‹ Esquisse de la morale de Stendhal d'apres sa vie et ses œuvresChapitre 17 sur 40 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Principes positifs {suite) :

Déployer le plus d'énergie possible en vue de dominer

Mais cette mâle énergie que Beyle cherche tant, à quoi servirait-elle, si ce n'esta élever l'homme en qui elle réside, h le faire dominer les autres ? On ne peut s'empôcher de remarquer que lui-même et beaucoup plus encore ses héros ont été des ambitieux. Il eut plaisir, dans sa vie, à remplir des (onctions flatteuses, et ressentit le désir de parvenir, de se distinguer. Il avoue lui-même dans sa Vie d'Henri Brûlard, qu'en 1811 (3), il se crovait ambitieux. Il était auditeur au conseil d'Etat et convoitait une préfecture ; plus tard, il chercha à être décoré de la Croix-Bleue ; puis, après 1830, il demanda un consulat. Mais son ambition, son instinct de domination ne furent pas satisfaits de son vivant, comme il l'aurait rêvé. Môme et surtout en

(Il Armayice. Edition Lévy, p. 204.

(2) Souvenirs (VégoUsme, p. 33.

(3) Vie de Henri Brûlard, p. 15.

'ÔS ESQUISSK DE LA MORALE l»E STEMjHAL

littérature, ou ae lui accorda point le rang <[u'il méritait. Son ambition fut donc en définilive plutùt inassouvie.

Ses héros, il les a courus plus heureux dans leurs désirs et par consé(|uoiit dans leurs projets ambitieux. Ils ont tous la même soif de domination. Hommes et femmes en sont consumés, chacun, d'une manière différente. Julien Sorel et Fabrice del Dongo veulent parvenir ù de hautes fonctions ecclésiasli(|ues, la duchesse Sanseverina et le père Leuwen veulent, l'un être la véritable souveraine de Parme, l'autre, par sa fortune, diriger les débats du ministère français et lui inspirer ses propres décisions.

Or cette ambition comporte souvent bien des sacrifices. C'est pour cela qu'elle a tant besoin d'énergie. Julien et Fabrice ont à soutenir une lutte perpétuelle, car ils ne sont pas seuls à vouloir parvenir et dès lors il leur faudra combattre pour décider quel sera le plus fort et le plus digne d'occuper la fonction de meneur d'hommes. A Nancv, Lucien Leuwen rencontre sans cesse, soit un colonel, soit des gentilshommes lorrains qui lui en veulent d'être favorisé du sort. Les séminaristes de Besançon (1), et plus tard, les habitués de l'hôtel de la Mule regardent Julien avec une jalousie peu déguisée, tandis qu'à Parme, la faction Raversi ne cherche qu'à compromettre, aux yeux du duc, la Sanseverina et son neveu (2). Il faut donc à tous ces personnages un tempérament combattif et persévérant pour affronter sans cesse les intrigues, les guet-à-pens, les incidents de toutes sortes qui remplissent leur vie.

La bravoure est donc nécessaire aux ambitieux. Nous avons vu que Stendhal était brave et qu'il ne craignait pas la mort. Il la considérait, nous dit son disciple Mérimée, «comme une chose sale et vilaine, plutôt que terrible». Lucien, Fabrice, Julien, Lamiel ou Mathilde ne la craignent pas davantage et la regardent sans frayeur. S'ils ont quelque chose à redouter, c'est plutôt la douleur physique ou morale. C'est devant elle seulement qu'ils

(1) Le Bouge et le Noir, p. 178, du tome I.

(2) La Chartreuse de Parme, p. 2(35.

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