‹ Esquisse d'une sociologieChapitre 95 sur 143 · ISI · texte numérisé non relu

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pour ceci ou pour cela. » De deux sensations qui s’ollrent, si l’on peut ainsi parler, l’organisme préfère celle qui répond à l’économie énergétique, « celle qui est la plus facile ».

Ainsi, la sensibilité de chaque individu « coule » vers certaines sensations : qu’est-ce à dire, au point de vue sociologique, sinon qu’un individu entouré d’autres « coulera » aussi vers ceux dont les excitations éveilleront ses sensations de prédilection, c'est-à-dire vers ceux qui réagissent synéthiquement avec lui par l’une ou l’autre facette de sa personnalité sociale?

Cette « loi » semble si fondamentale que le langage a une série de locutions pour qualifier les individus qui ne s’y conforment pas. Ce qui arrive à telle personne est mérité : elle n’avait qu’à « rester dans sa sphère » , à ne pas « sortir de son milieu », à ne pas « s’éloigner de ses pareils ».

Chap. VII.

Les activités sociales.

§ 33. — Acliv tés grégaires.

Il serait d’ailleurs erroné de ne reconnaître à l’activité grégaire que ce seul déterminisme : les individus, tant animaux qu’hommes, « se serrent les uns contre les autres » sous l’impulsion de la peur, devant un danger quelconque. Et le phénomène est si caractéristique qu’il constitue même' une des manifestations les plus nettes de l’affinité sociale.

Les études sur la peur dégagent-elles suffisamment l’aspect sociologique du processus d’agrégation sociale?

Les observations du phénomène de l’attraction synéthique sont courantes ; mais elles n’ont jamais été conduites en vue d’une analyse sociologique.

Au moyen âge, il a donné naissance aux « rues professionnelles » où se groupaient les artisans d’après leur métier; il concentre aujourd’hui, à New-York, les immigrés allemands dans les environs de l’Avenue A, nommée, à cause de cela, « Kleindeutschland », les Italiens entre Bowery et Broadway, etc.

Outre la résidence agglomérée, l’observation montre aussi, à l’intérieur de ces centres, des manifestations incessantes de rassemblements synéthiques. Le bon sens vulgaire y a même vu un procédé de reconnaissance individuelle: « Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es ! » Citons au hasard les festivités en commun déjà mentionnées à propos des désirs sociaux (page i58); — le phénomène moderne du « cabaretisme »; — les promenades, jeux, plaisanteries en commun; — le groupement des individus d’après les âges, les professions, les tempéraments, etc., dans une réunion mondaine; — les palabres si fréquentes chez les primitifs; — l’habitude « d’aller en bourse », non pour « faire des affaires », mais pour rencontrer ses pareils.

Chap. VII.

Les aotivités sociales.

§ 33. — Activités grégaires.

Au témoignage de S. et B. Webb, les historiens du Trade-Unionisme, on possède la preuve certaine qu’une des plus anciennes associations professionnelles d’Angleterre tire son origine de ce que les ouvriers se réunissaient « pour boire une pinte de porter tous ensemble ».

De nombreux indices révèlent l’importance des activités grégraires dans la vie sociale : les magistrats instructeurs ne font-ils pas procéder à des perquisitions chez les individus qui leur paraissent, sous l’un ou l’autre rapport, devoir réagir synéthiquement avec un coupable?

Il faut remarquer que les activités grégaires tendent de deux façons complémentaires à créer des agglomérations synéthiques; il y a souvent, en effet, élimination spontanée des individus alléthiques qui auraient pu s’y glisser : voir l’exemple extrait plus haut de la monographie de Fromont (page 102). On peut y ajouter cet autre : un Belge fixé depuis quelque temps aux Etats-Unis et rentré dans sa famille me disait qu’il éprouvait en Belgique un tel disconfort social, qu’il se hâtait de repartir : « au milieu des Américains je me sens vivre, je suis chez moi, concluait-il ».

C’est ainsi que s’opère incessamment les « clivages sociaux » : par attractions synéthiques et expulsions alléthiques. Dans un wagon de chemin de fer, six personnes qui ne se connaissent pas se trouveront départagées en deux groupes « latents », d’après le nom du journal que chacune d’elles aura déplié. Dans le même sens, Payot a pu écrire : « Le savon a un rôle social : la malpropreté est ce qui nous divise le plus ; la plus sérieuse séparation sociale est entre les gens propres et les gens malpropres. »

Chez les animaux allophiles, on trouve de nombreux exemples d’activités grégaires : dès qu’un bœuf sauvage du Damaras se trouve isolé de son troupeau, il se sent irrésistiblement attiré à y rentrer; aussi longtemps qu’il n’y parvient pas, il manifeste la plus grande inquiétude; dès qu’il y a réussi, il se jette avec une joie visible parmi « ses semblables » (Galton);

Un fait caractéristique est la tendance des « semblables » à avoir un endroit déterminé de réunion : Pétrucci signale le parallélisme du phéno-

Référence à S. et B. Webb dans Histoire du Trade-Unionisme, p. 229. Extrait de Payot dans Cours de morale, p. 40.

Référence à Galton dans Inquiry into human Jacidty, p. 72.

RI. à Pétrucci dans Origines naturelles de la propriété, pp. 211 et ss.

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