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PREMIÈRE PARTIE : LA SOCIOLOGIE

Guyau parle de socialiser deux systèmes nerveux; Karl Marx demande la socialisation des moyens de production.

Dans leur Traite de physiologie, Morat et Doyon signalent les fonctions de relation (voir pour ce terme page 21 du présent travail) comme étant des fonctions sociales; dans le sien, Verworn demande que les réformes sociales soient étudiées à la lumière de la physiologie cellulaire.

Un journal anglais aura une rubrique Social topics où il rapportera les réunions mondaines, les mariages en vedette ; un journal français traitera des événements révolutionnaires russes sous le titre de « La crise sociale en Russie ».

En droit pénal on tiendra couramment ce langage : « La répression se justifie par la nécessité de la défense sociale », et aussi : « Le crime apporte un trouble dans la vie sociale des citoyens ». Dans une même phrase on rencontrera les deux acceptions se complétant l’une l’autre : « La manifestation la plus rudimentaire d’une réaction sociale contre les actes troublant les rapports sociaux est la vengeance privée. » On qualifiera d’acte antisocial un crime qui a été commis par une bande de malfaiteurs... associés de longue date et obéissant à une organisation très étroite. Ferri, critiquant le régime cellulaire, écrira que le sens social des détenus est déjà atrophié comme le prouve leur crime, et au verso de la même page, il constatera que les mêmes détenus trouvent mille moyens de communiquer entre eux, parce qu’aucun décret ne peut aller contre une nécessité humaine, — laquelle est le besoin de rapports sociaux...

Le langage scientifique ne peut, c’est évident, s’accommoder d’une pareille ambiguïté : faire autrement équivaudrait à accepter de désigner par un même terme, en physiologie, l’organe et sa fonction ; en physique, une force et son travail; en analyse, une fonction et sa variable. Puisqu’il faut choisir, le mot social, conformément à son étymologie ( socius ), est indiqué pour qualifier tout ce qui concerne les actions et réactions effectivement exercées ou subies par les individus dans les rapports qu’ils ont entre eux sans distinction de sexe : c’est exclusivement dans ce sens qu’il sera employé ici.

Quant à l’autre acception, elle est d’ordre purement spéculatif et l’on ne peut y recourir que dans le langage métaphysique, ainsi qu’on le verra à la fin de ce travail (voir § 45, Vue d'ensemble).

Référence à Guyau dans Giddings, Principes de sociologie, p. io3. Id. à Morat et Doyon dans Traité de physiologie, p. 399. Id. à Verworn dans Physiologie générale, p. 63 1.

Id. à Ferri dans Sociologie criminelle, pp. 55o et 55 1 .

Chap. II.

Les phénomènes sociaux en sociologie comparée.

§ 6. — Sur le terme « social ».

Chap. III.

Les phénomènes sociaux en sociologie comparée.

S G. — Sur le terme « social ».

§7. — Sociologie humaine et sociologie animale.

Inutile de faire remarquer que, dans la définition qui vient d’être donnée, le mot « effectivement » rappelle ce qui a été dit page 64, au sujet du « milieu social » dans le sens proprement biologique.

D’autre part, on sait bien qu’il n’y a pas d 'action au sens propre du mot. et que ce qu'on appelle ainsi est une réaction motrice répondant à une ou plusieurs sensations anciennes emmagasinées dans le cerveau. Mais au point de vue social, il est utile de conserver la distinction banale de l’acte individuel qui détermine un phénomène réactionnel chez un autre individu.

Ce phénomène réactionnel peut d’ailleurs affecter toutes les formes que l’observation psychologique révèle, suivant que la réaction apparaît au sujet comme réflexe, consciente, ou volontaire.

Enfin, qu’il y ait entre social et sociologique la même différence qu’entre vital et biologique , à savoir celle résultant de l’interposition de la lentille scientifique devant le fait observé, nul sans doute ne songera à y contredire.

Tout cela est d’évidence, et il est puéril d’y insister. La seule excuse est dans l’état présent de la « littérature » sur ces questions.

§7. — Sociologie humaine et sociologie animale.

Après cette critique de pure terminologie, une autre mise au point s’impose.

Il a été dit plus haut (voir page 55) que l’affinité sociale qualifie un état de la sensibilité physique de l’être, qui le rend susceptible de réagir aux excitations des autres individus de la même espèce sans distinction de sexe.

Cette forme de la sensibilité implique la coordination des réactions de l’individu en vue de l’adaptation globale de l’ensemble de l’organisme aux sollicitations ambiantes. C’est dire qu’on n’en trouve aucune trace chez les végétaux, où cette coordination n’existe pas.

Quant aux animaux, il est généralement connu que l’affinité sociale se manifeste dans un grand nombre d’espèces. On a coutume d’ajouter que les animaux où elle apparaît sont ceux qui sont réputés « intelligents ».

Il serait tout à fait superflu de soulever ici la vaine discussion des limites de 1’ « intelligence », de la « raison » et de la « conscience » des animaux. Chacun sait ce qu’on veut dire en parlant d’un animal intelligent.

Or, que l'affinité sociale s'attache d l'animal intelligent, il n’y a là rien que de tout à fait normal, puisqu'elle est fondamentalement liée à l'évolution de

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