PREMIÈRE PARTIE : LA SOCIOLOGIE
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mètre assez précis de l’intelligence pour servir à différencier les espèces, et moins encore de mètre sociologique pour servir à déterminer la « supériorité » ou 1’ « infériorité » des formes de l’activité sociale dans l’une ou
Chap. III.
Les phénomènes sooiaux en sociologie comparée.
l’autre espèce.
§ 7. — Sociologie humaine et sociologie animale.
Il est à peine besoin de dire que l’homme étant l’être chez lequel le système nerveux a atteint la structure la plus complexe, tous les phénomènes qui tiennent à la sensibilité physique s’affirment chez lui avec plus de netteté que dans toute autre espèce.
Mais il y a eu davantage, et l 'évolution du système nerveux de l'homme a déterminé des phénomènes caractéristiques au point de vue sociologique.
Grâce, en effet, au développement de ses centres cérébraux, l’homme a acquis une aptitude particulière à modifier ses conditions d’existence. Les associations multiples que les sensations peuvent former dans son cerveau, ont fait de lui l’animal le plus abstracteur, ou si l’on veut, le plus inventeur. Pour ne parler que d’une des inventions humaines, celle du' feu, on peut dire que ses’ conséquences ont été infinies : au seul point de vue végétatif, la cuisson des aliments et la possibilité de se chauffer, ont permis à l’homme une acclimatation quasi-universelle, tout en amenant des modifications jusque dans sa conformation céphalique : « le prognathisme a diminué, parce que les muscles masticateurs n’ont plus eu besoin d’être aussi puissants » (HouzÉ).
Chaque altération dans les conditions d’existence a nécessité des adaptations nouvelles et, pour rendre ces adaptations possibles, l’évolution de la sensibilité physique a dû être, si l’on peut dire, toujours tenue « en haleine ».
Or, plus l’homme artificialisait ainsi ses conditions d’existence, plus chaque individu devenait , pour sa formation intégrale , dépendant des autres, car eux seuls pouvaient lui « enseigner ce qu’il ne savait pas ».
Et, cette dépendance s’est trouvée tant à la fois facilitée et accentuée par un autre fait caractéristique de l’évolution humaine, à savoir l’apparition du centre nerveux de la parole. Bien qu’il ne soit pas nécessaire de se demander ici comment cette acquisition a pu se produire, je rappellerai
Extrait de HouzÉ dans Pourquoi et comment perdons-nous la troisième molaire? p. 6.
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S 1. — Sociologie humaine et sociologie animale.
l’hypothèse de Romanes, qui l’a d’ailleurs en partie empruntée à Darwin. On observe que les singes, qui ont entre eux des rapports sociaux réguliers, se servent beaucoup de la voix pour se faire des signes. L’ancêtre de l’homme, plus humain que simiesque, présumé vivre en troupes ou tribus, comme les singes cynocéphales Hamadryas d’Abyssinie, aurait déjà été en état de communiquer à ses semblables ses idées élémentaires nées des sensations perçues, autant au moyen des gestes et des expressions du visage que par les signes vocaux. Il a pu suffire que le sens supérieur de la vue ait attiré l’attention de ces êtres sur les mouvements de la bouche dans l’exécution des signes, pour que l’évolution de la faculté du langage articulé fût déterminée.
Quoi qu’il en soit, la sensibilité physique de l'être devait être déjà fort accentuée du côté de l'affinité sociale, lorsqu'elle a donné lieu à la réaction nouvelle de la parole.
Or, dès le moment où la parole a été possible, le langage articulé, qui s'est peu à peu formé , a créé un lien éminent d’interdépendance sociale entre les individus. Se développant, en effet, concurremment avec les hémisphères du cerveau, il a permis à l’intelligence humaine de devenir la véritable gardienne des acquisitions de l’espèce. Assurément, en effet, l’animal intelligent privé de la parole, peut transmettre à ses semblables le résultat, enregistré dans sa mémoire, des expériences auxquelles il adapte sa conduite : comme le dit Reid, « Traditional knowledge is common enough among the higher animais and forms no inconsiderable partof their mental equipment». {Des connaissances traditionnelles sont chose commune chez les animaux supérieurs et elles constituent une partie appréciable de leur mentalité.) Mais l’animal ne possède pas d’autre moyen de transmettre « ses connaissances » à ses semblables que l’imitation, la contagion répétitrice, — certains ajouteraient l’hérédité d’habitudes acquises transformées en instincts, mais cela n’importe pas ici. L'homme, au contraire , possède dans le langage l'outil par excellence de « transmission des abstractions » .
Se compliquant graduellement, le langage a pu se faire le dépositaire des expériences essentielles de l’espèce, dans la mesure où se réalisaient les possibilités mentales des individus, tout en déterminant par là même l’évolution ultérieure de celles-ci.
De plus en plus ainsi, l'homme est devenu l’animal qui se forme par les autres individus de son espèce. Sa sensibilité physique s’en est trouvée modifiée : la
Référence à Romanes dans L’évolution mentale chez l'homme, passim et notamment pp. 418 ei ss.
Extrait de Reid dans The Pvinciples oj Heredity, p. 229.