CHAPITRE PREMIER Son enfance et son éducation
Avant d'éludicr la morale de Stendhal, telle qu'elle nous apparaît à l'époijue où il écrivit ses principaux ouvrages, il importe de suivre sa formation à travers toutes les années préparatoires, de noter au passage les indices significatifs, de remarquer l'attitude de l'homme a certaines crises de la vie, en un mot de rechercher toutes les causes qui ont pu influer sur la mentalité de Fauteur, pour connaître les agents constructeurs de cette synthèse morale.
Bien qu'il ne soit pas toujours vrai de reconnaître des qualités communes aux gens d'une même contrée, on peut se demander ce que Beyle avait emprunté au caractère de ses compatriotes. M. Boschot, dans son élude sur un autre dauphinois célèbre, Hector Berlioz, définit ainsi le tempérament des habitants de cette province : « Le propre du dauphinois, nous dit-il, c'est d'être brave, mais jamais dupe», etcitantdes exemples : aBayard, le chevalier sans peur et sans reproche, et Stendhal, l'analyste presque sans phrases creuses, sont dauphinois ^) (1),
(1) Boschot. La Jeunesse d'un romantique (Berlioz), p. 23.
Beyle paraissait tenir de sa race une certaine obsliiialioii et aussi une ardeur à jouir digue de Laclos, uu autre illustre compatriote.
Ce que Beyle devait à son ascendance, il semble difficile de l'établir et l'on ne peut guère remonter au delà de ses parents presque immédiats, car les Beyle n'étaient pas gens d'importance, et le témoignage de Stendhal, en l'absence de tout contrôle, nous parait fort sujet à caution.
Du côté paternel, Stendhal appartenait à une bonne bourgeoisie de fonctionnaires et de robins confinant à la petite noblesse parlementaire. Chez les Gagnon (1), ses ancêtres maternels, on retrouvait des traditions de culture intellectuelle, de souci de la chose publique, et aussi une persistance de tempérament voluptueux très accusé. Intellectualisme et vie aimable, telles semblent avoir été leurs préoccupations principales.
Quoi qu'il en soit, il nous semble difficile de préciser en détail les traits de caractère que Stendhal tenait de sa race en général et de son ascendance en particulier, car ces influences, difficilement vérifiables, ne sauraient jamais être scientifiquement établies.
Tout au contraire, il nous parait indiscutable que le milieu dans lequel sa première intelligence se développa, imprima sur lui des marques certaines et d'autant plus visibles qu'il se plaît à nous en raconter la genèse dans sa Vie de Henri Dràlard. Certes ce récit fait à de nombreuses années de distance est un peu fantaisiste. Il se ressent du beylisme de 183'j ; il est écrit par l'auteur du Rouge et Noir, et, par là môme, il ne peut pas être tout à fait juste, l'auteur étant souvent tenté de s'attribuer des tendances et des opinions qui ne devaient se développer en lui que bien plus tard. Néanmoins en la contrôlant par les dires de son ami Romain Colomb et à partir d'une certaine époque par ses propres lettres, cette monographie nous sera infiniment précieuse pour l'étude que nous nous proposons de faire.
Sa mère, pour laquelle il avait une grande affection, n'eut
(1) Vie de Henri Brûlard (passim).