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DEUXIÈME PARTIE : LA AM L Y SE SOCIOLOdJQUE

peut conduire à des résultats vraisemblables que si la ' conjecture qu'elle est appelée à vérifier est conforme à ce que l'on sait de la nature des êtres et se rapproche de causalités effectivement observées, Ainsi, le transformisme n’est qu’une conjecture d’histoire naturelle (voir pages 27 et 29), mais cette conjecture s’appuie sur tant de processus d’adaptation effectivement constatés qu’elle ne conserve plus, dans les conditions actuelles de la connaissance, qu’un minimum de caractère hypothétique.

Loin donc que le sociologiste puisse se permettre d’employer à la légère la méthode de concordance, il doit s’attacher à rassembler des observations nombreuses de mécanismes d’évolution, pour aider l’historien dans ses reconstitutions logiques.

En fin de compte, car tout cela n’est que l’amplification de ce qui a été dit de la méthode principale de l’éthologie, il n’y a, pour le sociologiste, qu’une manière d’apprendre, c’est, suivant la pittoresque expression de Houssay, « d’ appréhender sensoriellement les phénomènes ».

§ i3. — La doctrine actualiste.

Que le sociologiste ne s’imagine point être limité, par là, dans ses ressources scientifiques.

Car, de ce que tout dans la nature, organique et inorganique, repose sur un même déterminisme, il suit que toutes autres choses égales, les mêmes causes ont dù, de tout temps, produire les mêmes effets. Or, pour un grand nombre de causes fondamentales, les « autres choses sont restées égales », au regard des petites causes perturbatrices accidentelles dont l’action n’est pas systématique. Si bien que, l’esprit humain étant ce qu’il est, il se trouve spontanément amené à chercher dans les phénomènes actuels l'explication des phénomènes passés.

Comme il a déjà été rapporté (voir page 35), c’est là le fondement de la doctrine actualiste que Lyell a fait triompher en géologie, et que les physiologistes ont mise à la base même de la biologie, comme le rappelait Delage dans une récente conférence à Y Institut général psychologique de Paris.

Chap IV.

Les sources et la méthode.

S 12. — La méthode de concordance.

§ 13. — La doctrine actualiste.

Citation de Houssay, La forme et la vie, p 640.

Référence à Dklagh; clans Les problèmes de la biologie, pp. a33 et ss.

MO

Chap. IV.

Ie8 sources et la méthode.

§ 13. — l.a doctrine actualistc.

Lorsque, sans rencontrer beaucoup d’écho, HouzÉ demande à la Société d'anthropologie de Bruxelles d’abandonner les conjectures variées que suggèrent les instruments en silex des temps préhistoriques, pour entreprendre l’étude d’ensemble de l’outillage lithique actuel, il s’autorise de la doctrine actualiste dans le domaine industriel de l’éthologie humaine.

Lorsque Frazer écrit Le rameau d'or, que fait-il, sinon appliquer à un autre domaine humain, celui des croyances et des usages, la même doctrine actualiste? C’est ce que Marillier montrait très bien dans un article qu’il y consacrait : « M. Frazer a appliqué à l’étude des mythes et des rites la seule méthode qui puisse conduire à des résultats. Il s’est efforcé de rattacher à la fois les légendes et les rituels à des croyances vivantes, sans examiner d'où ils sont sortis... Il a compris que... les coutumes, les pratiques rituelles encore aujourd'hui en vigueur, pourraient dans bien des cas nous donner le sens de mythes anciens que nous ne comprenons plus. » (Les italiques ne sont pas de l’auteur.)

Or, la doctrine actualiste n’est ni moins féconde, ni moins opportune en sociologie, au contraire.

Pour ne reprendre que des points déjà rencontrés, ne pense-t-on pas qu’il y aura plus de profit scientifique à éclairer les origines — à jamais inconnues — de l’organisation totémique des peuples primitifs, par des expériences sociologiques comme celle déjà citée de Puffer sur les bandes de garçons (page io3), plutôt que par des conjectures a priori ?

L’enquête dont il s’agit révèle, en effet, chez les écoliers américains l’habitude, d’une part, de se constituer en groupes et, d’autre part, de désigner ces groupes par des sobriquets, par exemple : les wharf rats (les rats du quai1, parce que ce groupe se réunissait le long d’un quai; eggmen (les individus aux œufs), parce qu’ils avaient coutume de voler des œufs aux fermiers, etc. Les deux tiers des soixante-six groupes avaient un nom, et la plupart de ces noms étaient empruntés au milieu immédiat.

L’observation des Boys' gangs pourraient être systématiquement renouvelée; il me souvient personnellement que, dans des jeux d’enfance, des groupes se constituaient spontanément et qu’ils recevaient des noms, le plus souvent des noms d’animaux bien connus des enfants ou qui, au contraire, excitaient leur crainte ou leurs plaisanteries.

Or, pour en revenir à l’organisation totémique, on sait en quoi consiste

Extrait de Marillier dans Le rameau d'or, p. i. Référence à Puffer dans Boys’ gangs, p. 177.

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