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DEUXIÈME PARTIE : L'AXA LYSE SOCIOLOGIQUE

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Noter en passant que cette impulsion ne paraît pas aller de pair avec ce que l’on nomme la « faiblesse de caractère » ; on voit tel homme, très autoritaire et très ferme dans ses opinions, s’en remettre pour les soins de sa santé aux conseils empiriques de ses amis ou aux annonces des journaux; tel qui n’est jamais d’accord avec personne adopte sans hésiter les néologismes à la mode. Rapprocher aussi la tendance de beaucoup d’esprits très « entiers », à « suivre le succès », à « faire ce qui a réussi ».

L’impulsion palinéthique n’est-elle pas à la base de ce que l’on nomme la « serviabilité » , cet ensemble de dispositions sociales faisant que l’individu éprouve de la joie à se conformer aux prières qu’on lui adresse?

Une disposition connexe et très importante dans les rapports sociaux consiste à se ranger rapidement à l’opinion d’autrui : « Un tel est toujours de l’avis de celui avec qui il parle » ; — ou à se porter instinctivement soit du côté du plus fort, soit du côté du plus faible.

A l’inverse de l’impulsion palinéthique, de nombreux individus manifestent une résistance à l’action sociale. On connaît les sujets « rétifs », « rebelles », « indisciplinés »; les formes peuvent devenir très variées. Elles procèdent toutes à des degrés divers de Y opposition, dont Tarde faisait un des trois panneaux de son tryptique sociologique. On pourrait appeler cette tendance Y impulsion catéthiqne (xara, contre; pour yjOos, voir page 56). L’observation courante y a distingué 1’ « esprit de contradiction »,

« le tempérament discuteur », etc. Telles personnes éprouvent une véritable contrariété à voir d’autres se réjouir et elles n’ont de satisfaction que lorsqu’elles peuvent « se mettre en travers » de leurs projets.

Les variétés de l’impulsion catéthique sont nombreuses : on notera, par exemple, la tendance au « dénigrement », à la « moquerie ». Pour un grand nombre de personnes, le seul plaisir, voire la seule raison d’ètre de la fréquentation sociale est dans l’occasion qu’elle procure de pouvoir « s’occuper des autres ». Combien de fois la conversation s’épuiserait-elle si elle ne pouvait « rouler sur les autres » ?

Chez certains individus, cette disposition se manifeste corrélativement à la perception de la supériorité d’autres : tel personnage de marque « se hérisse » contre tout individu qu’il présume recueillir plus que lui la faveur du public. On trouve là les éléments de « l’envie », de « la jalousie ».

Chap. VI.

Les aptitudes sociales.

§ 24. — Les dispositions sociales.

Chap. VI.

Les aptitudes sociales.

§24. — Les dispositions sociales.

La plus ou moins grande plasticité de l’individu à l’empreinte sociale conduit à d’autres dispositions encore : tel esprit excellemment doué et d’une sûreté de raisonnement remarquable, se trouve désemparé lorsqu’il participe à une discussion : il semble que les bases de son jugement s’évanouissent, tant il « se retrouve » en chacun de ses interlocuteurs ; — tel autre, au contraire, n’acquiert tous ses moyens que dans le chassé-croisé des arguments. Celui-ci a la riposte vive et alerte, — celui-là est désarçonné par une interruption ou se sent « diminué », dans le sens véritablement biologique du mot, par la « prestance » et le geste d’un orateur.

Des faits peut-être physiologiquement comparables s’observent chez les fourmis, où l’attitude d’une fourmi attaquée est toute différente, si elle se trouve entourée d’un petit nombre ou d’un grand nombre de semblables. (Forel.)

Cette « exaltation » ou cette « diminution » vitales peuvent aussi porter sur certains attributs déterminés de la personnalité sociale; ainsi, le sentiment du « mien », de « la propriété » est tantôt énervé, tantôt ravivé par le spectacle misérable d’individus privés de moyens d’existence.

Un fait très caractéristique est l’effet produit sur les facultés intellectuelles de certains individus par la conversation avec d’autres. Tel éprouve un véritable « bien-être mental » dans la société d’une personne déterminée : il lui semble que « ses voies d’association s’orientent sans effort ». C’est à ce point que, dans des moments d’élaboration mentale, il recherche ces rapprochements. Avec d’autres personnes, au contraire, il « perd tous ses moyens », et la conscience qu’il en a de cet état, le « diminue » encore davantage.

La sensibilité sociale est très variable au point de vue de l’adaptabilité à un milieu social different de celui où l’individu s’est formé.

Certains individus témoignent dans des cas semblables d’une remarquable souplesse : ubi bene, ibi patria, tandis que d’autres éprouvent un malaise insurmontable à se contraindre à des rapports sociaux étrangers à leurs habitudes : ceci se produit notamment dans les cas de nostalgie sociale plus fréquents à l’époque actuelle qu’à aucune autre, en raison des déplacements plus nombreux.

Référence à Forel dans Les fourmis de la Suisse, p. 249.

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