CHAPITRE VI
Les aptitudes sociales.
Au moment où chaque individu, et particulièrement chaque individu Chap. VI. humain, commence a mener une existence autonome, les acquisitions qu il sociales, a faites au cours de sa formation peuvent se résumer comme suit au point de vue sociologique, — c’est-à-dire, répétons-le encore, au point de vue de ses ripostes réactionnelles aux excitations venant des autres individus de son espèce sans distinction de sexe :
au nombre de ses « adaptations psychiques » (voir page 135) se trouvent un certain nombre de possibilités, de tendances, de besoins, de sentiments, qui le préparent à réagir socialement dans des sens déterminés, à tirer parti des éléments de son milieu social de telle manière et non de telle autre ;
dans son « outillage mental » (voir page 1 35) , figurent des croyances, des règles, qui concernent la conduite sociale, et dont la connaissance a été acquise soit par l’éducation, soit par l’expérience de la vie;
enfin, la représentation qu’il se fait des individus qui l’entourent ou qu’il rencontre, est essentiellement polymorphique (voir page i36).
On peut dire, en somme, que les orientations sociales fondamentales de l’individu formé sont déterminées.
Son éducation se continue, en fait, pendant tout le cours de son existence, en raison même de son organisation nerveuse : les fibres d’association n’ont terminé leur complet développement dans le cerveau de l’homme que vers trente ans (Philippson); « on apprend à tout âge », dit l’observation vulgaire. Mais la nature et la quantité des acquisitions dépendent de la réceptivité individuelle.
De toute façon, un individu est, à un moment quelconque de son exis-
Référence à Philippson dans L’autonomie et la centralisation du système nerveux, p. 164.
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Chap. VI. tence, déterminé dans ses activités à l’égard des autres, par un certain Le:^;T8 ensemble d’éléments que je conviendrai de désigner sous le nom d’ aptitudes sociales. Cette qualification s’appliquera aussi bien aux dispositions psychiques qu’aux perceptions nées d’impressions inter-individuelles. Ainsi, un individu très « accueillant » peut se former sur un autre, à la suite d’une rencontre, un jugement déterminé : l’analyse distinguera là deux aptitudes sociales, l’une constante, l’autre occasionnelle. En d’autres termes, toute réaction sociale qui ne s’extériorise pas sera dite une aptitude sociale , que la réaction soit actuelle ou quelle soit emmagasinée dans le cerveau sous forme de représentation.
Ce qui va intéresser ici le sociologiste, c’est donc Y aptitude en soi, sans considération de la forme particulière de sa manifestation : qu’un individu soit « aimable » ou « désagréable » dans ses rapports sociaux, c’est la seule chose qui importe, non pas de savoir à quelle occasion il fait montre de ces dispositions. De même, le géologue étudie en géologie l’action érosive de l’eau, comme telle, et non point en tant qu’elle apparaîtrait sur un rivage déterminé : ce dernier élément n’intervient que complémentairement, à titre descriptif.
Voici un autre point qu’il est utile de préciser. Comment, en fait, se manifeste une aptitude, sinon par une activité? L’antipathie peut se traduire par une simple contraction musculaire : encore cette mimique est-elle une activité. Comment dès lors séparer l’étude des aptitudes de celle des activités ?
Simplement en remarquant qu’autre chose est d’observer une activité pour elle même, ou pour l’aptitude qu’elle décèle. La contraction musculaire en question peut être étudiée en tant que phénomène physiologique et anatomique ; elle peut aussi être simplement retenue comme signe révélateur de l’antipathie, disons, pour employer l’expression consacrée et exacte, comme test de cette disposition sociale. Il n’y a là rien de plus subtil ni de plus anormal que, par exemple, la distinction entre la fonction et son
organe.