DEUXIÈME PARTIE : L'AXALYSE SOCIOLOGIQUE
la façon d'écrire, tant au point de vue calligraphique (se rappeler l’objet de la graphologie) qu’au point de vue du style. L’extension colossale donnée à l’écriture par l’imprimerie a multiplié les rapprochements divers de cette nature : il arrive fréquemment qu’on porte sur un auteur un jugement, d’après la lecture de ses écrits et qu’une rencontre personnelle cause une vive surprise ou inversement apporte une confirmation très nette.
Sommairement, la connaissance sociale peut être basée sur une simple intuition : « Je ne connais pas ce monsieur, mais je sais bien que si j’étais à sa place, je penserais ainsi », et l’on modèle sa propre conduite à l’égard du monsieur comme si véritablement l’intuition était conforme à la réalité.
Quels que soient les moyens de connaissance sociale dont il dispose, chaque individu n’a pas, à beaucoup près, la même zone, de discrimination sociale, c’est-à-dire que le domaine polymorphique dans lequel il pourra avoir des rapprochements sociaux sera très variable. L’individu peut être, en effet, séparé, ségrégé d’un grand nombre d’individus de son espèce, et les circonstances déterminantes de cette ségrégation sont variées. Citons au hasard :
L' éloignement physique : il peut être réduit par le perfectionnement des moyens de communication; l’établissement de relations postales, par exemple, entre un centre donné et un endroit très distant multiplie les rapprochements sociaux. Le Transsibérien va étendre la zone de discrimination des Européens jusqu’aux Japonais. Le rôle du télégraphe et du téléphone est patent.
Mais l’existence des moyens de communication ne suffit pas : il faut avoir les possibilités économiques de s’en servir; ne se rendra pas au Japon qui voudra, ni même qui pourra : la disposition psychique aux voyages ne va pas nécessairement de pair avec la fortune... Puis, il y a des gens qui, ayant toutes ces possibilités, ne profitent pas des moyens de communication, parce qu’ils n’y sont pas adaptés: au Siam, aller en chemin de fer met le monde en émoi ; on y a vu des jeunes filles de la noblesse se rendre à la gare de Korat la veille du départ, de peur de n’y pas être à temps le lendemain (Jottrand). Autour de nous, les gens non accoutumés à se servir des
Référence à Jottrand dans Au Siam, cité par le Bulletin du comité central du travail industriel, p. 828.
Chap. VI.
Les aptitudes sooiales
§ 23. — La discrimination sociale.
Chap. VI. tramways ou des téléphones négligent ces moyens de communication
Les aptitudes . . A , ... , , ,
sociales. sociale, meme lorsqu ils sont a leur portée.
§ 24. — la dis
A noter aussi Y organisation des occupations. — Dans une région rurale où les cultivateurs, éloignés les uns des autres, n’avaient guère l’occasion de se connaître mutuellement, il a suffi de l’installation d’une usine, activée par ce qu’on a si bien appelé le moteur de concentration (Van Drunen), pour ijue les ruraux ainsi agglomérés dans l’usine, entrassent en contact.
Dans le même ordre d’idées, V éloignement social dû à des causes historiques peut agir aussi fortement que l’éloignement physique : il y a une aussi grande distance sociale entre un noble russe et un moujik que s’ils étaient distants de plusieurs centaines de lieues. — Une jeune Anglaise de famille aisée, envoyée à Londres comme visiteuse des pauvres, ne trouvait au chevet d’une malade, pas un mot à dire, tant, jmalgré toute sa bonne volonté, elle sentait entre les pauvres gens et elle un abîme qu’elle ne soupçonnait pas (De Miomandre).
La limitation de la zone de discrimination peut tenir à ce que, dans la formation de l’individu, on lui a inculqué V éloignement social de toute une catégorie d'autres individus. Toute éducation sectaire aboutit à ce résultat : qui n’a constaté la surprise de l’homme qui « se retrouve » dans un autre, que des préjugés religieux ou antireligieux lui avaient toujours représenté comme différent de lui-même?
Cette limitation peut aussi être d'origine autoritaire. — Un groupe tribal défend à ses membres d’avoir des rapports avec telles ou telles personnes, et l’individu doit faire taire, le cas échéant, ses impulsions sociales, à peine de s’exposer aux châtiments qui sanctionnent l’interdiction.
Ou encore elle peut être d 'origine rationnelle. — A la suite d’expériences sociales diverses, un individu peut se promettre à lui-même de ne jamais avoir de contact social avec les individus de tel groupe ou répondant à tels caractères polymorphiques.
Référence à Van Drunen dans La philosophie de l’industrie, p. 27. Id. à De Miomandre dans La lutte contre l’alcool, p. 173.