DEUXIÈME PARTIE : L'AXA LYSE SOCIOLOEIQUE
Dans l’élaboration de ces « plans de promenades », de ces « gamineries », il y a un chassé-croisé d’initiatives sociales. — Versatilité des initiateurs; variété des occupations; mobilité des buts collectifs.
L’imitation des organisations analogues des adultes paraît ne jouer qu’un rôle secondaire.
Binet a observé les groupes d’enfants à un point de vue particulier qui sera rencontré dans le paragraphe suivant : je noterai ici ses conclusions en ce qui concerne l’organisation du groupement : « Les enfants en devenant partie d’un groupe conservent chacun leur manière de réagir, ou plutôt adoptent une manière de réagir qui reste constante pendant l’expérience ; l’un s’habitue toujours à répondre le premier, c’est le meneur du groupe, celui qui impose sa réponse aux autres, le plus souvent... De même certains élèves prennent l’habitude de répondre après tous leurs camarades... Ces résultats... nous montrent que les enfants formant un même groupe prennent dans ce groupe une position, une fonction définie qu'ils conservent ensuite, le groupe s'organise, une hiérarchie se dessine. » (Les italiques ne sont pas de l’auteur.)
Les bases des groupements seraient à dégager, notamment d’après les âges, ce qui pourrait éclairer la question des Altcrsklassen, approfondie par Schurtz.' -
L’aide mutuelle, le châtiment, la vengeance, l’exploitation apparaissent comme des formes sporadiques et temporaires d’activité sociale. — Notions du troc, de l’échange, du paiement. — Rôle de la confiance réciproque. — Relations d’amitié, de camaraderie. — Influence de l’imitation des activités correspondantes des adultes (?).
La forme la plus accentuée des activités sociales de l’adolescent est la synergie : des initiateurs, des « conducteurs » surgissent, qui attirent, recrutent et disciplinent un certain nombre d’autres, en vue de l’exécution d’un plan qu’ils ont personnellement conçu. — Clubs et journaux. — Associations, secrètes ou non, d’étudiants. (Beaucoup de ces associations sont devenues des institutions permanentes, par exemple en Allemagne et aux États-Unis; elles participent comme telles à la vie sociale organisée des adultes : il en sera donc reparlé â propos des synergies sociales.)
Chap. IV.
La formation sociale.
§ 18. — Tendances sociales chez l'adolescent.
Extrait de Binet dans La suggestibilité, p. 342.
Référence à Schurtz dans Altcrsklassen und Mànnerbiinde, par exemple pp. S3 et ss.
Chap. IV.
La formation
§ 18. — Tendances sociales chez l’adolescent.
§ 19.— La plasticité sociale de l'adolescent.
Les formes les plus intéressantes à étudier seraient les associations spontanées et transitoires.
§ 19. — La plasticité sociale de l’adolescent.
Dans les paragraphes précédents, l’adolescent a principalement été considéré comme sujet actif de l’observation ou de l’expérimentation. C’est comme sujet passif qu’il est sans doute le plus intéressant à étudier, en raison même de sa plasticité spécifique pendant la période de formation.
La question est en somme celle-ci : Un adolescent est placé au milieu d’autres individus du même âge, adolescents comme lui ou adultes : quelle influence ce fait exerce-t-il sur ses dispositions et ses activités quelconques ?
La simple observation courante montre que les adolescents sont très loin de réagir uniformément à l’action sociale, et l’expérimentation le confirme nettement, comme le montre le travail de Binet sur La suggestibilité.
Binet a expérimenté principalement dans une petite école de Paris, et il a fait porter ses recherches sur la résistance d’un certain nombre de garçons à Y action morale, à Y interrogatoire et à Y imitation, pour ne considérer que les objets les plus caractéristiques sociologiquement.
Pour les deux premiers points, il s’agissait exclusivement de mettre en évidence l’influence d’une personne âgée sur les élèves, c’est-à-dire de rechercher comment divers individus se comportent par rapport à cette action personnelle, qui reste inconnue dans son degré, mais constante. Le « test » employé est d’observer les réactions de chaque sujet à une affirmation soit contradictoire, c’est-à-dire opposée à une opinion formulée par le sujet, soit directrice, c’est-à-dire énoncée avant toute expression d’opinion personnelle.
Binet a constaté combien les variations individuelles sont grandes : tous les détails des expériences et de l’analyse à laquelle elles ont donné lieu sont à lire, tant sous le rapport de leur intérêt intrinsèque que pour les suggestions qu’elles éveillent ou les réserves qu’elles appellent en vue de recherches analogues.
Référence à Binkt clans La suggestibilité, passim et notamment pp. 20g et ss.