CHAPITRE VI I
Principes positifs de la morale de Stendhal : Déployer le plus d'activité possible
Le culte de l'énergie semble être un des traits caractéristiques du beylismc ; il convient d'ailleurs bien à un apologiste de l'instinct, tel que Stendhal. Cette manifestation de la force par des actes dhéro'isme ou de violence, il la vénère sous toutes ses formes. Elle est. à ses yeux, la seule manière dont un homme
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puisse vraiment se révéler et de son degré de puissance dépend la place plus ou moins élevée qu'occupera chacun sur l'échelle sociale. Encore faul-il lui permettre de se déployer, faut-il l'affranchir des mille obstacles de la vie. Libérée des biens tels que ceux de la religion ou du devoir, il lui en restera d'autres à briser et, pour y parvenir, il lui faudra une supériorité remarquable.
Aussi Beyle admire-t-il l'énergie dans toutes ses tentatives, même impuissantes ; il ne comprend pas qu'un homme laisse dormir en lui cette force si précieuse. Aussi cette admiration va jusqu'à l'enthousiasme, quand il rencontre des monstres d'énergie, tels que Danton et Napoléon.
Danton représente pour lui l'homme le plus vraiment actif de la Révolution. Il est par son tempérament physique, par son ardeur et par ses idées, un lutteur éminent, un démolisseur énergique, qui parvient à dominer pendant quelques mois et meurt, victime d'une ambition légitime. Aussi M""" de La Môle, dans Le Rouge et le Noir, s'écrie-t-elle, en pensant à Julien Sorel : « Ce serait un Danton ! Eh bien ! la révolution aurait recommencé. Quels rôles joueraient alors Croisenois et son frère? Il est écrit d'avance : la résignation sublime. Ce seraient des moutons héroïques se laissant égorger sans mot dire. Leur seule peur, en mourant, serait encore d'être de mauvais goût. Mon petit Julien brûlerait la cervelle du jacobin qui viendrait l'arrêter, pour peu qu'il eût l'espoir do se sauver. H n'a pas peur d'être de mauvais goût, lui » (1).
On voit par là quelles sont les sympathies et les antipathies de Stendhal. Ses antipathies s'exercent surtout contre ce qu'il appelle la résignation sublime. Il ne comprend d'autre martyre que celui c/ue Von subit pour V ambition et il refuse toute admiration aux faibles victimes.
Ses sympathies, il les réserve à ceux qui sont énergiques, comme Julien Sorel, surtout tel que Mathilde l'imaginait. Brûler
(1) Le Rouge et le Noir, tome II, p. 43.