DEUXIÈME PARTIE : L'ANALYSE SOCIOLOGIQUE
La subordination de la discrimination à certains caractères polymorphiques que le caprice inspire conduit à des conséquences identiques : certaines personnes répugnent, par exemple, à faire la connaissance d’hommes portant la chevelure tombante et couvrant le cou : elles se privent peut-être par là de précieux rapprochements sociaux.
Remarquer, à ce propos, cette curieuse observation d’ERBÈS : « When the old Christian authorities compelled our longhaired forebears, to eut their locks sufficiently short to expose at least their ears, they took a great step in exposing a musculature that never lies ». (Quand les premières autorités chrétiennes obligèrent nos ancêtres à longue chevelure à se couper suffisamment les cheveux pour découvrir au moins leurs oreilles, ils firent une chose importante, car cela aboutissait à rendre visible une musculature qui ne trompe jamais.) L’auteur prétend qu’inconsciemment la vue des mouvements musculaires de la nuque et de la tête renseigne l’homme sur certaines particularités de tempérament chez les autres.
Si l’individu « sait » qu’il réagira alléthiquement à l’égard de tout son milieu social, tout se passe pour lui comme s’il vivait isolé : il ne cherche pas à opérer de discrimination. Un jeune Australien n’a pour tout bagage moral que les quatre règles suivantes qui lui sont enseignées lors de son initiation : i° obéis à tes parents et ne te dispute pas avec eux ; 2° ne mange pas des aliments défendus et recherche de la nourriture pour tels et tels ; 3° n’aie pas de relations avec les femmes qui te sont interdites; 40 ne révèle pas les secrets totémiques aux femmes ni aux enfants (Spencer et Gillen). Il est facile de présumer ce qu’il peut y avoir de points de contact entre un tel individu et un Européen, élevé dans le respect d’obligations morales aussi nombreuses que compliquées.
Ce qu’on appelle « la vie de province » peut présenter des cas de ce genre pour un « intellectuel » .
A noter que la discrimination sociale ne s’opère pas instantanément, ni chez tous les individus avec la même rapidité. Au premier rapprochement, toute la personnalité de l’individu rencontré paraît « une » : les détails ne se dessinent que plus tard. On dit : « La première impression est la bonne » ; mais aussi : « Méfiez-vous de vos premières impressions ».
Extrait (TErbèS dans Cranio-muscular origins of the train and mind, p. n.
Référence à Spencer et Gillen dans The Northern tribes of Central Australia, p. 5o3.
Chap. VI.
Les aptitudes sociales.
§ 23. — la discrimination sociale.
Chap. VI.
Les aptitudes sociales.
S 23. — La discrimination sociale.
§ 2 t. — Les dispositions sociales.
A noter encore que les divers phénomènes de discrimination sociale s’observeraient avec plus de netteté dans des groupes en formation, — par exemple, lors de l’ouverture d’un nouveau territoire américain à des immigrants.
§ 24. — Les dispositions sociales.
C’est dans l’étude des dispositions sociales qu’apparaîtront le plus nettement les rapports de l’affinité sociale avec la sensibilité physique de l’être. N’y a-t-il pas dans les expressions vulgaires : « dégager de la sympathie », « établir un courant d’hostilité », « semer la haine autour de soi », « se laisser gagner par les effluves de la cordialité », autre chose que des métaphores ? Bien des esprits sont portés à le croire et des découvertes comme celle des phénomènes de radiation ne sont pas pour donner tort à ces vues. Ce fragment de discussion entre Bergson et d’Arsonval à Y Institut général psychologique de Paris (séance du 28 décembre igo3) vaut, à cet égard, d’ètre reproduit; il s’agissait de l’émission par le système nerveux des rayons N susceptibles d’influencer, par exemple, un corps phosphorescent :
« Bergson. Quand des radiations émanent du corps humain, comment peut-on savoir qu’elles viennent des centres nerveux plutôt que des muscles ?
« d’Arsonval. On le voit, en ce sens que le phénomène se produit sur la colonne vertébrale, au niveau des renflements nerveux, de quelque grosseur qu’ils soient. On a pu constater très nettement sur l’homme le fonctionnement du centre de Broca.
« Bergson. Observe-t-on un accroissement d’intensité pendant le fonctionnement du langage?
« d’Arsonval. Certainement. Au moment où l’on fait un effort intellectuel, on voit augmenter l’éclat du corps phosphorescent. Il y a une sorte de relation quantitative entre le degré d’activité psychique et la phosphorescence de l’écran.
« Bergson. Et pour les sensations?
« d’Arsonval. Pour les sensations, c’est absolument la même chose.
Extraits de Bergson et d’Arsonval dans Bulletin de l’Institut psychologique, pp. 26 et ss.