre par là cette partie de V ambiance générale avec laquelle l'individu est « immédiatement a en contact. Les milieux interstitiels signalés par Claude Bernard en fournissent un exemple approprié : « Je crois, disait-il, avoir le premier insisté sur cette idée qu’il y a pour l’animal réellement deux milieux : un milieu extérieur dans lequel est placé l’organisme et un milieu intérieur dans lequel vivent les éléments des tissus,., milieu intérieur formé par le liquide organique circulant, qui entoure et baigne tous les éléments anatomiques des tissus : c’est la lymphe ou le plasma, la partie liquide du sang qui, chez les animaux supérieurs, pénètre les tissus et constitue l’ensemble de tous les liquides interstitiels. » L’éthologie des cellules (éthologie cytologique) comporterait donc la reconstitution de ces milieux immédiats; l’éthologie de l’homme (éthologie humaine ou anthropologique) celle de son environnement effectif, la rue où il habite, avant la nation dont il est présumé être un citoyen agissant.

Extrait cI’Emery dans Ethologie, phylogénie et classification , p. 164. Id. de Claude Bernard dans Phénomènes de la vie, t. I, p. 1 12.

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