A VANT-PROPOS
mune et un aboutissement que l’esprit peut se permettre de regarder comme certain.
Ainsi, les sciences biologiques, par la solidité de leurs constructions et l’enchaînement de leurs découvertes, ont réussi à s’imposer à tous les esprits préoccupés de savoir, comme les seules sources de l’explication des phénomènes humains.
Dès lors, n’est-il pas évident que cette chose va se produire : tandis que ce qui devait être la sociologie continuera à tendre vers une cristallisation toujours fuyante, l’analyse biologique fera surgir une science, organisée pour l’observation des individus en tant qu’ils agissent et réagissent entre eux.
En est-il bien ainsi ?
Et s’il en est ainsi, comment pourraient se concevoir les cadres d’une telle science? En quoi pourrait-elle apporter sur les phénomènes sociaux les clartés que l’on attend vainement depuis le moment où Comte donna son nom à la sociologie? Une telle science a-t-elle, pour tout dire, quelque chance d’être la sociologie elle- même?
C’est à esquisser des réponses à ces questions que le présent travail est consacré.
De là, sa forme, ses imperfections, ses lacunes, — qui sont si grandes que jamais je n’aurais eu la témérité de le publier, si je n’y étais contraint par cet autre fait contingent : la nécessité de donner une base à des recherches de sociologie positive, pouvant être entreprises dans cet Institut.
Fallait-il, ayant ce but précis, — et cette seule excuse — ajouter seulement un point de vue à tant d’autres, et le légitimer moins par des raisons empruntées à lui-même, que par la critique des points de vue differents ?
Ou, ne valait-il pas mieux le définir par ses aspects propres, le dégager de l’observation des faits et éviter ainsi toutes ces controverses lassantes, qui divisent et éloignent des chercheurs loyaux, dans un domaine où la bonne volonté s’unit si rarement à la compétence?
J’ai préféré le second procédé.
De là vient que, dans cette esquisse, les diverses doctrines sociologiques ne sont pas discutées, et que bien des auteurs n’y ont pas même une mention : cela pourra sembler une faute, mais ce n’est pas un témoignage d’ignorance.
De là vient aussi qu’en dehors d’un exposé préliminaire, de considérations relatives à la méthode et d’une vue d’ensemble, on ne trouvera ici que des suggestions. Elles sont, il est vrai, reliées les unes aux autres, suivant les lignes d’un plan unique, déterminant les points de repère de l’analyse sociologique : mais cela n’a été fait que pour apporter de l’ordre dans l’investigation et sans aucune prétention à la codification scientifique. Elles sont, il est vrai aussi, appuyées d’exemples empruntés tantôt à la vie courante, tantôt aux observations ethnographiques ou historiques : mais ces exemples ne sont là que pour objectiver les idées, et ils n’ont aucune portée représentative.
En somme, l’ensemble réalise à peu près un Recueil de problèmes sociologiques, accompagnés de quelques indications pour leurs solutions, en vue de les ramener à un point de vue commun. Il ne s’y rencontre aucune loi; aucune conclusion n’y est formulée. Ceux qui savent où en sont, en sociologie, l’observation et l’expérimentation, ne s’en étonneront pas trop.
Cet essai s’adresse donc surtout à ceux qui veulent « commencer » : qu’ils le fassent par un côté ou par un autre, il n’importe; le principal est qu’ils sachent ce qu’ils font, d’où ils partent et où ils vont. De toute manière, j’ai la conviction profonde qu’ils n’auront chance de fournir à la sociologie des contributions décisives, que s’ils possèdent une préparation biologique et psychologique approfondie.
D’autres adopteront des voies différentes, peut-être tout à fait opposées à celles-ci : il n’importe pas davantage. Ce qu’il faut c’est « cultiver son jardin ». L’avenir verra quel jardin a le plus fructifié.
En sorte que tout dans ce travail peut être démontré faux et absurde : si seulement le point de vue subsiste, la sociologie pourra s’en trouver avancée. Or, ce point de vue s’est dégagé lentement des