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PREMIÈRE PARTIE : LA SOCIOLOGIE

la précaution de Ribot qui, mettant la sympathie à la base des « sentiments sociaux », se hâte d’ajouter qu’à ce stade d’origine, la sympathie ne contient aucun élément de bienveillance, mais consiste seulement dans l’existence de dispositions identiques chez deux ou plusieurs individus (cruv, avec ; -aOoç : affection, passion, émotion), plus simplement qu’elle se réduit à un « unisson affectif ». Ce ne sont là que des distinctions verbales qui offrent tous les dangers des transpositions de langage.

Au sens du présent travail, la notion de l’affinité sociale n’emporte, an contraire, aucune idée morale : il s’agit uniquement de qualifier un état de LA SENSIBILITÉ PHYSIQUE DE L’ÈTRE, QUI LE REND SUSCEPTIBLE DE RÉAGIR AUX EXCITATIONS DES AUTRES INDIVIDUS DE LA MÊME ESPÈCE SANS DISTINCTION DE SEXE.

C’est dire que l’affinité sociale tient vraisemblablement plus à la « sensibilité spéciale », correspondant à la faculté d’éprouver des sensations périphériques, qu’à la « sensibilité générale » qui groupe les sensations internes ; il est aisé cependant de concevoir le rôle que pourrait jouer la sensation cénesthésique (sentiment de l’existence personnelle) dans la représentation du semblable.

En réalité, les états affectifs qu’implique la conception morale des « sentiments sociaux » sont superposés au phénomène réactionnel initial : celui-ci comporte uniquement l’impression de similitude organique , qui est à la base même de toutes les manifestations de l’affinité spécifique (voir page Ô2).

Je ne saurais trop insister sur ce point.

Chap. 11.

Le milieu vivant et le

milieu social.

S 5. — L’affinité sociale.

Il ne sera pas inutile de noter ici en quoi cette conception de l’affinité sociale diffère des notions mises par Giddings à la base de sa pénétrante induction scientifique.

Pour lui, le point de départ des manifestations de la vie sociale est l 'identité de réaction ( like response, le terme response étant pris dans le sens de « riposte à une excitation nerveuse ») : ainsi, des enfants préférant tous le bleu parmi diverses couleurs qu’on leur fait voir ; plusieurs spéculateurs vendant leur titres à la suite de la nouvelle d’un désastre politique ou financier. Lorsque les individus ainsi susceptibles de réaction identique acquièrent la perception de leur « ressemblance mutuelle », ils sont dits s’élever à la consciousness oj kind, la « conscience d’espèce » que Giddings définit ainsi : « The State of consciousness in which a perception of

Référence à Riiïot dans Psychologie des sentiments, pp. 236, 297, 3o3.

Id. et extrait de Giddings dans Inductive Sociology, pp. 3-6 et 57-65, et Theory of Socialisation, p. 14.

Chap. II.

Le milieu vivant et le

milieu social.

s 5. — L’affinité sociale.

resemblance, sympathy and liking, and a desire for récognition are combined » (un état de conscience dans lequel se trouvent combinés une perception de similitude, de sympathie et d’attachement envers autrui, ainsi que le désir de ne pas lui être indifférent).

Il est visible que l’impression d’identité de réaction (que l'on rencontrera d’ailleurs dans la suite de mon exposé, notamment §§ 21 et 25) est consecutive à l'affinité sociale, et que celle-ci peut exister sans celle-là. La seule impression qu’éveille l’affinité sociale, c’est l’impression de la similitude spécifique d'organisation, qui rend possibles les réactions interindividuelles.

Si cette distinction n’avait que la portée d’une controverse théorique, je n’en aurais même pas fait mention ; mais les conséquences de la divergence du point de vue initial sont capitales : si l’on part de la notion d’identité de réaction, on est inévitablement amené à ne pas comprendre parmi les phénomènes « sociaux », notamment les rapports qui s’établissent entre individus se considérant comme étrangers l’un à l’autre, par exemple les rapports de maître à serviteur, d’employeur à salarié, ainsi qu’un grand nombre d’autres faits qui impliquent cependant, à toute évidence, des manifestations réactionnelles entre individus.

Il n’est pas moins nécessaire de ne pas confondre l 'affinité sociale avec l'imitation, à laquelle Tarde ramenait toute la vie sociale. D’abord, on sait que cette propriété est commune à tous les êtres, qu’elle est en somme un proprium de la matière vivante. Le Dantec la définit fort exactement en ces termes : « On dit qu’il y a imitation quand il y a ressemblance entre une des parties de l’acte exécuté par l’individu et une des conditions du milieu extérieur dont l’ensemble a déterminé l’activité de l'organisme à un moment considéré. »

Les exemples abondent, notamment dans tous les phénomènes de mimétisme: une chenille qui, éclairée par de la lumière bleue, file de la soie bleue; le turbot qui devient foncé sur un fond brun ; la grenouille verte qui devient rousse sur un sol roux; l’individu qui, ayant entendu un son d'une certaine hauteur, le reproduit. (Vigouroux et Juquelier.)

En fait, il faudrait dénommer cette propriété générale de la matière vivante par un mot plus compréhensif que le terme « imitation » : mettons qu’on la désigne sous le nom de palinéthie (aàXiv, de nouveau, à son tour, d’autre part; vjGoç, mœurs, habitudes; ce dernier terme est le seul qui

Référence à Tarde, par exemple dans Les lois de l’imitation, pp. 76, 80, 82.

Extrait de Le Dantec et référence à Vigouroux et Juquelier dans Contagion mentale,

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