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DEUXIÈME PARTIE : L’ANALYSE SOCIOLOGIQUE

PHÉNOMÈNES ÉTUDIÉS N’ONT EN RIEN LA PORTÉE D’UNE CLASSIFICA- TION scientifique. A peine d’être artificielle, cette classification ne pourra sortir que de l’investigation comparée elle-même. Dans l’état présent de cette investigation, on ne peut guère que tenter de rapporter les divers phénomènes à un certain nombre d’entre eux que l’on estime dominants et caractéristiques.

Peut-être fera-t-on bien de se prémunir contre un étonnement probable : celui de rencontrer, chemin faisant, tant de choses banales. Ces mots du lexique sociologique sont ceux du langagede tous les jours; ces faits colligés sont empruntés à la routine quotidienne de l’existence. Mais l’avancement de la science a-t-il jamais été autre chose que l’incorporation à la connaissance systématique des faits de la connaissance banale? Et Tarde n’adjurait-il pas avec raison les sociologistes de prendre seulement la peine de regarder ce qu’ils voyaient toujours?

Chap. IV.

Les sources et la méthode.

§ 15. — Plan d'analyse sociologique.

Dans un tel travail, la part de l’intuition est évidemment prépondérante.

Les aspects auxquels je me propose de ramener l’analyse sociologique ne semblent pas toutefois malaisés à justifier rationnellement.

Je commencerai par étudier la formation sociale de l’individu (chapitre V), depuis la naissance jusqu’à la fin de la période de l’élevage ou de l’éducation, période au cours de laquelle il acquiert toutes les caractéristiques de sa personnalité, ce que les biologistes allemands appelleraient der Entwickhtngsgang bis zum fertigen Individuum.

Un certain nombre d’attributs de cette personnalité ainsi formée sont déterminants de l’orientation de l’individu parmi les autres de son espèce : ce sont les aptitudes sociales, qui feront l’objet du chapitre VI.

Ayant ainsi dégagé les mobiles et les raisons d’être des actes divers accomplis par les individus les uns à l’égard des autres, on pourra analyser ces actes eux-mêmes : le chapitre VII sera donc consacré aux activités sociales.

Enfin, les aptitudes et les activités sociales subissent des modifications caractéristiques, lorsqu’elles sont coordonnées vers des buts déterminés, c’est-à-dire lorsqu’elles sont devenues des Synergies sociales (chapitre VIII).

Ainsi apparaît, dans son ensemble, ce qu’on pourrait appeler la sociologie générale , en ce sens qu’elle décrit les phénomènes en les systématisant, en les rassemblant d’après les traits communs de leurs processus.

La sociologie spéciale considère au contraire les cas particuliers, soit qu’elle s’en tienne à un phénomène déterminé, par exemple comment

Chap. IV.

Les sources et la méthode.

S là. — Plan d’analyse sociologique.

s’agglomère et se comporte une bande de garçons (enquête sur les Boys' gangs, voir page io3), — soit qu’elle s’attache à tous les phénomènes sociaux que l’analyse fera découvrir dans une agglomération donnée d’individus : dans ce sens, je ne connais qu’un exemple, c’est l’enquête faite par Jones, un disciple du professeur Giddings, dans un quartier populaire de New- York et publiée sous le titre de The Sociology of a New York-City Bloch . Tous les travaux de sociologie spéciale prendront inévitablement la forme de pareilles « monographies » , et il va de soi que ce seront ces monographies mêmes qui fourniront la matière de la sociologie générale.

Enfin, on peut dire que la sociologie se fait comparée, si, prenant des phénomènes définis par des processus plus ou moins similaires, elle en établit la comparaison, dans le temps ou dans l’espace, en vue de dégager des rapports, de préciser des aspects et, en général, d’éclairer l’analyse sociologique.

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