Première partie .- la sociologie
la sensibilité physique, c'est-à-dire à l'évolution du système nerveux. Pour réagir envers son semblable,' il faut être doté d’un « outillage de reconnaissance » approprié à recevoir l 'impression de similitude organique, qui est à la base même de l’affinité sociale.
L’apparition du cerveau qui est, suivant l’expression de Philippson, « par principe l’organe de coordination sensorielle », conditionne donc tout naturellement les manifestations de l’affinité sociale. C’est ainsi que l’on voit apparaître l’affinité sociale dans les formes supérieures des différents groupes, celles-mèmes où se montrent d’autre part, par « convergence d’évolution » (voir page 38), des appareils combinateurs et enregistreurs des réceptions, permettant des réactions individuelles, variables suivant l’expérience de l’individu et le développement de ses centres nerveux. (Philippson.)
Dans l’évolution générale, il se mêle d’ailleurs une série de facteurs interagissants, au milieu desquels il n’est pas possible pour le moment de dégager des rapports de causalité initiale. Ainsi, plus le système nerveux se complique dans les divers groupes de la série animale, plus la formation de l’individu réclame de temps. D’abord, la période de gestation est en rapport 'avec le degré manifesté d’intelligence, comme Sutherland le rappelle par la formule suivante :
T = M jXw,
dans laquelle T est le nombre de jours de gestation,
W, le poids de l’animal adulte en livres,
M, un coefficient constant pour un même ordre ou une même famille de la série animale, variable d'après les manifestations d'intelligence.
Si l’on fait M égal aux nombres ci-après, et que l’on applique la formule aux diverses espèces, on trouve de remarquables similitudes entre les quantitées calculées et les quantités observées.
Valeur Valeur
de M : de M :
Marsupiaux 18 Artiodactyles 8o
Insectivores 25 Périssodactyles ioS
Rongeurs 35 Proboscidiens i3ç>
iLéporides ; 24; Singes X20
Carnivores 41 Hommes 126
Références à Philippson dans L’autonomie et la centralisation dans le système nerveux des animaux , pp. 186 et 190.
Extrait de Sutherland dans Origin and growtli of tlie moral instinct , p. joi.
INSTITUTS SOLVAY (SOCIOLOGIE)
Chap. III.
Les phénomènes sociaux en sociologie comparée.
§ 7. — Sociologie humaine et sociologie animale.
Chap. III.
Les phénomènes sociaux en sooiologie comparée.
§ 1. — Sociologie humaine et sociologie animale.
Appliquant l’une de ces valeurs, par exemple M = 41 chez les carnivores, on obtient :
Durée de la gestation en jours.
Calculée.
Observée.
Chat . . . .
Chat sauvage .
Lynx. .
Léopard
Puma
Tigre ...
ioo-io5
Lion ....
ii3
no
Belette . .
Furet . .
Outre
Putois ....
Durée de la gestation en jours.
Calculée. Observée.
Glouton. . . .
Martre ....
Blaireau . . .
Raton ....
Ours brun .
— polaire . .
Chacal ....
Loup ....
Renard ....
Outre la durée de la gestation, la période d’élevage varie en raisoade la complexité du système nerveux. On sait que, s’étendant déjà sur plusieurs semaines chez les carnivores, elle atteint six à dix ans, sinon davantage, chez certaines espèces de singes.
Or, l'élevage implique évidemment la reconnaissance des jeunes par les parents, c’est-à-dire que le développement même du système nerveux apporte avec lui les mécanismes de la sensibilité physique, qui rendent possible la pleine formation de l’individu.
Cette interdépendance des phénomènes d’évolution, — dans lesquels il faudrait comprendre encore, d’une part, les processus de pure régulation physiologique et, d’autre part, ceux de pure expression psychique, — est trop complexe pour être étudiée ici : elle s’écarte d’ailleurs de l’investigation sociologique proprement dite.
Elle montre seulement que la faculté de percevoir inter -individuellement la similitude spécifique d'organisation, marche de pair avec ce que l'on nomme les manifestations de l'intelligence, c'est-à-dire avec la complexité du système
nerveux.
On aperçoit bien qu’au point de vue particulier de l’affinité sociale, ceci n’implique aucunement que le développement intellectuel entraînerait nécessairement celui de l’affinité sociale : les éléments de la sensibilité physique sont trop nombreux et les facteurs de son évolution trop variés, pour que l’on puisse établir des connexions aussi étroites. Tout ce qui paraît expliqué, c’est la raison pour laquelle l’affinité sociale n'apparaît que chez des animaux réputés intelligents.
Il n’en résulte pas davantage que plus l’espèce serait avancée intellectuellement, plus parfaits seraient chez elles les phénomènes sociaux : on ne saurait, d’ailleurs, démontrer une telle corrélation, vu qu’il n’existe pas de