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DEUXIÈME PARTIE : L'ANALYSE SOCIOLOGIQUE

Tous ces phénomènes sont fonction de l’intensité du travail du système nerveux, que ce soit sensation ou mouvement. On avait cru, au début, que cette production était musculaire ; les dernières expériences ont montré que cela tenait à l’activité des terminaisons nerveuses. »

Je n’ai cité cet extrait que pour faire nettement apparaître l’intérêt sociologique de toutes les recherches relatives à l’extériorisation de la sensibilité, et montrer par là comment l’analyse des dispositions sociales pourrait y trouver un point d’appui positif.

Il y a vraisemblablement moins à attendre de l’étude des tempéraments et des caractères : dans ce domaine, sans en être encore tout à fait à La Bruyère, on ne semble guère sortir des approximations et des généralités.

Chap. VI.

Les aptitudes sociales.

S 24. — Les dispositions sociales.

Chez les animaux allophiles, l’affinité sociale, d’après des observations malheureusement trop sommaires, paraît loin d’ètre répartie uniformément chez tous les individus. Cornish rapporte, par exemple, un cas exceptionnel d’affinité sociale chez un daim.

Chez les hommes, tous les degrés de sociabilité se rencontrent, depuis l’individu dont on dit : « C’est un ours », jusqu’à celui qui s’en va toujours répétant : « La solitude me pèse ». Relevons quelques stades de cette évolution telles qu’elles sont consacrées par le langage courant : on est « aimable », « courtois », « prévenant » ou « désagréable », « hargneux », « sec », « revêche »; on demeure « égoïste » ou « altruiste » ; on se corrige difficilement de la « timidité », de « l’humeur boudeuse », de « l’effronterie » ou de « l’impudence ».

Ces dispositions sociales sont d’abord intéressantes pour elles-mêmes, en raison de leur valeur explicative; de plus, le jugement que les individus portent sur elles devient, à son tour, l’indice de dispositions sociales complémentaires. Darwin signale l’attitude différente des primitifs et des civilisés à ce propos ; l’égoïsme n’est pas apprécié, ni défini de même par tous les individus.

Une disposition sociale particulière se ramène à la propriété vitale qui a été définie plus haut (voir page 56) sous le nom de palinéthie (imitation au sens large). Cette disposition, dont la manifestation chez les adolescents a

Référence à Cornish dans Animais al work and play, p. 26.

Id. à Darwin dans La descendance de l’homme, p. 125 et ss.

Chap. VI.

Les aptitudes sociales.

§ 21. — les dispositions sociales.

déjà été étudiée (voir § ig), pousse les individus à se modeler sur d'autres dans leurs adaptations.

On a coutume de rattacher ce phénomène au degré d’intégrité de la personnalité psychique et au pouvoir inhibiteur de l’ètre : un neurologiste dira, par exemple, que les individus dont « la personnalité est la moins accusée » ou chez lesquels « l’équilibre de la sensibilité est troublé », imitent aisément les tics dont ils sont témoins. En général, on explique que l’organisme, obéissant à la tendance énergétique du fonctionnement économique, serait porté, dans une mesure variable, à « répéter » plutôt qu’à innover. L’analyse des faits permettra sans doute de préciser ces vues.

Dans l’état présent des connaissances, on pourrait se borner à qualifier la disposition sociale dont il s’agit, d 'impulsion palinéthique.

On l’observe aussi bien chez les animaux allophiles que chez les hommes. Dans telle espèce animale, il suffit qu’un des membres de la troupe se mette à fuir pour qu’aussitôt tous les autres le suivent. Cette tendance est si caractéristique de beaucoup d’espèces qu’un interprète ardemment finaliste de la sélection darwinienne (Wallace), a pu prétendre que certains animaux avaient les fesses blanches pour « signaler » à la masse des individus la direction de la fuite en commun.

La manifestation de l’impulsion palinéthique à l’époque de la migration est bien connue chez les oiseaux.

Chez les hommes, la tendance au panurgisme n’a pas échappé à l’observation banale. Elle prend les formes les plus variées, depuis l’individu qui emboîte le pas à un corps de musique défilant devant lui, jusqu’à celui qui « s’emballe avec les autres » pour un titre coté en bourse ou pour un général monté sur un cheval noir. Songer aussi aux villages flamands d’où partaient à une certaine époque un grand nombre d’émigrants « naar den Argentijn », vocable sans signification réelle pour ceux qui l’employaient, mais devant désigner la République Argentine.

Du même type, relèvent tous les individus qu’un écrivain belge qualifiait du nom de « suiveurs » et ceux que TissiÉ, songeant à ses expériences sportives, appelait les « entraînés ».

Sociologiquement, une des manifestations les plus caractéristiques du pouvoir inhibiteur de l’individu est dans la conception qu’il se fait de sa « dignité » : il y trouve un frein réel à l’impulsion palinéthique.

Référence à Wallace dans Groos, Les jeux des animaux,, p. 94, note. Id. à Tissiè dans Binet, La suggestibilité, p. 3.

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