‹ Esquisse d'une sociologieChapitre 30 sur 143 · PREMIÈRE PARTIE : LA SOCIOLOGIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE : LA SOCIOLOGIE

Dû

d’appropriation verbale. IEest visible, en effet, que les faits dus aux trois modalités de l’affinité spécifique doivent être mis à part des faits dus à la simple interdépendance végétative. L’affinité spécifique est, en somme, ce qui permet la conservation de l’espèce, ou pour nous rapprocher des points de vue biogéniques, ce qui assure le prolongement de la réaction vitale initiale (E. Solvay), sans lequel celle-ci épuiserait son action. Elle n’est autre chose qu’/u/ aspect particulier de la sensibilité physique de l’être, qui le rend susceptible de répondre, dans des conditions déterminées, aux excitations des autres individus de la même espèce. Tenant au plus profond de la vie, elle apparaît comme l’expression de la similitude spécifique d’organisation; elle tient en elle tout à la fois l’hérédité et l’autonomie de l’espèce. Graduellement affinée comme la sensibilité elle-même, elle se manifeste sous la forme la plus simple, qui se borne à la conjugaison momentanée de deux individus, et sous les formes les plus complexes, qui coordonnent les cellules de l’organisme supérieur ou les membres des groupes humains.

Pour distinguer les faits dus ainsi à l’affinité spécifique, sous l’une ou l’autre de. ses trois formes, des faits que l’on peut ramener à l’interdépendance végétative, il ne serait peut-être pas inutile d’introduire deux appellations génériques : l’une, se rapportant à l’interdépendance végétative, pourrait être la parabiose (^apa, près de, chez, dans, ptoç, vie); l’autre, la CŒNOBIOSE (y.otvo?, commun, [ii oç, vie).

Est-ce à dire qu’entre ces deux ordres de faits il n’y ait rien de commun, et que, par exemple, on ne voie point surgir des sentiments de sympathie entre l’homme et le chien, ou qu’il y ait une différence irréductible entre une agglomération de roseaux, déterminée par des conditions biologiques communes et une masse d’êtres monocellulaires, de même souche, comme des'Vorticelles, habitués à rester attachés les uns aux autres, mais obligés de se disperser si les aliments leur manquent? Nul ne le prétendrait, parce que rien dans la nature ne se sépare et que toujours les extrêmes sont reliés par d’innombrables intermédiaires.

Il n’en reste pas moins vrai que, pour étudier les faits, il faut bien créer des catégories logiques appuyées sur des abstractions sériaires : la science n’est même pas autre chose que cela.

Que s’il existe — et c’est probable — des lois énergétiques générales applicables dans tous les cas quelconques où les êtres vivants réagissent interindividuellement, elles apparaîtront sous les efforts combinés des investigateurs qui étudieront, en partant de points de vue appropriés, les

Chap. II.

Le milieu vivant et le

milieu social.

S 5. — L’alfinité sociale.

Référence à E. Solvay dans Formules d’introduction, pp. 5 et ss.

ru

Chap. II.

Le milieu vivant et le

milieu social.

§ 5. — l’affinité sociale.

divers domaines de l’éthologie du milieu vivant. Mais justement, pour aboutir, ces efforts doivent s'assigner des objets définis par une terminologie précise, et non pas des amalgames d'éléments ambigus et mal débrouillés.

Quoi qu’il en soit, pour l’objet du présent travail, je ne considérerai pas les phénomènes d’interdépendance végétative, et, des trois formes de rapprochements auxquels l’affinité spécifique donne lieu — rapprochements sexuels (et familiaux), rapprochements coloniaux et systématiques, rapprochements sociaux — je ne m’arrêterai qu’à la dernière, c’est-à-dire aux phénomènes interindividuels dus à V affinité sociale.

fl est donc tout-à-fait nécessaire de bien se rendre compte de ce que désigne cette abstraction.

D’habitude, on parle de 1’ « instinct social », des « instincts sociaux », des « sentiments sociaux ». Mais, d’une façon générale, tout ce qui concerne les « instincts » reste si vague et si controversé, que l’on semble bien n’être encore qu'aux travaux d’approche, les clartés devant venir moins de la psychologie que d'autres sciences biologiques. Puisque, en fait d’affinité spécifique, on est en présence de phénomènes caractérisés, mieux vaut ne pas rendre confus ce qui peut être précis.

En particulier, les tournures verbales qui viennent d’ètre rappelées prêtent à une équivoque signalée notamment par Metchnikoff : il semble que 1' « instinct social » implique l’altruisme, et par là les moralistes aussi bien que certains naturalistes philosophes ont établi que la constance de cet « instinct » chez tous les hommes démontrait qu’il devait être le fondement de leur bonheur réciproque...

De même, beaucoup d’auteurs n’ont pu éviter de se montrer préoccupés de savoir quand les activités sociales des individus étaient ou n’étaient pas dans le sens du « progrès » ou du « mieux-être » de leurs semblables. Il y a là un visible empiétement de la morale dans un domaine où elle n’a que faire : le physiologiste ne caractérise pas comme « bonne » ou « mauvaise » la réaction due à une excitation périphérique.

Il ne suffit même pas, pour rester sur un terrain positif, de prendre

Référence à Miïtci-inikoff dans Études sur la nature humaine, pp. i38 et ss.

Page 1