PREMIÈRE PARTIE : LA SOCIOLOGIE
Dans une troisième catégorie, celle des phénomènes d' accotement, se présenteraient les cas très nombreux où des êtres, en dépendance nutritive d’autres êtres, se fixent à ceux-ci sans les détruire, de telle sorte que les vies des deux individus sont intimement liées. Exemples : commensalisme : plantes saprophytes, se nourrissant des substances organiques contenues dans les déchets d’autres organismes; vers intestinaux absorbant la nourriture digérée par leurs hôtes; — parasitisme : plantes comme la cuscute, vivant aux dépens d’une autre plante comme le houblon, à laquelle elle se cramponne ; vers et autres animalcules se fixant dans les tissus mêmes d’autres animaux ; — mutualisme : plantes s’installant sur certains crustacés pour en vivre, mais les protégeant par leurs piquants contre des animaux prédateurs; insectes se nourrissant de parasites d’autres êtres; — symbiose : union tout à fait intime de deux êtres, comme les algues et les champignons formant les lichens; [le terme de « symbiose » est d’ailleurs parfois employé dans un sens plus général].
A côté des adaptations interspécifiques à la nutrition viendrait une seconde catégorie réunissant toutes celles qui tendent à réaliser un appui, une protection dans les efforts pour obéir à l’irrésistible tendance à la vie.
Un premier groupe comprendrait les phénomènes interspécifiques et interindividuels d'agglomération ; exemples : les plantes des lacs du Jura déjà mentionnées; les espèces de poissons, de mollusques et d’insectes, chez lesquels les jeunes, après la naissance, au lieu de se disperser, continuent à vivre les uns près des autres, chaque ponte devenant le berceau d’un groupement; et d’autres cas analogues où les conditions communes de vie agglomèrent naturellement les individus.
Dans un deuxième groupe, seraient réunis les phénomènes interspécifiques d’assistance. Exemples : la liane s’attachant aux arbres; des insectes divers se mêlant aux expéditions prédatrices des fourmis ; des oiseaux accompagnant les vols migrateurs d’autres espèces, ou avertissant les autres de l’arrivée de leurs ennemis.
Enfin, se présenteraient les phénomènes de domestication, chez les hommes qui s’entourent d’animaux de garde comme le chien, de défense comme le chat, de trait comme le bœuf, l’àne et le cheval.
Si l’on cherche à dégager le lien commun des diverses manifestations d’interdépendance végétative qui viennent d’être exposées, on se rend compte aussitôt qu’elles semblent avoir été amenées exclusivement par les nécessités de l’adaptation à certaines conditions d’existence. Quant
Chap. II.
Le milieu vivant et le
milieu sooial.
S 3. — L'interdépendance végétative.
Chap. II.
Le milieu vivant et le
milieu sooial.
^ 3. — L'interdépendance végétative.
S 4. — L'affinité spécifique.
à savoir, pour chacune d’elles, l’origine de ces conditions et par suite de ces adaptations, il faut se résigner à une ignorance peut-être permanente pour les faits appartenant à des époques antérieures, âges géologiques et même préhistoire et histoire humaines. Il y a eu aux débuts de ces adaptations, plusieurs de ces innombrables « accidents », ou si l’on veut éviter la portée indéterministe de ce mot, plusieurs de ces innombrables « contingences », qui ont été, comme il a été rappelé page 28 de ce travail, les grandes directrices de l’évolution des êtres. Qui nous expliquera comment la fourmi a découvert le puceron et a songé à l’élever? Qui nous dira le hasard ou l’intuition qui apprit à l’homme primitif l’utilité du cheval comme bête de course? Qui reconstituera l’invention du broyage et de la cuisson des graines du blé? Des présomptions qui nous viendront de notre raison ou mieux encore de l’observation de processus analogues se déroulant sous nos yeux, pourront nous rapprocher de la vraisemblance : la connaissance certaine nous est à jamais impossible.
Il suffit, pour apprécier tout le rôle de la contingence dans ces origines et ces évolutions, de se rappeler cette remarque de Is. Geoffroy-Saint- Hilaire s’étonnant de ce que les hommes aient domestiqué si peu d’animaux, une trentaine environ, et n’aient pas songé à utiliser bien des espèces dont ils pourraient tirer de sérieux avantages. C’est qu’en somme, eût-on pu lui répondre, le Passé s’est fait empiriquement, et que le Présent, pour plus rationnel qu’il soit, n’en reste pas moins à la merci des éclairs de l’intelligence et de l’invention.
§4. — L’affinité spécifique.
Mais, parallèlement à ces manifestations d’interdépendance végétative et d’adaptations interspécifiques acceptant un déterminisme purement éthologique, une autre catégorie de phénomènes surgit à l’observation.
Que l’on considère les activités cellulaires ou les activités humaines, partout, l’on est frappé d’un fait fondamental, à savoir que tous les êtres sont répartis en types moyennement constants de génération en génération à la condition que leur milieu reste inchangé : c’est ce qu’on est convenu d’appeler les espèces organiques. Ce qui assure la propagation des
Référence à Is. Geoffroy-Saint- Hilaire dans Histoire naturelle générale des régnes organiques , t. III, p. 125.