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PREMIÈRE PARTIE : LA SOCIOLOGIE

Si ce n’était un peu hardi, je dirais, en somme, empruntant un terme à la technique des laboratoires, que Yéthologiste doit ENROBER l’individa qu’il étudié dans la réalité qui l'enveloppe.

Chap. I.

Sur l’adaptation des êtres à leur milieu.

g 2. — L’éthologie.

A quoi peut conduire une science ainsi comprise? La réponse la plus positive à faire à cette question est de rappeler brièvement quelques résultats déjà acquis.

Un des plus marquants, c’est le fait que des conditions mésologiques communes entraînent des convergences entre des êtres qu’éloigne V ensemble de tons leurs caractères.

Massart montre, par exemple, que les ancêtres des plantes grasses avant d’habiter les régions sèches et de devoir faire une provision d’eau, avaient les modes de vie et les constitutions les plus diverses. Or, malgré les profondes divergences originelles, aussitôt que les plantes ont été exposées aux mêmes conditions d’existence et ont dù pourvoir aux mêmes besoins, elles se sont transformées de la même façon et elles ont fini par avoir toutes le même aspect. La convergence est souvent poussée à un tel point qu’en l’absence de fleurs, on ne parvient pas à distinguer les plantes par l’observation ordinaire.

Lameere rappelle que les animaux vivant dans les profondeurs des mers et ceux habitant le fond des grands lacs arrivent à offrir des caractères analogues dus à l’absence de lumière.

De son côté, Houssay rapporte de saisissants exemples de convergence. Il remarque d’abord que « les conditions du milieu compatibles avec les phénomènes vitaux et susceptibles de se traduire en qualités de forme, ne sont pas en nombre infini ; elles sont même en petit nombre. Elles ne se renouvellent pas au cours du temps, et l’on peut voir dans la série des faunes paléontologiques une sorte de retour périodique des mêmes combinaisons ». Ainsi, les dispositions organiques relatives à la marche, au vol, à la natation, au saut étaient, aux époques géologiques secondaires, réparties dans la classe des reptiles; elles se rencontrent aujourd’hui dans

Référence à Massart clans Serra des plantes grasses, pp. 25-26. Id. à Lameere clans Esquisse de la zoologie, p. 34.

Id. à Houssay dans La forme et la vie, pp. 682, 685, 695.

ESQUISSE D'IJNE SOCIOLOGIE

Chap. I.

Sur l'adaptation des êtres à leur milieu.

S 2. — L’cthoogic.

la classe des mammifères. Si l’on considère des animaux à régime herbivore et à régime carnivore, mais à d’autres égards très voisins, on observe régulièrement que, chez les premiers, le tube digestif est beaucoup plus long et plus contourné que chez les seconds. Dans la faune australienne, la dentition est du même type chez les marsupiaux rongeurs, insectivores, herbivores ou carnivores que chez les autres mammifères assujettis aux mêmes régimes alimentaires, malgré les différences profondes qui séparent ces deux grandes catégories d’animaux. D’autres convergences sont plus frappantes encore, parce qu’elles rapprochent des êtres de constitution encore plus éloignée, notamment les lépidoptères par leur trompe, les oiseaux-mouches par leur bec allongé, certains petits marsupiaux par leur fin museau prolongé par une langue souple : tous réalisent par des dispositifs comparables l’adaptation nutritive qui les conduit à trouver leur aliment dans le nectar produit par les fleurs; chez tous, les parties voisines de la bouche se sont allongées de façon à former un « prolongement capable d’atteindre le fond de la fleur et de servir comme un conduit pour l’aspiration des sucs qu’elle sécrète ».

C’est dire le concours éminent que l’Éthologie prête à l’étude systématique des formes vivantes, à la morphologie, et par là à la recherche des lois qui gouvernent l’apparition des variations. Combien de révisions elle apportera sans doute à certaines interprétations hâtives de la sélection finaliste, en ce qui concerne les colorations des êtres, les ornements sexuels, les attributs défensifs! Combien aussi elle aidera à poser nettement les problèmes relatifs à la persistance des espèces et à leur distribution : c’était une remarque éthologique que faisait Houzeau quand il disait : « Certaines espèces animales ne s’éteignent pas seulement par l’effet de la guerre directe que leur fait l’homme, mais aussi parce que celui-ci approprie les champs de chasse ou de pâture, qui étaient nécessaires à leur maintien. »

Et cette remarque implique la notion de la distribution géographique des êtres, que Darwin avait déjà mise en évidence et qui tend aujourd’hui à former une division spéciale de l’éthologie sous le nom de Chorologie.

Chose significative, l’action passée du milieu sur des ancêtres lointains n’aide pas moins que l’observation directe à la connaissance des formes actuelles, car les conditions d’existence antérieures ont laissé des traces dans la descendance. Les structures anatomiques abondent en rudiments n’ayant d’autre rôle que d’être les vestiges d’habitudes disparues.

Et ces habitudes elles-mêmes apparaissent encore parfois à travers les

Référence à IIouzeau dans Les facultés mentales des animaux, t. II, p. 463. Id. à Darwin dans Origine des. espèces, pp. 424 et ss.

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