CHAPITRE V
La formation sociale.
§ 16. — Possibilités sociales pendant l’élevage.
Divers cas peuvent se présenter pendant la période qui suit immédiatement la naissance :
a) Au moment de l’éclosion ou de la parturition, le jeune ne voit pas ses parents, de sorte que les générations n’empiètent pas les unes sur les autres. Influence de ce fait sur l’apparition des sentiments sociaux. (« Quand les générations d’insectes se connaissent, rapporte Houzeau, les soins maternels sont souvent aussi vifs que chez les oiseaux. »)
Il peut y avoir des individus spéciaux chargés de l’élevage des jeunes. Exemples : les larves nourries par les neutres chez les hyménoptères; les enfants abandonnés, orphelins, placés « en nourrice », etc.
b) Au moment de l’éclosion ou de la parturition, le jeune voit ses parents, mais le père lui est totalement indifférent, sinon hostile : l’individu n’a, dans sa formation, de rapports qu’avec sa mère. Exemples : les carnassiers; certains primitifs.
c ) Si la ponte ou la portée sont multipares, l’élevage se fait en commun et l’individu a des rapports avec d’autres du même âge. Exemples : oiseaux, chiens, chats.
Chap. V.
La formation sociale.
§16.— Possibilités sociales pendant l’élevage.
Extraits de Houzeau dans Les facultés mentales des animaux, t. II, pp. 97. 104.
Chap. V.
La formation sociale.
S l(i. — Possibilités sociales pendant l’élevage.
d) Si l’élevage a une certaine durée, l’individu n’est pas encore formé quand de nouveaux jeunes viennent au monde, et il a. ainsi des rapports avec des individus d’âges différents. Exemples : singes, hommes.
Les sens susceptibles de renseigner le jeune sur les autres individus de son espèce peuvent ne pas être développés au moment de la naissance, et avoir besoin d’une éducation, ce qui réduit, au point de vue social, la partie utile de la période d’élevage. D’abord, quels sont ces sens chez les diverses espèces? La vue en général. — L’ouïe aussi. Exemple : « Les abeilles qui sont à l’intérieur de la ruche, répondent par le frôlement de leurs ailes à celles qui se trouvent au dehors. » (Houzeau.) — Quid du toucher? Exemple : « Les chevaux, les bœufs, les moutons, les chiens complètent leur connaissance en se touchant et se frottant mutuellement. Le baiser, la poignée de mains, l’accolade sont des survivances du moyen primitif de faire connaissance parmi les hommes et les femmes. » (Giddings.) — Quid de l’odorat? Exemple : «J’ai été témoin cent fois, dit Houzeau, parmi les Indiens et parmi les nègres d’Amérique, de l’nsage que ces races font de l’odorat ; les noirs en particulier reconnaissent dans l’obscurité les différentes personnes de leur connaissance. » Et ailleurs : « On rapporte d’un moine aveugle de la Bohême qu’il distinguait les différentes personnes par l’odeur. » — Quid d’autres manifestations de la sensibilité spéciale?
Quant au degré de développement des sens sociaux, il est connu que l’enfant n’acquiert qu’un certain temps après sa naissance les moyens de reconnaître les personnes qui l’entourent.
Noter cette remarque de Baldwin : « Dès le deuxième mois, l’enfant distingue dans l’obscurité le contact de sa mère ou de sa nourrice. Il apprend à discerner les façons de le/tenir, de le prendre, de le « tapoter » , qui caractérisent les différentes personnes, et il s’adapte à ces variations personnelles. »
Quid des espèces aveugles, au point de vue des rapports sociaux ?
Quid des enfants aveugles, sourds, muets, soit congénitalement, soit accidentellement, au même point de vue ?
Extrait de IIouzeau clans Les facultés mentales des animaux, pp. 91-92.
Id. de Giddings dans Principes de sociologie, p. 102.
Id. de Baldwin dans Interprétation sociale et morale des principes du développement mental, p. 7.