DEUXIÈME PARTIE : L'ANALYSE SOCIOLOGIQUE 9ô
entre autres Sheldox : The Institntional activities of American Children (Institutions créées par les enfants américains), juillet 1898; — Kline : Migratory Impulse vs. Love of home (Impulsion migratrice et attachement local), octobre 1898.
Je cite ces expériences non seulement à titre exemplatif, mais aussi pour montrer, d’une part, combien le procédé pourrait être étendu à d’autres milieux analogues (groupes militaires, associations, sociétés organisées quelconques), d’autre part, combien l’adolescence se prête à des études de nature à éclairer les phénomènes sociologiques. Ce dernier point sera d’ailleurs rencontré un peu plus loin (voir § i3).
En ce qui concerne spécialement la méthode des investigations sur l’enfant et l’adolescent, Barnes a rassemblé des notes en tête de ses Studics in Education.
Une confusion d’appréciation doit être évitée au sujet de cette méthode américaine des enquêtes par questionnaires, à laquelle on adresse parfois des critiques sévères.
D’abord, il n’est pas besoin de faire remarquer que pour le choix des questions et la conduite générale de l’enquête, il faut se conformer aux règles du bons sens et du discernement : ceci relève de l’application du procédé statistique et sera rencontré plus loin (§ 11).
Il est non moins certain que plus d’une réponse est viciée par des considérations extrinsèques au sujet; mais, encore une fois, c’est le cas de tout dénombrement direct, c’est-à-dire appuyé sur l’interrogation des intéressés. Et l’on sait que « les grands nombres » ont précisément la propriété d’effacer l’action des causes accidentelles perturbatrices.
Qu’il soit abusif de généraliser hâtivement, nul n’y contredira, et l’on ne peut que sourire de ceux qui se dispensent d’interpréter, à la lumière d’une critique pénétrante, les données recueillies et s’empressent d’établir des pourcentages de distribution sur quelques centaines de réponses obtenues dans une seule expérience.
Mais tout cela ne vise que les applications abusives et ne touche pas la méthode elle-même.
Or, du point de vue psychologique pur, il est sans doute permis de faire une réserve, parce que les réponses données ne sont pas toujours représentatives d’états psychiques. Du point de vue éthologiquc, au contraire, cette réserve est sans portée. Il ne suffit pas, pour faire justice de l’enquête par questionnaire, de dire qu’« au lieu de renseigner sur l’individu, elle renseigne
Chap. IV.
Les sources et la méthode.
§ 9. — L’expérimentation.
Référence à Barnes dans Methods of siudying children .
Chap. IV.
Los sources et la méthode.
S 9. — L'expérimentation.
sur son milieu » (Bèlugou); car, justement, ce qui importe en éthologie, je veux dire ici en sociologie, c’est de reconnaître les acquisitions que l’individu doit au milieu et à la réfraction qu’elles ont subie en s’incorporant à lui. Ces dispositions d’activités conditionnent les activités elles-mêmes, et c’est à ce titre avant tout qu’elles intéressent le sociologiste.
Au surplus, on verra, par les exemples qui seront cités .dans la suite, que la méthode discutée ici a été fréquemment employée aux États-Unis pour étudier les manifestations de l'activité , et non le psychisme proprement dit. On pourrait même presque dire qu’en fait les Américains, tout en rattachant à la psychologie les applications qu’ils ont faites de la méthode, ont surtout rassemblé des données éthologiques et, en particulier, sociologiques.
Bien qu’à proprement parler l’emploi d’appareils ou de dispositifs techniques destinés à compléter nos sens ou à enregistrer avec fidélité des phénomènes, ne transforme pas une simple observation en une expérience, c’est ici que j’en dirai quelques mots, parce que le plus souvent c’est dans l’institution d’une véritable expérience que ces adjuvants seront utilisés.
Comme, jusqu’à ce jour, on n’a guère songé à faire de la sociologie expérimentale, on a été loin de se préoccuper d’un outillage. La question reste donc entière : elle se précisera lorsqu’on aura mieux dégagé les objets de 1’analyse sociologique.
Dès à présent, on peut noter que tous les perfectionnements que l’on apportera aux appareils de la technique de l’expérimentation psychologique pourront être indirectement utiles au sociologiste (voir, par exemple, Toulouse, Vaschide et Piéron, Technique de psychologie experimentale ; Mac Donald, Experimental Study of Children ; Stratton, Experimental Psychology, et notamment le chapitre : Possibility of mental measnrements). Ils répondront d’autant mieux au but poursuivi, qu’ils apporteront des moyens d’évaluation des modifications énergétiques éprouvées ou causées par l’individu, en raison de ses rapports avec ses semblables.
Les procédés de la chronophotographie et de la cinématographie seront, de leur côté, d’un précieux secours, en ce qu’ils permettent de fixer les détails des activités sociales dans leur succession effective, si instantanée soit-elle.
Mais il est évident que ce ne sont là que des données toutes provisoires et que la technique expérimentale sortira, comme toujours, de l’expérimentation même.
Référence à Biîlugou dans Les néo-psychologues , p. 6i3.