DEUXIÈME PARTIE : L'ANALYSE SOCIOLOGIQUE
L’idée d’inadaptation sociale que contient le mot « parvenus » n’est pas moins caractéristique.
On peut rattacher à l’analyse des dispositions sociales l’étude de l’extension de la sociabilité à des individus d’espèce différente, qui se produit aussi bien chez certains animaux que chez certains hommes. Ne pas oublier à ce propos l’hypothèse de Groos qui rattache ces manifestations au besoin du jeu.
Chap. VI.
Les aptitudes sociales.
§ 24. — Les dispositions sociales.
Il va de soi, enfin, que diverses aptitudes psychiques qui ne sont pas proprement sociales acquièrent une valeur telle dans certaines circonstances : ainsi en est-il du discernement, de la réflexion, de la décision, de la patience, de la curiosité, de l’esprit d’organisation. (On dit par exemple : « A bon entendeur, demi-mot suffit. »)
Ce qui a été dit au début de ce paragraphe montre tout l’intérêt que présenteraient des observations sur l’état de la sensibilité physique des individus, dans ses rapports avec les diverses dispositions sociales qui viennent d’être sommairement analysées.
Des recherches nombreuses ont été faites sur la sensibilité des criminels et des individus appartenant aux différentes classes, d’après leur degré d’aisance. HouzÉ signale, par exemple, que ses observations cliniques de tous les jours lui ont appris que dans la classe soignée dans les hôpitaux, la sensibilité tactile est plus obtuse, la différenciation des sensations algésiques moins exacte, le goût moins délicat, l’odorat moins fin. Niceforo, rapprochant les résultats d’une enquête personnelle de ceux obtenus par d’autres observateurs, conclut dans le même sens. Mais, outre que les investigations devraient être poursuivies et précisées, les problèmes que soulève l’affinité sociale n’ont pas été rencontrés.
Aux recherches de cet ordre se rattacheraient celles visant les variations de la sociabilité d’un même individu selon certaines conditions susceptibles de modifier sa sensibilité. On dit couramment : « Un tel est inabordable aujourd’hui » ; les effets sociaux de l’ivresse sont divers suivant les individus. Dexter a abordé l’influence du temps sur la conduite. Il croit
Référence à Groos dans Les jeux des animaux, pp. 169 et ss.
Id. à HouzÉ dans Les effets du régime artificiel, p. 9.
Id. à Niceforo dans Les classes pauvres, pp. 104 et ss.
Id. à Df.xter dans Weather influence, passim et notamment pp. 268 et ss.
INSTITUTS SOLVAY (SOCIOLOGIE) 10
I fii
Chap. VI.
Les aptitudes sociales.
S 24. — les dispositions sociales.
pouvoir conclure : i° que les conditions météorologiques affectent le métabolisme vital ; 2° que l’action est surtout marquée pour les dépenses énergétiques ne correspondant pas au seul entretien de l’organisme. Son étude appelle évidemment des réserves méthodologiques.
Dans le même ordre d’idées, on peut citer ce fait rapporté par d’Arsonval: aux ateliers de la maison Lumière, on a observé que dans les salles éclairées à la lumière rouge, il y avait constamment des batailles entre les femmes employées à la fabrication des plaques ; la lumière verte a ramené la paix, paraît-il.
Pendant que je corrige les épreuves de ce travail, je lis qu’on vient de mettre à l’essai en Australie certaines mesures relatives aux heures de réunion des associations ouvrières : « Il a semblé, dit un journal, que les décisions prises le soir, après les heures de travail, quand l’ouvrier est sous le coup de la fatigue, devaient se ressentir défavorablement de ces conditions. Il en est de même des ouvriers à tempérament nerveux, que le travail exalte, au lieu de les déprimer. On a également fait ressortir les inconvénients que présentent certains lieux de réunion, généralement choisis par les comités et les associations. Cafés, cabarets, estaminets, tous les endroits où l’on débite des boissons alcooliques, tout cela apporte un facteur de plus aux causes propres à vicier la nature des décisions.
« Étant données ces influences sur les délibérations des groupes ouvriers, il a été décidé que toutes leurs réunions professionnelles devront avoir lieu soit le matin, soit l’après-midi. Une loi ultérieure déterminera les conditions dans lesquelles les ouvriers devront se trouver pour obtenir des patrons le congé nécessaire.
« L’idée de tenter cette expérience est née de la publication, par des professeurs de l’université d’Edimbourg, de divers travaux sur la fatigue. On a reconnu que la fatigue amoindrit l’homme ou l’exalte, en modifiant momentanément son organisme dans l’un ou l’autre sens, selon le tempérament. »
Référence à d’Arsonval clans Visions de lueurs dans l’ obscurité par les sensitifs, p. 33.