‹ Esquisse d'une sociologieChapitre 26 sur 143 · PREMIERE PARTIE : LA SOCIOLOGIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE : LA SOCIOLOGIE

espèces et empêche une panmixie générale, c’est l’attribut propre aux individus d’une même espèce de pouvoir se reproduire entre eux et exclusivement entre eux, — le terme « exclusivement » n’est pas impropre, les exceptions étant véritablement aberrantes. Quatrefages élevait ce fait à la hauteur d’une loi, la loi iV infécondité ou si l’on veut, de fécondité restreinte et limitée entre espèces , et il y voyait une loi aussi universelle que celle de la gravitation, car, disait-il, « elle renferme les espèces dans leurs limites comme la loi de la gravitation maintient les astres dans leur orbite. »

Or, qu’il en soit ainsi, cela implique inévitablement que les êtres, cellules ou organismes d’une même espèce possèdent les uns pour les autres une affinité spontanée, ou du moins qu’il en est ainsi des cellules aptes à la fécondation (cellules sexuelles), une autre catégorie n’étant, comme on le sait, pas douée de cette aptitude. Cette affinité est appelée par Hertwig Y affinité sexuelle , et il la définit ainsi, en tant qu’il en étudie les effets parmi les cellules : « Sous le nom d’affinité sexuelle, je désigne les actions réciproques qu’exercent, les unes sur les autres, les cellules fécondables apparentées, de telle sorte que, placées à une distance déterminée les unes des autres, ces cellules s’attirent, s’unissent et se fusionnent, comme le font deux substances chimiques entre lesquelles existent des affinités chimiques non saturées. »

Or, en fait, cette affinité sexuelle dépend intimement de la similitude d'organisation des cellules, si bien qu’elle est en somme l’expression de l’unité spécifique. Ce qui est vrai de l’être élémentaire, la cellule, l’est aussi de tous les êtres plus ou moins compliqués, et l’on peut dire que tout être vivant est doué d’une affinité sexuelle qui le rend apte à reconnaître son semblable de la même espèce et de sexe différent et à s'unir avec lui en vue, de la perpétuation de l'espèce.

L’observation montre, d’autre part, que chez certaines espèces, le rapprochement sexuel est suivi de rapprochements secondaires ou familiaux, — lesquels comprennent les rapprochements parentaux (espèces comme les hommes et la plupart des oiseaux, où le père et la mère, ou l’un des deux seul, élèvent la progéniture jusqu’à un certain degré de développement) et les rapprochements conjugaux (hommes et espèces comme la loutre marine, la tourterelle, où le père et la mère continuent à vivre ensemble après l’élevage des jeunes).

Les circonstances déterminantes de ces divers prolongements de l’affinité

Chap II.

Le milieu vivant et le

milieu sooial.

S i. — L'affinité spécifique.

Extrait de Quatrefages dans Histoire générale des races humaines, t. I, p. 46.

Id. de Hertwig. dans La cellule et les tissus, traduction Julin, p. 282. (Le texte n’a pas été modifié dans la 2e édition allemande qui vient de paraître.)

Chap. II.

Le milieu vivant et le

milieu social.

§ 4. — L’ affinité spécifique.

sexuelle ne sont pas connues : certains supposent que les conditions avantageuses de nutrition sont prépondérantes, en ce qu’elles permettent accidentellement aux individus de rester unis pendant un temps plus ou moins long. La satisfaction de divers besoins physiologiques consécutifs à la parturition ne paraît pas non plus, chez la mère, étrangère à la conser vation des jeunes auprès d’elle. De toute façon, il serait inexact de placer à l’origine des faits de rapprochements familiaux, les sentiments plus ou moins accentués d’attachement, d’inclination, de sympathie, que ces rapprochements font naître entre les individus. La possibilité expérimentale de la substitution d’œufs ou d’individus d’espèces différentes dans l’incubation des poules ou l’allaitement des chattes le démontre à l’évidence : la mère témoigne le même intérêt à ses enfants adoptifs qu’à ses enfants naturels.

Le rapprochement sexuel et ses dérivés familiaux sont loin d’ètre les seuls rapports qui s’établissent entre individus de même espèce.

Un second groupe de rapprochements paraît dû à une affinité interindividuelle particulière, dont on aperçoit très nettement les manifestations parmi les cellules. Hertwig développe à ce sujet des vues d’ensemble dans la seconde édition de Die Zelle und die Gewebe qu’il a cette fois appelée Allgemeine Biologie et que j’ai eu la bonne fortune de voir publier au cours de la rédaction de ce travail. Son ouvrage est divisé en deux grandes parties : I. Die Zelle als selbstdndiger Organismus (La cellule comme organisme indépendant). — IL Die Zelle im Verband mit anderen Zellen (La cellule dans ses rapports avec les autres cellules). On voit de suite combien le point de vue de cette seconde partie coïncide avec celui qui nous occupe ici.

Sous le titre de Die Lelire von der vegetativen A ffinitàt (La théorie de l’affinité végétative), il explique que les cellules provenant par auto-division d’une autre cellule ( omnis cellula e cellula ) paraissent posséder entre elles une affinité tenant à leur identité d’origine et, en dernière analyse, à leur similitude spécifique d’organisation (dire Artgleichheit) . Cette affinité, qu’il appelle affinité végétative peut provoquer entre les individus cellulaires des relations de diverse nature que Hertwig étudie en détails, mais qui n’importent pas essentiellement au présent exposé.

Il n’importe pas davantage de savoir pourquoi les cellules issues d’une même cellule-mère n’obéissent pas toujours, dans toutes les espèces, aux

Références à Hertwig dans Allgemeine Biologie, pp. 366-426.

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