PREMIÈRE PARTIE : LA SOCIOLOGIE
Or, voici quelques exemples significatifs du contraire : l’orang-outang mâle vit solitaire ; les femelles se rassemblent avec les orangs non adultes et les petits. Les mâles, forts et vigoureux, ne s’associent pas aux autres pour les protéger.
Les gibbons vivent par troupes, ce qui ne paraît pas dû à l’instinct de défense, puisque, si nombreuse que soit la troupe, dès qu’un danger la menace, tous s’enfuient, chacun pour son compte, sans s’inquiéter des autres.
Les macaques, les sajous, les atèles, les callitriches surtout sont à peu près dans le même cas.
Les chimpanzés semblent ne se réunir que pour jouer entre eux, et les arctopithèques seulement pour fuir la solitude, car, d’une part, ils s’enfuient devant l’ennemi et, d’autre part, ils dépérissent dès qu’ils sont privés de la compagnie de leurs semblables.
Chez certains auteurs, l’hypothèse de l’utilité de la vie sociale en vue de la défense se complète par une autre, relative à l’influence des sentiments d’attachement nés des rapprochements familiaux consécutifs, dans certaines espèces, aux rapprochements sexuels. (Voir page 48.)
Girod, par exemple, tout en considérant que la raison initiale de la vie sociale a dû être l’intérêt qu’elle présentait pour l’espèce, croit possible, au moins pour les vertébrés supérieurs, « de trouver dans les sentiments familiaux l’origine et l’application des sentiments nécessaires pour maintenir le lien des associations... En effet, quand l’association atteint son maximum de développement, l’organisation générale des familles associées se calque pour ainsi dire sur l’organisation même de la famille supérieure composée du père, de la mère et des jeunes. Une hiérarchie s’indique, que la division du travail marque avec la plus grande netteté... Ainsi, le fort ou les forts prennent peu à peu la direction de l’ensemble ; ils ont conscience de leur supériorité et ils éprouvent par cela même un grand contentement de se sentir secondés et admirés par les faibles groupés autour d’eux. Femelles, adultes, déshérités jeunes encore mal armés pour la lutte, trouvent dans cette force protectrice l’assurance du présent et du lendemain, et les services rendus chaque jour les rattachent par la reconnaissance aux chefs de l’association ».
On se demandera d’abord où sont les observations prouvant toutes ces choses?
Extrait de Girod dans Les sociétés clics les animaux, p. i35.
Chap. II.
Le milieu vivant et le
milieu social.
g 5. — L'affinité sociale.
Chap. II.
Le milieu vivant et le
milieu social.
§ 5. — l’affinité sociale.
ESQUISSE D'IJNE SOCIOLOGIE
On pourrait, il est vrai, noter que, d’après les renseignements contenus dans Brehm, la plupart des espèces de singes — pour lesquelles, comme il vient d’ètre rappelé, il n’y a pas concordance entre leurs tendances sociales et l’organisation de la défense commune — , témoignent au contraire de sentiments d’attachement très caractéristiques à l’égard de leur progéniture.
Mais les observations en sens contraire ne sont pas moins significatives. Ainsi, Pétrucci écrit en parlant des animaux : « On trouve des exemples nombreux chez certaines espèces de mammifères où les femelles, une fois fécondées, s’assemblent d’une part, tandis que les mâles forment un autre troupeau d’autre part. L’association existe et la famille n’existe pas. La famille ne peut donc pas être conçue comme une unité sociale. Ce n’est pas un groupement de familles qui forme la société... La famille n’est pas même une formation intermédiaire, c’est une formation en soi. Elle est quelquefois intégrée à l’association ; elle est quelquefois un dissolvant de l’association. Celle-ci doit donc être considérée comme immédiatement construite sur des unités individuelles et non pas familiales. »
Ribot partage cette manière de voir.
De son côté, en ce qui concerne les hommes, Schurtz, qui a étudié les groupements d’âges ( Altersklassen uiid Mannerbünde ) conclut de l’examen d’un grand nombre de faits : « Man muss aber zwischen Familien- und Gesellschaftsinn scharf unterscheiden; wie ein Kôrper eines Lebewesens die stârkere Entwicklung eines Organs andere verkiimmern lâsst, so wird auch die Kraft der einen seelischen Neigung durch die Schwâche der andern erkauft. » (Il faut distinguer nettement entre la tendance familiale et la tendance sociale ; de même que, dans un être vivant, le développement intense d’un organe amène l’atrophie d’autres, de même l’une de ces deux impulsions psychiques ne grandit qu’aux dépens de l’autre.)
D’autres auteurs, encore, chez lesquels on retrouve l’interprétation spencérienne du jeu comme manifestation d’un excès d’énergie greffent, sur l’aspect utilitaire de la vie sociale, le besoin du jeu en commun. J’emprunte à KrÔPOTKIN le passage suivant : « While many plays are, so to speak, a school for the proper behaviour of the young in mature life,there areothers,
Référence à Breiim dans Les mammifères, t. I, « Singes », passim. Extrait de Pétrucci dans Les origines naturelles de la propriété, p. 226. Référence à Rilsot dans Psychologie des sentiments, pp. 282 et ss. Extrait de Schurtz dans Altersklassen und Miïunerbünde, p. iS.
Id. de Kropotkin dans Mutual aid, p. 54.