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PREMIÈRE PARTIE : LA SOCIOLOGIE

connaissance humaine et transmissible par la parole ou l’écriture, est devenue immense; en même temps, les conditions d’existence, incessamment modifiées par les applications techniques de ces inventions, se sont diversifiées à l’infini.

Cette complexité croissante du milieu au sein duquel l’homme doit vivre, nécessite de sa part une sensibilité de plus en plus affinée : si, pour quelque raison que ce soit, incapacité congénitale, impossibilité d’éducation par manque de temps ou de ressources, etc., il ne devient capable que d’un nombre limité de réactions, tout se passe pour lui comme si son milieu ne se composait que d’un nombre également limité de facteurs d’excitation.

Je conviendrai d’appeler « Primitifs » les hommes qui , par rapport à la complexité mésologique la plus grande réalisée à une époque déterminée, sont restés à un stade élémentaire de développement de leur sensibilité , ou, si l'on veut, de leur potentialité réactionnelle. J’appellerai, au contraire, « Civilisés » ceux qui ont mis cette potentialité à l’unisson de la variété des excitations ambiantes.

Chap. III.

Les phénomènes soolaux en sociologie comparée.

§ 7. — Sociologie humaine et sociologie animale.

C’est dire que les Primitifs n'ont pas de localisation géographique. Quelques ethnographes observateurs ont déjà mis cette vérité en évidence, en se plaçant au seul point de vue des mœurs et des habitudes étudiées extérieurement. Il y a déjà longtemps, par exemple, que Quatrefages écrivait : « La civilisation est un fait exceptionnel au milieu même des populations les plus privilégiées : celles-ci ont eu et ont encore sur leur propre territoire leurs représentants sauvages. »

C’est dire aussi que, loin de voir dans les hommes, « l’Humanité », sorte de conglomérat ou de masse cohérente, il faut se figurer un échiquier immense, garni de pièces de valeurs diverses, ayant des capacités d’activités pouvant être aussi peu semblables que celles qui, dans le jeu d’échecs proprement dit, différencient le cavalier du simple pion. Ces différences de valeurs sociales — le mot ne serait pas déplacé dans le jeu lui-même — tiennent, pour le cavalier et le pion, d’une part, aux formes que l’ébéniste y a sculptées, d’autre part, à la règle qui les interprète. Pour chaque homme, aussi, la formation est double : il doit une partie de lui-mème à un quid proprium congénital et une autre partie à l’éducation sociale, c’est-àdire surtout à ce qu’il s’est assimilé des organisations transmises par la continuité de la tradition verbale ou écrite.

C’est l’ensemble de cette personnalité, plus exactement c’est l’organe qui

Extrait de Quatrefages dans Histoire des races humaines, p. 335.

Chap. III.

Les phénomènes sociaux en sociologie comparée.

§ 7. — Sociologie humaine et sociologie animale.

la coordonne et la dirige tout entière, le cerveau, qui est ainsi devenu, chez les hommes, le champ de prédilection des variations biologiques : innombrables sont les degrés de l’évolution des centres nerveux et les combinaisons d’interdépendance qui en résultent ; éminemment variables la densité et la distribution des cellules corticales; variée à l’infini la trame des fibres d’associations, — pour chacun des êtres humains qui se sont succédé et continuent à se succéder. Et combien inégales aussi la quantité et la nature des acquisitions transmises, que chacun a pu incorporer !

On se représente, alors, le jeu inouï de réactions interindividuelles qui doit résulter des rapprochements d’êtres si divers et des enchevêtrements de toutes ces activités, se heurtant, se contrariant ou se fondant en des synergies harmoniques, s’exaltant ou se diminuant mutuellement, se cherchant ou se fuyant, et dégageant, malgré ce tohu-bohu apparent, l’impression irrésistible de l’ordre et de l’arrangement prédéterminés !

Il résulte à l’évidence de tout ce qui précède que l’on se trouve aujourd’hui devant un fait de divergence d’évolution qui peut être ainsi défini :

La sensibilité physique a évolué de telle manière chez l’homme que V affinité sociale s’y présente comme une nécessité spécifique absolue des autres individus de l'espèce; chez les autres animaux, cette nécessité n' est que relative.

Il convient donc de donner à l’affinité sociale des hommes un nom particulier, permettant de la distinguer dans la terminologie.

Nulle appellation ne conviendrait mieux que ce mot si français de sociabilité , dont la forme même évoque parfaitement l’aptitude humaine à l’empreinte sociale : mais, couramment, le terme est appliqué aux animaux : il n’est pas un ouvrage consacré à la sociologie animale qui n’en fasse un usage constant. A peine de créer un terme nouveau, il faudra donc rectifier le sens et réserver la sociabilité aux hommes.

Quant aux animaux présentant l’affinité sociale, ils seront dits allophilcs (aXXoç, autre; tplXoç, ami). Cette solution me parait décidément préférable à une autre à laquelle j’avais songé d’abord, et qui consistait à introduire une appellation spéciale pour les hommes. En grec, op'.Xsto veut dire être ou vivre avec, frayer, rechercher la société, et 6jju,X^-ôç signifie sociable.

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