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DEUXIÈME PARTIE : L'ANALYSE SOCIOLOGIQUE

d’imaginations sensiblement à l’unisson et d’esprits uniformément peu cultivés. De là, des hallucinations communes, mais non répétitrices. En fait, l’activité répétitrice n’a commencé à se produire qu’au moment où le premier soldat ayant crié, ses voisins s’étant réveillés, et le bruit général ayant tiré tout le bataillon de son sommeil, les hommes ont commencé à fuir les uns derrière les autres.

§ 35. — Activités initiatrices.

La critique qui vient d’ètre faite de l’observation de Houzeau appelle l’étude des activités complémentaires des précédentes : les activités initiatrices.

Pour les caractériser, il est d’abord nécessaire de bien s’entendre sur ce qu’est une initiative. On peut dire qu’un individu a une initiative toutes les fois que, dans un domaine quelconque, il agit (et ce mot comprend la pensée, expression de l’activité cérébrale) — toutes les fois , dis-je, qu’?7 agit autrement qu'il a été habitué à le faire par son éducation ou par son expérience de la vie, en d’autres termes, toutes les fois qu’il ne répète pas une adaptation antérieure. Toute initiative n'est donc pas sociale : elle ne l’est que dans la mesure où elle donne lieu à des phénomènes réactionnels entre individus de la même espèce. Un individu s’assujettit à la pratique journalière de l’hydrothérapie; une ménagère modifie le procédé de préparation de ses aliments; un ouvrier introduit un changement dans la commande de sa machine-outil, de manière à faciliter son travail : toutes initiatives qui n’appellent aucune réaction sociale de la part d’autres individus. Mais qu’un dandy exhibe à une fête sportive une mode nouvelle, ou qu’un chroniqueur lance un auteur jusqu’ici inconnu : voilà des initiatives bien sociales, puisqu’elles vont provoquer chez beaucoup d’individus des réactions appropriées.

N’a pas des initiatives, sociales ou autres, qui veut : c’est une donnée du psychisme individuel, un des éléments de la « personnalité » dont il a été parlé plus haut. La physio-psychologie démêlera peut-être un jour pourquoi un indi vidu est un « homme d’initiative » et un autre pas : déjà, elle peut nous dire que l’initiateur est un être dont les associations sensitives sont diffé-

Chap. VII.

Les activités sociales.

§ 34. — Activités répétitrices.

§ 35. — Activités initiatrices.

Référence à Houzeau, clans Les facultés mentales des animaux, t. II, p. 492.

Chap. VII.

Les activités sociales.

S 38. — Activités initiatrices.

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rentes de celles de la plupart des individus qui l’entourent : pour réaliser son équilibre d’adaptation, un tel être est évidemment amené à réagir autrement que les autres, c’est-à-dire à innover.

Quoi qu’il en soit, la sociologie doit accorder aux activités spéciales des individus ainsi doués une attention pressante.

D’abord, l’initiative admet des origines diverses : elle peut être le résultat immédiat d’une réaction de l’individu à une action sociale : entendre exposer par un Américain l’organisation des bibliothèques de son pays, ou en lire la description dans un périodique, ou seulement surprendre une vague allusion aux avantages du système américain : il n’en faut pas davantage pour opérer, chez un individu, le déclanchement initiatif.

De là au cas où l’innovation paraît due exclusivement à une conception personnelle, sorte de « variation individuelle », il y a une série de degrés; pour chacun d’eux, le départ entre l’originalité spontanée et l’imitation absolue sera d’ailleurs difficile à établir. Il n’en serait pas moins du plus haut intérêt de recueillir sur ce point des observations nombreuses ; on touche ici au cœur même de ce que l’on nomme vulgairement « le progrès », et il faudrait savoir dans quelle mesure, par exemple, les moyens de communication inter -individuelle, V extension de la zone de discrimination, etc., peuvent déterminer l'initiative. Ce que j’en ai personnellement noté me porte à croire que l’on découvrira là une de ces nombreuses contingences sociales, que les fabricants de systèmes n’aperçoivent jamais. Ne pas se laisser arrêter par leur objection qu’en cherchant ces choses, on ne trouvera que les prétextes, les « occasions » des initiatives, et que les causes vraies se dissimulent dans « les grands courants de la pensée contemporaine » : les biologistes répondront en apportant par brassées les témoignages du rôle des contingences dans les phénomènes de la vie.

Sur l’origine et la raison d’être des activités initiatrices, l’égomorphisme prêtera à des erreurs faciles. Spencer et Gillen constatent que l’idée de se couvrir de peaux de bêtes n’est jamais venue aux Australiens du Centre (the idea lias not occurred to them), quoique dans beaucoup de régions les kangourous et les wallabies abondent; or, les indigènes sont très sensibles au froid et ils frissonnent autour de leurs feux, pendant les nuits d’hiver

Références à Spencisr et Gillkn dans Northern Trihes oj Central Australia, pp. 6S3 et 634.

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