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DEUXIÈME PARTIE : L'ANALYSE SOCIOLOGIQUE

mène chez beaucoup d’animaux et chez les primitifs; Schurz insiste sur la même habitude, et rapporte des exemples empruntés à plusieurs peuplades.

§ 3 4. — Activités répétitrices.

Il est à peine besoin de rappeler ici les exemples qui ont été donnés précédemment pour définir l’impulsion palinéthique (voir page i5o), ou d’en chercher d’autres caractérisant mieux les activités qu’elle suscite. Elles sont si connues que certains esprits penseraient à ramener toute la sociologie à leur seule étude. Disons seulement que la critique sociologique fait apparaître elle-même un exemple frappant : c’est l’emploi épidémique du mot « social », sur lequel j’ai longuement insisté. (Voir page 69.)

Vigouroux et Juquelier ont nettement défini le caractère des phénomènes dont il s’agit ici en les distinguant, sous le nom de « contagion mentale », des manifestations voisines de l’imitation et de la suggestion. Pour eux e lorsqu’une manifestation de l’activité psychique d’un individu est reproduite par un second, il y a imitation si l’initiative de la répétition vient du sujet qui répète cette manifestation; il y a suggestion si l’initiative de la répétition vient du sujet de qui la manifestation est répétée; il y a contagion , lorsque l’initiative de la répétition est inconsciente de part et d’autre. » Cette classification me paraît pouvoir être introduite sous cette forme en sociologie : j’ajouterais seulement aux activités imitatrices, suggérées et contagieuses, les activités reproductrices , qui tendent au recommencement intégral de la manifestation. Ainsi, si un individu, ayant entendu émettre une opinion, la « re-pense » pour son compte et la communique à un autre, il y a là plus que de la simple imitation ; est « imitateur » celui qui s’en va simplement répétant ce qu’il a entendu dire.

On touche ici un des domaines où la connaissance des mécanismes physiopsychologiques des phénomènes réactionnels éclairera le plus nettement leurs mécanismes sociologiques. A titre d’exemple, je reproduis ci-après

Référence à Schurz clans Altersklassen und Mannerbüvde, p. 3i3. Extrait de Vigouroux et Juquelier dans La contagion mentale, p. 242.

Chap. VII.

sociales.

§ 33. — Activ tés grégaires.

§ 34. — Activ tés répétitrices.

Chap. VII.

Les activités sociales.

§ 31. — tcliviti:s répétitrices.

le passage consacie, par les auteurs que je viens de citer, à la contagion du bâillement :

« Le bâillement, inspiration grande, forte et longue, suivie d’une expiration prolongée, accompagnée d’une contraction spasmodique de tous les muscles inspirateurs, y compris les muscles abaisseurs de la mâchoire, peut être provoqué par des causes organiques et des causes psychiques. Au point de vue organique, le bâillement répond à un besoin d’oxygène ; toutes les causes ralentissant la circulation et l’hématose peuvent le provoquer.

« ... Le bâillement est donc un acte réflexe dont le centre est au niveau du bulbe, dont la cause incitatrice physiologique est l’excitation de ce centre par du sang pauvre en oxygène. Mais cette incitation physiologique n’est pas seule capable de produire le bâillement. Telle personne dont le centre bulbaire est plus facilement excitable se livrera d’elle-même et seule au bâillement dans un air confiné ; d’autres personnes moins sensibles et qui seules n’auraient pas bâillé, bâilleront à sa vue; bien plus, faisons abstraction des conditions favorables à la production du bâillement, la contagion se produira encore. Enfin, penser au bâillement fait bâiller; dans le cas où la perception seule d’un bâillement produit chez une autre personne ce même mouvement, nous assistons au phénomène de la contagion motrice le plus simple.

« La représentation d’un mouvement, dit Ribot, est un mouvement qui commence, un mouvement à l’état naissant. Que cette représentation mentale soit présente (perception directe) ou qu’elle ne soit qu’une représentation-souvenir, le centre bulbaire est excité et le mouvement se produit.

« L’exemple du bâillement est un des plus frappants; c’est peut-être le réflexe le plus contagieux, le plus rebelle au contre-ordre de l’éducation. Nous avons tous présent à l’esprit le souvenir de véritables épidémies de bâillement, provoquées dans un omnibus, par exemple, à la vue d’un premier bâilleur. »

Mais dans l’état actuel des connaissances, toutes les activités répétitrices ne se laissent pas ramener à des processus aussi nets ; on peut néanmoins par là se faire une idée de la base positive que la physio-psychologie donnera à l’analyse sociologique. Quand on saura, par exemple, exactement pourquoi seules les « idées émotives » se propagent rapidement, on comprendra l’exactitude de cet aphorisme banal de la politique : u On ne conduit pas les hommes par la raison, mais par le sentiment. » Ribot montre, en effet, qu’ « une idée qui n’est qu’une idée, un simple fait de connaissance, ne pro-

Extrait de Vigouroux et Juquelijîr dans La contagion mentale, p. 27. Id. de Ribot dans Psychologie des sentiments, p. 19.

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