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DEUXIÈME PARTIE : L'ANALYSE SOCIOLOGIQUE

tous les individus sont loin d’ètre succeptibles de l’éprouver. Les activités compétitrices ne sont donc pas le fait de tout le monde.

§ 32. — Activités divulgatrices.

Lorsque l’individu possède une représentation nette de cette répartition des autres individus en strates synéthiqnes qui a été définie plus haut (voir page i37), il est amené à divers modes d’activité qui tendent tous à solliciter d'eux des réactions conformes . C’est alors qu’il « en appelle à ses pairs », qu il « écrit une lettre ouverte ».

La même idée se retrouve au fond de la tendance à « ne vouloir être jugé que par ses pairs » : on escompte de leur part des réactions synéthiques, lorsqu’ils seront « mis au courant ».

Le mobile de la divulgation ne fait que conditionner différemment l’activité : on peut « révéler » un fait en vue d’obtenir une récompense ou simplement pour « mettre sa conscience à l’aise ». De toute manière, une révélation présume que le divulgateur se représente autour de lui un certain nombre d’individus, qui « se retrouveront » en lui par quelque côté.

Certaines divulgations visent non l’individu même qui « dévoile » mais un tiers qui est « mis en cause ». On peut faire connaître un fait publiquement en vue, par exemple, de provoquer des réactions collectivement alléthiques contre une personne que l’on cherche à « placer dans une position intenable ». Ou dans le même ordre d’idées, on lui nuira « ostensiblement » : par exemple, « souffleter quelqu’un en public » ou simplement le « couvrir de ridicule », le « compromettre », le « discréditer ».

En sens inverse, on exprimera à quelqu’un des louanges ou des félicitations « coram populo » ou on le « réhabilitera ».

Plus simplement, il peut ne s’agir que de « publier », d’ « informer », « de donner avis »; les individus visés sont alors les «intéressés», ceux « que la chose concerne », les « ayants droit », etc.

Ou encore on « invoque » l’opinion, l’expérience, etc., d’une autre per-

Chap. VII.

Les activités sooiales.

S 31. — Activités compétitrices.

§ 32. — Activités divulgatrices.

ISO

Chap. VII.

Les activités sociales.

S 32. — Activi tes divulgatrices.

§ 36. — Activités grégaires.

sonne en s’identifiant à elle par la pensée, de façon à donner à d’autres une impression de synéthie sociale.

§ 33. — Activités grégaires.

Une remarque de terminologie d’abord. On qualifie parfois de « grégaire » l’individu qui « suit » les autres. Ainsi, Galton parle des gregarious instincts, dans lesquels il voit l’origine des dispositions serviles. Dans ce sens, « grégaire » est synonyme de panurgiste. Les activités de cet ordre seront étudiées sous l’appellation d 'activités répétitrices (§ 34).

Le terme « grégaire » désigne ici, conformément à son étymologie, la formation en troupe, /’ amalgamation, l'agglomération des individus, opérées spontanément et indépendamment de toute imitation.

Le mécanisme de cette activité particulière tient tout entier dans le dicton : « Qui se ressemble, s’assemble. »

Maurice Bouchor le décrit en ces vers de La muse et l’ouvrier :

L’ouvrier. — Soit, mais je serai seul. Si je ris, si je pleure,

Moi, j’ai besoin qu’on rie ou qu’on pleure avec moi !

La muse. — Eh bien ! tu chercheras tes pareils ; c’est la loi...

L’ouvrier. — Le soir, on est si las qu’on ne tient plus debout;

On voudrait commencer à vivre malgré tout,

Voir les autres, courir, rire un brin sans malice,

Oublier le patron, sa boîte, sa police,

Ou dire carrément ce qu’on en pense... Alors,

On va boire...

L’analyse physio-psychologique démêlera aisément les éléments de la loi des pareils que formule ainsi le poète : s’il n’était pas prématuré de parler de lois sociologiques, on pourrait presque introduire celle dont il s’agit dans le vocabulaire scientifique, sous le nom de loi des attractions synéthiques. Elle se ramène à ceci : tous les individus sont doués d’une sensibilité physique différente (voir page 79), ce qui revient à dire que chacun a ses « lignes de moindre résistance » quant aux sensations; en d’autres termes, chez tous les individus, les mêmes sensations ne se produisent pas aussi facilement. Comme le rappelle Gley, le langage vulgaire dit fort exactement : « Un tel a un faible

Référence à Galton dans Ittquiry inlo human faculty, pp. 68 et ss.

Id. à Gley dans Études de psychologie physiologique et pathologique, p. 2S6.

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